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Lorsque quelqu’un meurt alors qu’il n’est pas suffisamment avancé en âge, l’être humain a besoin d’en savoir le pourquoi. Jésus était pressenti par ses disciples comme le messie annoncé par les Ecritures et Dieu allait l’aider le moment venu. Ors Jésus est mort et Dieu n’a pas bougé.

Mais avec le constat du tombeau vide, qui laisse suppposer une intervention divine, une résurrection de leur héros, c’est le chaos des évènements non prévus qui va s’organiser dans leurs têtes. Une relecture en est désormais possible.

Les disciples vont penser à l’élévation du Serviteur souffrant qui était annoncée dans le Livre de la consolation d’Israël (livre mis dans Isaïe) : un Juste, accusé à tort, portant le péché de ses contemporains, conduit à la mort comme un agneau que l’on mène à l’abattoir, en douceur, sans se plaindre, malgré les outrages, et que Dieu va élever au dessus de toutes les nations après sa mort expiatoire.

Lire en particulier les passages étonnants du premier chant, Is 42, 1-4, qui évoque son règne et surtout le troisième chant, Is. 50, 4-6, et le quatrième chant, Is. 52, 13-15, puis 53, 1-12) qui semblent s’appliquer mot pour mot à la Passion que Jésus vient de subir.

Voici, je soutiens mon serviteur ; mon être veut mon élu. Je lui ai donné mon souffle, il fait sortir le jugement des nations. Il ne vocifère pas, il n’élève pas, il ne fait pas entendre au dehors sa voix. Il ne brise pas une canne cassée ; il n’éteint pas une mèche qui se ternit ; pour la vérité, il fait sortir le jugement. Il ne ternit et ne casse pas avant d’avoir mis le jugement sur la terre. Les îles souhaitent sa tora. " (Is. 42, 1-4).

Adonaï IHVH m’a donné la langue des appreneurs [Bible de Jérusalem, BJ : " des disciples "], pour savoir ranimer d’une parole le fatigué. Le matin, la matin, il m’éveille, il m’éveille l’oreille, pour apprendre comme les appreneurs. Adonaï IHVH m’a ouvert l’oreille. Moi-même je ne me suis pas rebellé en arrière, je n’ai pas reculé. J’ai donné mon dos aux frappeurs, mes joues aux écorcheurs. Je n’ai pas voilé mes faces aux outrages et de la crache. " (Is. 50, 4-6)


Voici, mon serviteur sera perspicace ; il se transcende, il s’exalte, il se hausse fort. Quand plusieurs contre toi t’avaient désolé, ainsi son apparence d’homme a été détruite, sa tournure de fils d’Adâm
[BJ : Alors que des multitudes avaient été épouvantées à sa vue, tant son aspect était défiguré, - il n’avait plus d’apparence humaine]. Ainsi il fait tressaillir des nations multiples ; les rois bouclent leur bouches devant lui. Oui, ce qui ne leur avait pas été raconté, ils le voient ; ce qu’ils n’avaient pas entendu, ils le discernent " [BJ : " car ils verront un événement non raconté et observeront quelque chose d’inouï "] (Is, 52, 13-14).

Qui adhèrera à notre rumeur ? Le bras de IHVH, pour qui s’est-il découvert ? Il monte comme un surgeon en face de lui, comme une racine en terre aride. Il n’a ni forme ni splendeur. Nous le voyons, il n’a pas d’apparence pour que nous le convoitions ! Méprisé, refusé par les hommes, homme de douleurs, pénétré de maladie, comme voilant les faces loin de nous, méprisé, nous n’en tenions pas compte.

Ainsi, il portait nos maux, supportait nos douleurs, et nous le comptions pour touché, frappé par Elohîm, violenté. Lui, transpercé par nos carences déprimé par nos torts, il a sur lui la discipline de notre paix. Mais en sa blessure nous sommes guéris
 " [BJ : " Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui et c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris "],

Nous tous, nous vaquions comme des ovins, chaque homme sur sa route, nous allions en face. IHVH l’a heurté de notre tort à tous. Tyrannisé, il accepté ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau transporté à l’abattoir, comme une brebis muette, face à ses tondeurs, il n’ouvre pas la bouche.

Du huit clos, du jugement pris, son âge, qui le narrera ? Oui, il a été coupé de la terre des vivants ; de la carence des peuples, il est heurté pour eux [BJ : " pour nos péchés, il a été frappé à mort "]. Avec les criminels, son sépulcre a été donné ; avec le riche ses tertres pour non violence faite, pour non duperie sur sa bouche ". [BJ : " On lui a dévolu sa sépulture au milieu des impies et son tombeau avec les riches, alors qu’il n’a jamais fait de tort ni de sa bouche proféré de mensonge "].

IHVH désire l’accabler, l’endolorir ; si son être se met en coulpe, il voir semence, il prolonge les jours [BJ : " s’il offre sa vie en expiation, il verra une postérité, il prolongera ses jours "]. Le désir d’IHVH par sa main triomphe [BJ : " et ce qui plaît à Yavhé s’accomplira par lui "]. Du labeur de son être il verra et se rassasiera. Dans sa pénétration, le juste, mon serviteur, justifiera plusieurs : lui, il supportera leurs torts.

Aussi, je lui donne part parmi plusieurs ; il répartit le butin avec les puissants, pour avoir dénudé son être à mort, compté parmi ceux qui font carence. Il porte la faute de plusieurs, et pour ceux qui font carence il s’interpose.
 " (Is. 53, 1-12)


isaie-paul.jpg


Illustration
 : le mystère du salut des hommes par le sacrifice volontaire du Christ, annoncé par les prophètes de l’Ancien Testament et proclamé par les premiers apôtres. Le prophète Isaïe - figuré avec un bonnet carré, comme celui de Caïphe - tient une banderole avec les mots "Oblatus est quia ipse voluit et non aperuit os suum" (Il s’est offert parce qu’il l’a voulu et il n’a pas ouvert la bouche - Isaïe, 53, 7). L’apôtre Paul, figuré avec une auréole, porte les mots d’une phrase de son épître aux Philippiens : "Humiliavit semetipsum usque ad mortem, mortem autem crucis" (Il s’est humilié jusqu’à la mort et la mort de la croix - Ph., 2, 8).

église romane St Barthélémy (XIIème et ses fresques du XVIème siècle) à Mont, en vallée du Louron, Hautes-Pyrénées,

http://www.patrimoine-mont.net


Mercredi 26 mars 2008
par Jean-Claude Barbier publié dans : le temps des évangiles communauté : Religions en toute liberté recommander

le vendredi soir

Joseph d’Arimathie (Iosseph de Ramataïm, probablement le village Ramataïm Sôphimù à quelques km au nord-ouest de Jérusalem), utilise son rang de notable conseiller (il est sans doute membre du Sanhédrin), pour demander le corps à Ponce Pilate. Il le descend de la croix ; selon Jean aidé par Nicodème (Jn 19, 38-40).

Il faut faire vite à cause du sabbat. La mort est survenue à 15h et le soleil se couche à 19h. Marc, Matthieu et Luc disent seulement que Joseph " roula " ou " entoura " le corps dans un linceul qu’il venait d’acheter. On peut penser que les mains et les pieds furent attachées avec les bandelettes, qui sont des ligatures, et que Jean mentionne (" Ils prirent le corps de Jésus et le lièrent " ; ils au pluriel car, dans cette version johannique, Nicodème est venu à la rescousse).

Mais y a-t-il eu une toilette funéraire ? En principe, on doit laver le corps puis le oindre d’huile parfumée. Selon Jean (seul), Nicodème aurait apporté à cet effet un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres (Jn 19, 39) ; mais il ne parle pas précisément d’une onction du corps ; les aromates sont mis avec les linges. Y a-t-il eu une simple aspersion à défaut d’onction ?

Le détail est ici d’importance car le lavement du corps et son onction de l’huile aurait enlevé, ou du moins atténué, les marques de la Passion ... celles précisément que l’on retrouve imprégnées dans le linceul conservé à Turin !

Le corps est déposé dans une tombe taillée dans le roc (Marc 15,46), qui n’avait pas encore servi (Luc 23, 52 ; Jean 19, 41), qui est à proximité du Golgotha (Jn 19, 42), dans un jardin (Jn 19, 41). Seul Matthieu nous dit que ce tombeau appartenait à Joseph d’Arimathie (Mt 27, 60). Une grande pierre (sans doute plate) est roulée pour en fermer l’ouverture.

dans la nuit, avant le dimanche matin

La sépulture n’était que provisoire. Jésus est donc en transit de cette sépulture à une autre. Sa famille serait-elle venue récupérer le corps ? De nuit et durant le sabbat pour échapper à la vigilance non pas des Romains (car Pilate a remis le corps) mais à la populace ? Si cette hypothèse est la bonne, c’est la première fois que la famille de Jésus, hormis Marie, se manifeste. A l’appui de cette hypothèse, le tombeau de Talpiot.

L'évangile de Pierre (apocryphe du IIè siècle), versets 35-44, relate, dans un genre empreint de merveilleux, un bien curieux épisode : les gardes auraient entrevus deux hommes entrés dans le tombeau et en ressortir en encadrant un troisième et le soutenant. On ne peut mieux décrire un enlèvement du cadavre, du moins nous indiquer comment on pouvait faire à l'époque pour en kidnapper un avec le maximum de discrétion !

L’opinion publique, à Jérusalem, ne s’y trompe pas. Le bruit court en ville que les disciples ont subtilisé le corps pour faire croire à une résurrection (Mt 28, 15). Matthieu, dont nous savons que l’évangile s’adressait d’abord aux communautés judéo-chrétiennes de Syrie, est sensible à cet argument. Il y rétorque par une histoire bien compliquée de soldats qui auraient été préposés à la garde du tombeau (Mt. 27, 62-66 ; puis 28, 11-15). Aujourd'hui, en Afrique noire et sans doute ailleurs aussi, les taxis transportent à moindre frais les cadavres ainsi encadrés par deux membres de la famille afin de contourner les autorisations officielles et les charges des pompes funèbres.

Marc semble répondre aussi à la même préoccupation en nous faisant remarquer que des faibles femmes ne pouvaient, à elles seules, bouger la pierre "Et elle se disaient entre elles : "Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? " (Mc 16, 3).

le dimanche matin
Fra-Angelico--La-R-surrection-du-Christ-et-les-femmes-au-tombeau--1440-1441--fresque--couvent-San-Marco--Florence.jpg

Fra Angelico, La résurrection du Christ et les femmes au tombeau,
fresque 1440-1441, couvent San Marco à Florence (Italie).


Les " Onze " (les Douze moins Judas) et " tous les autres " (Lc 24, 9) sont mis au courant par les femmes. Mais, pourtant, seul Pierre se déplace. " Mais Pierre, s’étant levé, courut au tombeau et, s’étant penché, il voit les bandelettes seules et il s’en alla chez lui, étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12). Jean, il faut s’y attendre, ajoute " l’autre disciple ", témoin jusqu’au bout. Plus jeune et plus alerte, celui-ci arrive en premier et, par respect, laisse Pierre entrer le premier. Partage des rôles, à Pierre le commandement de la première communauté, à lui le rôle de témoin par excellence, " il vit et il crut " (Jn 20, 8).

Qu'y a-t-il dans le tombeau ? Le constat est fait non par les femmes (manque de curiosité  ? effroi devant la pierre ôtée ?) mais par Pierre et "l'autre disciple".  Pierre y voit les bandelettes * seules  (Luc, 24, 12), mais Jean y ajoute le suaire * "roulé à part" (des bandelettes), déposé à un autre endroit (Jn 20, 7). Plus de corps (a-t-il été déposé à Talpiot ?), plus de linceul (est-ce le Suaire de Turin ?) !
* ces bandelettes servaient de ligature et n'étaient nullement utilisées pour envelopper le corps comme pour les momies égyptiennes.
* dans une note relative à la résurrection de Lazare, André Chouraqui précise que le suaire (distincte du linceul ; soudarion en grec) est un linge mis autour du cou et servant à éponger la sueur ; ici pouvant servir de mentonnière.


La conclusion de Luc et de Jean est la même : Pierre et " l’autre disciple " pour Jean rentrent tout bonnement chez eux. Pierre est " étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12) et Jean précise, à propos de Pierre et de " l’autre disciple " : " Car ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture, qu’il devait ressusciter des morts " (Jn 20, 9).


Qu’il y ait eu résurrection de Jésus ou pas, c’est précisément à partir de ce constat du tombeau vide, que le travail de deuil va s’organiser ...
Il va durer des pâques juives à la Pentecôte, autre fête du calendrier hébraïque.



Mercredi 26 mars 2008
par Jean-Claude Barbier publié dans : le temps des évangiles communauté : Religions en toute liberté recommander

au Golgotha

Au pied de la croix, il y aura des femmes " qui regardaient de loin " ; selon les évangélistes, deux, trois ou quatre femmes (parmi elles) sont nommées :


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Jésus parle aux femmes de Jérusalem. Eglise de Rennes-le-Château, station VIII du chemin de croix, oeuvre mise à l'actif des abbés François Béranger Saunière (1852-1917) et Henri Boudet (1837-1915).

1 - Miriâm (Maria en grec) de Magdala (citée en premier par Marc et Matthieu),
  

2 - Miriâm " mère de Jacques le petit et de Joset " (selon Marc ; " de Joseph " selon Matthieu) – cette Marie est-elle la femme de Clôpas que cite Jean (Jn 19, 25) et qui était " sœur " de Marie, la mère de Jésus ? Jacques "le petit" (par rapport à l'apôtre) serait alors Jacques, le frère de Jésus, qui, plus tard, présidera la communauté de Jérusalem.


3 - la mère des fils de Zébédée (les apôtres Jacques - le majeur - et Jean), les ben Zabdi (qui, avec Simon-Pierre et son frère André furent les premiers recrutés, Jn 4,20 ; tous étaient des pêcheurs du lac de Tibériade du village de Kephar-Nahoum). Cette femme est connue pour son dynamisme ; elle aurait demandé à Jésus que ses fils siègent avec lui dans l’Israël restauré, l’un à droite et l’autre à gauche de lui (Mt, 20, 10), comme quoi les places d'honneur ! Les évangiles ne citent pas son prénom.


4 - Miriâm, la mère de Jésus, que Jean est seul à mentionner et que Jésus, mourant, aurait confié au disciple qu’il aime (Jn 19, 26-27) *

* cette version de Jean accrédite l’idée que Jésus n’a pas de frère direct pouvant accueillir sa mère... à moins que ce disciple, dont le nom est si soigneusement tû, ne soit un jeune frère de Jésus ... ou encore un rejeton de Jésus et de Marie de Magdala (hypothèse de l'historien américain James Tabor). La tradition chrétienne localise la fin de vie de Marie, mère de Jésus, à Ephèse, auprès de l’apôtre Jean, et plus largement de l'école johannique.

5 - Shelomit / Salomé (qui est le féminin de Salomon), mentionnée par Marc seul (15, 40) qui est la sœur de Jacques le mineur (Mc 16, 1) et fille de notre seconde Miriâm.

au tombeau le vendredi soir

Jésus est mort ; nous sommes à la veille du sabbat et il faut faire vite si on veut éviter que le cadavre ne soit livré aux vautours. Le corps est descendu de la croix et mis dans une tombe qui était à proximité.

Ce
la se passe sous les yeux des femmes " qui étaient venues de Galilée " avec Jésus (Luc 23, 55) ; sont alors nommées de nouveau Marie de Magdala et " l’autre Marie " (Mt. 27, 61), à savoir la mère de Joset (= José, diminutif de Joseph) (Marc 15, 47) – notre seconde Mirîam.

au tombeau le dimanche matin

Ce sont les mêmes femmes, Marie Madeleine, " l’autre Marie " (mère de Jacques et Salomé Mc 16, 1, notre Miriâm n° 2), et Luc ajoute une nommée Jeanne (Lc 24, 10), " et les autres, avec elles ", qui, après le sabbat – notre dimanche matin - à l’aube avec un soleil qui se pointe à 5 heures (" c’étaient encore les ténèbres " précise Jean Jn 20, 1), viennent avec des aromates et parfums préparées la veille (Luc 23, 56) ou achetées le matin même (Mc 16, 1).


Pour Jean, il y a seulement Marie Madeleine (Jn 20,1), mais elle utilise le pluriel en s’adressant à Simon-Pierre et à " l’autre disciple que Jésus aimait " : " Ils ont enlevé l’Adôn (= le maître) hors du sépulcre. Nous ne savons pas où ils l’ont mis " (Jn 20, 2).

Mercredi 26 mars 2008
par Jean-Claude Barbier publié dans : le temps des évangiles communauté : Religions en toute liberté recommander
Après avoir célébré la Pâque juive, Jésus se retire avec ses disciples au mont des Oliviers, au delà du torrent du Cédron * (précise Jean 18, 1a). Mais le groupe ne monte pas jusqu’au sommet du mont ; il s’arrête au jardin du domaine de Gethsémani *, là où il avait coutume de passer la nuit (Luc 22,39 ; Jn 18,1-2).
* le Cédron (Qidrôn) est une vallée à l’est de Jérusalem, entre la ville et le Mont des Oliviers.
* Gethsémani (Gat-Shémanîm = pressoir à huile dans Matthieu 26,36 et Marc 14,32) est sans doute plus une oliveraie qu’un jardin car la tête de vallée du Cédron reste sèche en dehors des grandes pluies.

Judas, fils de Simon Iscariote a quitté le groupe sitôt après la consommation rituelle du pain. Jean l’évangéliste nous dit qu’il gérait la bourse et que les autres disciples pensèrent alors que Jésus l’avait envoyé faire des courses pour la fête (Jn 15, 27-30).

Jésus semble pressentir sa fin. Il demande à Pierre (Shim’ôn-Petros) et aux deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, de prier avec lui (Marc 14, 33 et Matthieu 26, 37 ; Luc et Jean ne précisent pas et en restent à l’ensemble des disciples). Les disciples s’endorment ; Jésus réveille Pierre * « Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? » (selon Marc et Matthieu).
* Pierre seul, qui est le premier recruté et le bras droit du maître.

Psautier de Copenhague 1175-1200

C’est là que Jésus est arrêté par, selon Jean, une cohorte romaine (soit 600 soldats – ce qui paraît bien excessif !), un officier (un chef « de mille »), les gardes du Temple (qui sont sous l’autorité du Grand Prêtre), le serviteur du Grand Prêtre nommé Malchus * (Jn 18, 10) et des pharisiens.
* Malchos dans la traduction d’André Chouraqui.

Luc parle simplement d’une foule (Lc 22, 47), Marc, d’une foule armée de bâtons et de glaives (Mc 14, 43) et Matthieu précise que la foule était nombreuse (Mt 26, 47). Y a-t-il eu vraiment tout ce déploiement de force, qui ne peut être que bruyant, ou bien une action commando ?

Judas les aurait guidés et donné le célèbre baiser de la trahison à son maître. Plus tard, pris de remord, il serait aller rendre l’argent qui lui avait été donné et aurait été se pendre (selon Matthieu seul 27,3-10).

Le Grand Prêtre est Caïphe, mais, selon Jean, c’est chez son prédécesseur, Anne / Hânan, son beau-père (qui avait été destitué en l’an 15 par le gouverneur romain Valerius Gratus) que Jésus est d’abord conduit. Le lieu est le même, le palais du Grand-Prêtre * où Caïphe et Hânan cohabitent. Pierre a suivi. Jean précise qu’il a pu entrer dans la cour où se tenaient les gardes grâce à « un autre disciple qui était connu du Grand Prêtre » (Jn 18, 15-16) *. Une servante le dévisage. Pierre renie être de ceux qui suivent Jésus. Il doit quitter les lieux.
* à partir du IVè siècle, la tradition chrétienne situe ce palais dans la partie sud de la ville, non loin du Cénacle.
* sans doute « l’autre disciple que Jésus aimait » Jn 13, 23 ; 20,2 .

Il reste donc seulement « l’autre disciple » qui a ses entrées au palais du Grand-Prêtre . Ce disciple est présent durant toute la Passion de Jésus et s’affirme comme témoin privilégié ; par exemple lui seul relate le coup de la lance qui perce le côté de Jésus déjà mort (Jn 19, 31-37) ; « il en sorti aussitôt du sang et de l’eau ». Les médecins constatent effectivement chez des victimes d’un traumatisme la formation d’un œdème pulmonaire et pleural. Les marques du Suaire de Turin confirment à la fois que les tibias de Jésus n’ont pas été fracturés et l'épanchement au niveau du côté droit.

« Et celui qui a vu a rendu témoignage et véridique est son témoignage, et celui là sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez, vous aussi » (Jn 19, 35).

En ce témoin énigmatique, la tradition chrétienne a reconnu Jean l’apôtre, le fils de Zébédée (sur le nom duquel l’évangile a été nommé). Or, il convient de distinguer – du moins pour l’analyse – l’apôtre Jean (toujours dit « fils de Zébédée » dans le texte), de l’auteur de l’évangile de Jean * (lequel a été attribué à Jean l’apôtre) et enfin de cet « autre disciple que Jésus aimait », qui se dit avoir été le témoin privilégié, jamais nommé par son prénom, et qui aurait été assurément trop âgé vers l’an 90 pour écrire le dit évangile.
* nous le désignerons quant à nous par Jean l’évangéliste

Si l’on en croit les paroles de Jésus qui aurait confié sa mère à ce disciple, celui-ci n’était sans doute plus tout à fait un jeune pour pouvoir jouer ce rôle de protecteur, et donc pouvait avoir entre 20 et 30 ans (et on doit ajouter une soixantaine d’années pour arriver à la date de publication du 4ème évangile) ; de même il devait avoir un certain âge pour pouvoir introduire un étranger (Pierre) au palais du Grand Prêtre.

A partir de ce moment, on ne sait plus ce que deviennent les disciples. Comme Pierre et « l’autre disciple », un jeune homme avait bien essayé de suivre la cohorte. Il avait été réveillé en sursaut et n’avait sur lui que son drap ; il dut s’enfuir nu lorsqu’on chercha à le saisir, laissant son drap aux mains des agresseurs. C’est Marc qui raconte l’anecdote.

Mercredi 26 mars 2008
par Jean-Claude Barbier publié dans : le temps des évangiles communauté : Religions en toute liberté recommander
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