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Roger Sauter, théologien laïc, membre de l’Union protestante libérale (ULP) de Genève et de l’Association unitarienne francophone (AUF) dont il fut le président d’honneur à partir de 1998, est décédé le jeudi 19 juillet, à l’âge de 88 ans. 

 

Allocution de Jean-Claude Barbier, secrétaire général de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) aux obsèques de Roger Sauter, au crématorium du cimetière Saint-Georges, au Petit Lancy, en banlieue genevoise, le lundi 23 juillet 07.



Chers parents, Chers voisins, Chers amis de Roger
 

La famille de Roger m’a demandé de dire quelque mots au nom des unitariens puisque Roger était des nôtres depuis 1990 et qu’il fut président d’honneur, à partir de 1998, de l’Association unitarienne francophone

– c’est d’ailleurs à la suite de son adhésion à cette association, avec ses amis Heinz Buschbeck (qui habite dans la même avenue du Lignon), Louis van Gool (au Grand Lancy) et Bernard Wald (à Genève) que celle ci – qui était " française " -  devint " francophone ", ouverte aux Suisses romands et aux Belges wallons.  

Gen--ve--Michel-Servet--Roger-Sauter--octobre-2001.jpgRoger Sauter, le dimanche 21 octobre 2001, devant la stèle dédiée à Michel Servet, sur la colline de Champel (photo J.-C. Barbier).



J’ai moi-même connu Roger et ses amis lorsque je suis venu à l’assemblée générale de cette association qui se tint les samedi et dimanche 20-21 octobre 2001 à Ferney-Voltaire, juste de l’autre côté de la frontière avec la France. 


Je fus d’emblée impressionné par son calme et sa sérénité. Il avait prononcé, pour le culte de clôture, une homélie d’une grande qualité, portant sur l’essentiel, avec pertinence et sobriété, d’une voix combien douce et limpide. 


Et puis, attentif à mon souhait, il m’avait accompagné, avec Heinz, sur les lieux du martyre de Michel Servet à la colline de Champel.



Homme de sobriété, Roger désira des obsèques en toute simplicité : pas d’office religieux et crémation. Ses enfants, Monique, Nicole, Delphine et Marcel, respectèrent cette option.



En ne demandant pas un office religieux, Roger nous met finalement tous à l’aise. En effet, nos sociétés sont devenues composites, au sein d’une même famille, dans un même quartier, lors de nos assemblées paroissiales où les opinons et les croyances se diversifient de plus en plus. Désormais croyants et non croyants se mêlent et s’acceptent mutuellement dans leurs choix personnels. Dans ces conditions, il est bien difficile de faire un culte confessionnel qui puisse être partagé par tous.


D’ailleurs, que savons nous réellement de Dieu en dehors du sentiment d’une présence ? Avec le tétragramme IHVH, La tradition biblique nous lègue un nom de Dieu qu’on ne prononce pas … Pourquoi vouloir en dire plus ? Et puis, que savons nous sur l’existence d’une âme qui survivrait après notre mort ? Qu’est-ce l’au-delà ? L’éternité à laquelle nous aspirons ?


Sur ce point, Roger, lors de cette homélie dont je viens de parler et qui s’intitulait " La vie future ", nous avait confié que l’attente du Ciel ne le préoccupait nullement. Pour lui, la religion le conduisait à faire le bien sans espérer la récompense que promettait le zoroastrisme, qui le premier instaura le jugement moral des morts, le bouddhisme avec sa balance karmique et le christianisme avec l’instauration messianique du Royaume de Dieu.
  

Lecture est faite par Louis van Gool, de la fin de cette homélie dont l’épilogue est aujourd’hui :

La diversité de nos croyances portant sur la vie après la mort est donc grande ; elle va de pair avec un autre fait : nous ne savons rien de l’au-delà ! La tolérance religieuse invite à un choix libre, selon nos convictions individuelles. En ce qui me concerne, je préfère ne pas choisir et j’accepte que ma vie future soit ce que Dieu voudra. On me l’a demandé en privé et le je dis en public : ma vie future ne m’intéresse pas ; je ne m’en occupe pas. Bien des gens pratiquent le sport par amour du sport, d’autre l’art pour l’art, sans rechercher d’autre récompense que la satisfaction intérieure et présente. De même, faisons le bien par amour du bien, pour satisfaire notre conscience morale. Que notre amour pour Dieu et pour le prochain soit désintéressé. " 


La Bible nous dit que Moïse mourut dans la bouche de IHVH.


Quelle différence d’avec les religieux, les clercs de toutes les religions, qui savent tout, ont réponse à tout, sont sûrs de leurs promesses et présentent leurs rituels comme autant d’actes infaillibles !


Roger fit des études de théologie mais il resta laïc et ne s’engagea pas dans un ministère. Non lié à une fonction où l’on doit enseigner, évangéliser, convaincre – et donc être directif - , il se contentait d’exposer l’histoire humaine dans sa diversité, dans son cheminement, en laissant libre l’auditeur ou le lecteur. Il pouvait ainsi donner son point de vue personnel et prendre des engagements selon ses propres convictions.


Alors que nombre de protestants libéraux qui ont des convictions ou des sympathies unitariennes préfèrent rester au sein de leur communauté et composer avec les autres fidèles qui sont attachés aux dogmes (le Péché originel, le sacrifice rédempteur de Jésus, le Jugement dernier, la Trinité, l’Incarnation de Dieu en Jésus, la double nature de Jésus – à la fois humaine et divine -, etc.), Roger n’hésita pas à adhérer à l’unitarisme, à se dispenser d’un culte paroissial qu’il jugeait trop empêtré dans des rhétoriques religieuses sous la houlette d’un pasteur qu’il estimait par trop conservateur. 

Un homme libre, sans fard et sans convenances, mais sans nulle violence ou arrogance, au contraire toujours attentif et disponible aux autres.


Merci à Roger de nous avoir réunis ainsi autour de lui par la qualité de sa vie, par la sincérité de sa pensée, par sa gentillesse et sa disponibilité. Grâce à lui, voici que les fleurs apportées par les uns et les autres * deviennent un bouquet riche des couleurs les plus variées. De même que, tout à l’heure, nous allons repartir avec la fleur d’un autre, signifiant par là que nous avons échangé entre nous, qu’il prenne aussi une fleur avant son départ.

* voir la rubrique concernant la cérémonie des fleurs sur le site de l’AFCU.


Son fils, Marcel, déposa une fleur sur son cercueil.
 



Vous trouverez sur notre site documentaire de la Besace unitarienne, dans la rubrique au nom de Roger Sauter, sa bibliographie désormais exhaustive et sa biographie, et – dans les jours à venir – d’autres documents que sa famille nous a confiés.

Samedi 28 juillet 2007
par Jean-Claude Barbier publié dans : l'unitarisme communauté : Religions en toute liberté recommander

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les mondes derrière le ciel et la terre, vue sur le groupe Yahoo " La Cité-Jardin"

 

"Offensive néo-créationniste en Europe", par Jean Riedinger, secrétaire de l' Observatoire chrétien de la laïcité (OCL), texte du 6 juillet 2007 envoyé aux correspondants des réseaux du Parvis.


Les néo-créationnistes intensifient en Europe leur offensive pour présenter leurs thèses comme alternatives des théories scientifiques de l'évolution et comme ayant vocation à être enseignées à ce titre dans les collèges, lycées et universités européennes. Ils ont réussi récemment à faire écarter l'étude d'un rapport de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe- rapport qui concluait au contraire à la nécessité de ne pas confondre les théories scientifiques de l'évolution et les hypothèses métaphysiques et religieuses sur le pourquoi de l'évolution et qui demandait que les thèses néo-créationnistes ne soient pas étudiées dans le domaine scolaire, sinon au titre de l'histoire des croyances et religions.

Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, document n° 11297, 8 juin 2007 "Les dangers du créationnisme dans l'éducation", rapport de la Commission de la culture, de la science et de l'éducation ; rapporteur : Guy Lengagne (France, Groupe socialiste).

Qu'il soit fondamentaliste ou se pare des atours de la métaphysique rationnelle sous le nom de << Dessein Intelligent >> le néo-créationnisme n'est en aucun cas une théorie alternative à la recherche scientifique. Il ne saurait en outre lui imposer a priori aucun principe dogmatique préalable. 

La théologie la plus traditionnelle fait la distinction entre les différents plans de la recherche de la vérité

La vérité scientifique repose sur la méthode expérimentale et dégage le comment de processus naturels observables directement ou indirectement. Elle établit des lois qui sont des constantes. Elle se vérifie quels que soient les choix convictionnels des chercheurs. Elle ne saurait être invoquée pour imposer une idéologie officielle- athée ou non, hostile ou favorable à l'idée de création divine - qui relèvent des domaines libres de la philosophie et de la croyance religieuse.

La métaphysique s'efforce de répondre à la question du pourquoi et du sens de l'existence (et de l'Etre en général) à partir d'une méthode de pensée rationnelle, en toute liberté de pensée et indépendamment de toute conviction religieuse ou athée a priori. Elle est l'objet d'un libre débat entre métaphysiciens. 

La conviction religieuse, la Foi, les représentations mythiques, symboliques ou théologiques du contenu communicable des croyances relèvent de démarches spirituelles personnelles et collectives. Les libertés de conscience, de culte, d'expression que garantit la loi laïque donnent à la foi et aux croyances religieuses comme aux convictions agnostiques ou athées la liberté de se manifester aussi bien dans la sphère privée que dans le domaine social pourvu qu'elles respectent la loi démocratique.

Il est incontestable que la confrontation et le dialogue, dans le respect des démarches propres à chaque domaine de pensée ainsi défini, est l'occasion pour les uns et les autres de se purifier de se clarifier de préciser ce qui est essentiel à la démarche concernée (scientifique- philosophique ou religieuse) et ce qui relève de représentations et paradigmes obsolètes. Ainsi les lectures fondamentalistes des récits de la création de l'univers dans le livre de la Genèse relèvent d'une ignorance grave de la connaissance scientifique et des conditions historiques de la démarche religieuse. Elles sombrent d'ailleurs dans le ridicule pour des esprits que n'aveugle pas l'ignorance crasse ou le fanatisme qui rend stupide. 

L'hypothèse dite du << Dessein Intelligent >> est en apparence plus subtile. Si elle signifie que l'hypothèse métaphysique d'un sens de l'évolution suppose l'existence d'un << créateur >>, elle relève de la pensée philosophique et-ou de la croyance religieuse et à ce titre elle peut être objet d'un examen épistémologique rigoureux dans le cadre même de la philosophie ou d'une explicitation théologique pour en définir la portée spirituelle.

Mais elle sert dans les faits de cache misère au fondamentalisme : elle tente d'instrumentaliser la divinité ou la << réalité >> immanente ou transcendante créatrice comme intervenant << à dessein >> à titre de cause, dans le même domaine que la causalité naturelle observables, dans les processus naturels de transformation des choses. Le prétexte avancé par ses promoteurs est que les théories purement scientifiques de l'évolution se heurtent à des difficultés d'explication. Aucun scientifique digne de ce nom ne nie que la connaissance scientifique est progressive, ne sait pas tout, et reste ouverte à de nouvelles découvertes, voire à de nouveaux paradigmes. Est-ce une raison pour utiliser Dieu comme bouche trou de nos ignorances ?

La démarche du << Dessein intelligent >> n'est pas seulement différente de la science mais elle vise à détruire la méthode même de la recherche scientifique, en considérant comme vrai ce qui est conforme à un a priori et non ce qui est vérifiable expérimentalement.

Il y a pourtant des siècles que la théologie thomiste -entre autres- a su distinguer la chaîne des << causes secondes >> (celles précisément que les théories scientifiques découvrent) et << la cause première >> qui donne sens à tout ce qui est dans la mesure où il est (Dieu selon certains mais aussi bien d'autres formes de fondements ou absolus personnels / impersonnels et / ou cosmiques selon les cultures et les approches religieuses et métaphysiques des peuples de la terre : cf. taoïsme, bouddhisme, etc.).

La théorie évolutionniste ne saurait s'opposer à la foi en un Dieu créateur. Inversement une forme quelconque de croyance ne saurait nier a priori des découvertes scientifiques permises grâce à la rigueur de la méthode expérimentale.

 


L'Observatoire chrétien de la laïcité (OCL) est né au sein de la Fédération des réseaux du Parvis à partir de l'engagement de plusieurs mouvements de cette fédération.


Commentaire reçu le 30 juillet 07, de Michel, prêtre catholique,   : "J'apprécie la clarté de la distinction des différents plans de réflexion. Non, pas question d'un "Dieu bouche trou" de nos incapacités intellectuelles ! Merci.
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Samedi 28 juillet 2007
par Jean Riedinger publié dans : le Dessein intelligent communauté : Religions en toute liberté recommander
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