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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 13:17

Faut-il faire condamner la France par la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH) pour non respect des anachronismes religieux ?

 

La laïcité à la française n’est pas toujours très bien comprise par les étrangers (pays voisins et minorités ethniques et/ou religieuses). C’est souvent le clash par rapport à des anachronismes religieux portés par des religions, confessions ou mouvements. Accusation est alors portée contre la France devant les tribunaux européens pour condamner notre pays. La dernière accusation de ce genre émane d’un brave commerçant Sikh qui n’a pas voulu ôter son turban pour une photo d’identité exigée pour l’obtention d’un permis de conduire.

 

Les incidents se multiplient localement, dans la vie quotidienne :

 

- transfusion sanguine jugée médicalement urgente (pourtant refusée par des Témoins de Jéhovah),

- sapins de Noël ou autres fêtes des crèches et des écoles (jugées par les mêmes Témoins de Jéhovah comme " païens " et donc nocifs pour leurs enfants),

- viande de porc considérée comme " impurs " par juifs et musulmans (lesquels enseignent pourtant que c’est Dieu lui-même qui a créé les animaux !) et revendication de cantines sans viande de porc,

- vêtements ou objets ostentatoires d’une identité religieuse portés dans un établissement scolaire ou dans l’exercice d’une fonction publique (le turban des Sikhs, le voile musulman – et pourquoi pas la burka ! - , la kippa des juifs, etc.),

- demande de carrés musulmans dans les cimetières orientés vers La Mecque et bien à l’écart afin de ne pas se mêler aux tombes "impures" des autres croyants et celles des non-croyants,

- refus par des musulmans des consultations médicales menées par un médecin d’un autre sexe que le patient, pratique de la circoncision (sans motif médical) et de l’excision au nom de la Tradition ou du Coran (lequel pourtant n’y ait pour rien),

- etc.

Ces anachronismes religieux sont manifestement en confit de civilisation avec nos sociétés occidentales ? Elles sont fondées sur des logiques internes à partir d’écrits considérés comme révélées – donc absolues - ou bien comme des prescriptions de toute première importance sans cesse rappelés par les clergés. Les enfreindre c’est péché et donc aller tout droit dans la marmite bouillante de l’Enfer. Ils ne sont pas négociables, Dieu étant au dessus des lois humaines et de nos institutions.

 

Que faut-il faire ?

 

Accepter les communautarismes (que chaque communauté s’organise à sa guise, y compris au niveau juridique comme l’organisation des mariages, le règlement des conflits familiaux, etc.) , ce qui permet la paix sociale et, éventuellement, l’apport de voix le jour des élections ?

 

Mettre en pratique ce que les Canadiens (surtout anglophones car les Québécois entendent défendre leur identité historique) appellent joliment des " accommodements raisonnables ", à savoir inviter les populations à accueillir les immigrés en adoptant les institutions du pays aux mœurs des arrivants afin qu'is se sentent comme chez eux et de les aider à mieux s'intégrer.

 

C’est vrai que, chaque fois que cela est possible, il convient d’éviter les clashs.

- Lorsque les recherches en cours sur le sang artificiel auront abouti, les chirurgiens de nos hôpitaux pourront répondre positivement aux exigences des Témoins de Jéhovah,

- la charcuterie à base de volailles est maintenant entrée dans nos mœurs culinaires,

- les objecteurs de conscience bénéficient d’un statut qui leur évite l’emprisonnement,

- un secteur privé confessionnel travaille dans de bonnes conditions sous contrat avec l’Etat,

- etc.

 

Certaines choses peuvent être effectivement négociées … mais d’autres non car elles touchent aux valeurs même de la laïcité.

 

Disons d'abord que le secteur privé peut absorber une bonne partie des exigences particulières de la part de certains acteurs religieux. C’est effectivement plus cher que les services publiques, mais ce qui paraît un absolu pour les uns est aux yeux des autres pur caprice irrationnel basé sur des superstitions.

 

Mais voilà, certains considèrent que, en France et autres pays, le secteur public doit tout faire pour répondre à toutes les situations, et encore au moindre prix avec remboursement à la clef par une Sécurité sociale transformée ainsi en vache à lait. Ils se mettent à crier à la discrimination si on leur conseille de s’adresser au secteur privé.

 

Or le laxisme non seulement ne fait que reporter le problème, mais en plus ouvre des brèches dans lesquels s’engouffrent immédiatement les demandeurs … pour exiger toujours plus. Pour les islamistes (fort heureusement une très faible minorité en France, surtout à ne pas confondre avec les autres musulmans), c’est ni plus ni moins la charia. Ils ont fait du voile porté à l’école par les jeunes musulmanes, un étendard de combat et une visualisation de leur influence (ce qui n’a rien à voir avec le voile porté d’une façon culturelle ou par conviction personnelle).

 

Dieu merci, les institutions européennes commencent à comprendre la chanson et ne se laissent plus faire (1). Notre Sikh devra donc enlever son turban, le temps d’une pose photographique, s’il veut obtenir son permis de conduire français. Il en avait été de même pour l'un de ses coreligionnaires : un Britannique à qui on avait demandé, à l’aéroport de Strasbourg en 2003, de bien vouloir ôter son turban avant l’embarquement – par mesure de sécurité. La digne Cour européenne des Droits de l'Homme CEDH (deux ans après ! eh oui, la procédure est longue) avait jugé la requête irrecevable en estimant en janvier 2005 que cette mesure répondait à des motifs de sécurité qui justifiaient une "ingérence" dans le droit à la liberté de religion.

 

Ce 27 novembre 2008, la même Cour a maintenu son analyse : obliger un musulman pratiquant à présenter une "tête nue" sur les photos d'identité à des fins de délivrance de diplôme universitaire ou de retirer un voile ou un turban lors d'un contrôle de sécurité notamment dans une enceinte consulaire "ne constituent pas une atteinte" à l'exercice de la liberté de religion. Ouf pour Dame Laïcité !

 

Le problème n’est pas nouveau : au XVIIème siècle, les quakers défrayèrent la chronique car il refusaient d’enlever leur couvre-chef (= chapeau) devant les autorités civiles et religieuses de l’époque, soit disant que seul Dieu à le droit de recevoir la révérence.

 

Ceci dit, qu’on le sache quand même, en France, toute personne peut déambuler dans les rues de nos villes et les chemins de nos campagnes en portant l’accoutrement vestimentaire qu’il souhaite (hormis les atteintes à la pudeur), de fréquenter les lieux de cultes et les magasins casher ou autres de son choix.

 

Vous ne pouvez toutefois pas vous promener hors de vos espaces privés dans la tenue ci-contre. Vous seriez accusée - non pas de porter la burqa (sauf à l'école !) - mais d'atteinte à la pudeur ! Bref, mettez plutôt une mini-jupe ou un mini short qui, eux, sont admis ...

 

Toute chasse aux sorcières, toute attaque de personnes affichant son identité religieuse, ou encore tout vandalisme de lieux de culte soulève d’emblée l'indignation des populations locales, croyants et non croyants confondus, la ferme réprobation des pouvoirs publiques et l’ouverture immédiate de poursuites judiciaires.

 

Beaucoup de pays ne pourraient pas en dire autant ; comme quoi notre laïcité n’a de leçon à recevoir de personne.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans les dérives sectaires
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