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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 04:07

Extraits du discours du président Nicolas Sarkozy lors de l'inauguration du Fonds Paul RICOEUR à l'Institut protestant de théologie de Paris, le jeudi 27 mai 2010.


Nous voici donc réunis dans ces locaux magnifiquement rénovés et modernisés de l’Institut Protestant de théologie pour inaugurer l’installation du fonds Ricœur. Nous ne célébrons pas seulement un legs de 15 000 volumes désormais accessibles à tous mais aussi la mémoire d’un penseur dont cette bibliothèque de travail et les archives personnelles témoignent de l’étendue de la réflexion et des connaissances, à la dimension de son œuvre qui le place parmi les plus grands philosophes français de la deuxième moitié du XXe siècle.


Après avoir évoqué la vie et l'oeuvre de Paul Ricoeur (1913-2005), N. Sarkozy embraie sur l'état du protestantisme français et son rôle dans notre société. Fidèle à sa conception d'une laïcité ouverte, il invite à des relations de franche collaboration et souhaite la reconnaissance par l'Etat français des diplômes de rang universitaire délivrés par les Facultés protestantes.


Évoquer la grande figure de Paul Ricœur c’est donc évoquer aussi les plus hautes vertus intellectuelles, morales et spirituelles du protestantisme français. Ce n’est pas faire injure au principe de laïcité dont les protestants, mieux que quiconque, connaissent la valeur, parce qu’ils se sont battus pour elle, parce qu’ils en sont parmi les principaux artisans. Ce n’est pas faire injure au principe de laïcité que de reconnaître dans le protestantisme une pensée de la liberté et de la responsabilité humaines.

 

nicolas_sarkozy_republique-religions-esperance.JPGUne éthique forte, rigoureuse, exigeante.
Un esprit d’indépendance.
Une volonté de résistance à toutes les oppressions.
Une fidélité sans faille à la Nation et à la République.


Voilà ce que le protestantisme a gravé dans l’esprit et le cœur de tous les enfants des morts de la Saint-Barthélémy, des Camisards traqués dans les Cévennes, des femmes protestantes enfermées dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes qui écrivaient « Résister » sur le mur de leur prison, des Justes du Chambon-sur-Lignon qui cachaient les enfants juifs parmi leurs propres enfants ... Le protestantisme fait partie de notre histoire, de notre culture, et oserai-je le dire, il est partie intégrante de notre identité nationale.

Comment ne pas penser à ce que disait ici-même Jules Ferry lorsqu’il inaugura en 1877 les locaux que l’État venait d’offrir à la nouvelle Faculté de Théologie Protestante de Paris ? : « Le protestantisme a été, dans l’histoire moderne, la première forme de la liberté (…). La Révolution de 1789 (…) a été faite en partie pour vous : elle est pour vous la date de l’affranchissement définitif ».  Il ajoutait : « l’État est ici à sa place, il a ici sa part, non pour fixer le dogme, qui ne lui appartient pas, mais à un double titre qui lui est propre, celui de gardien de la cité terrestre et celui de gardien du savoir humain… »

C’était avant la séparation de l’Église et de l’État… Mais quelque chose de profondément vrai demeure dans ces paroles prononcées par le grand républicain qui inventa l’École laïque. Nous sommes ici dans un lieu d’étude et de réflexion non dans un lieu de culte. Ce qui est en jeu ici, dans cette Faculté de Théologie Protestante de Paris plus que séculaire, qui appartient à toutes les confessions protestantes et qui est ouverte à tout le monde, c’est la transmission d’une connaissance et d’un savoir qui représentent un véritable trésor d’humanité et qui fait partie de l’héritage d’une civilisation que nous voulons garder vivante. Croyants ou non croyants le legs de 2 000 ans de pensée et de civilisation chrétiennes nous concerne tous.

A une époque où l’on s’émeut à juste titre du risque de disparition de certaines espèces vivantes, de certaines langues et de certaines cultures, comment pourrions-nous rester indifférents au risque d’assèchement d’une tradition spirituelle à laquelle nous devons notre idée de l’Homme ?

Et ne voyons-nous pas aussi que la théologie telle qu’on l’enseigne ici nous préserve du charlatanisme, de l’esprit sectaire et rétrograde qui menacent de dénaturer le sentiment religieux et de l’engager sur des chemins peu compatibles avec les idéaux et les valeurs de notre civilisation ? Laissons tous ceux qui éprouvent le besoin de croire entre les mains de n’importe qui, n’ayant reçu aucune formation théologique sérieuse ancrée dans une longue tradition intellectuelle et c’est la société tout entière qui aura à en souffrir.

C’est vous dire combien je me réjouis de voir la vieille faculté de théologie protestante si vivante, si moderne.
C’est vous dire combien je me réjouis de constater l’esprit d’ouverture et l’esprit œcuménique qui règne ici.
C’est vous dire combien je trouve légitime votre demande de voir reconnaître les diplômes délivrés par l’enseignement supérieur protestant et fixer la liste de leurs équivalences comme cela a été fait pour l’enseignement supérieur catholique. Je souhaite qu’un groupe de travail soit rapidement constitué pour faire des propositions en ce sens au Gouvernement.


Mesdames et Messieurs,

Alors que l’économie et la société redécouvrent dans la crise sans précédent qui secoue le monde, un profond besoin d’éthique, alors que le progrès des sciences et des techniques met nos valeurs chaque jour à l’épreuve et que le capitalisme est en quête de morale, le silence des grandes religions serait incompréhensible tant elles sont dépositaires ensemble d’une partie essentielle de la sagesse humaine.

Elles n’apporteront rien en se dressant contre la science et contre l’économie. « La théologie que nous enseignons ici, disait en 1877 le doyen de votre faculté, accepte avec confiance les procédés et les méthodes auxquels est tenue de se soumettre la science moderne ».  C’est dans des lieux comme celui-ci que ce dialogue confiant entre la science et la religion peut s’organiser. C’est peut-être ce que nous avons de mieux à opposer à la mort lente d’une certaine idée de la civilisation et d’une certaine idée de l’Homme.

De Paul Ricœur, on a dit que cet homme si austère dans son travail, si plein de probité et de rigueur, aimait beaucoup rire. Peut-être tout simplement parce qu’il aimait la vie et que cet amour de la vie était plus fort que toutes les peines et toutes les souffrances. Peut-être ce rire fut-il la forme la plus irréfutable de sa sagesse. Peut-être était-ce pour cela que ses élèves l’aimaient tant. Peut-être que c’est ce qui manque le plus à notre époque.

Poser la question c’est dessiner déjà l’ampleur du défi que nous avons personnellement et collectivement à relever et la part qui peut être la vôtre à la croisée de tous les savoirs qui concernent l’homme le plus directement, oserai-je dire, le plus intimement. C’est une tâche redoutable.

Dans la stricte fidélité aux principes de la laïcité, vous pouvez compter sur le respect, la compréhension et le soutien de cette République qui vous doit tant. Et vous pouvez aussi compter sur moi.

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Published by Nicolas Sarkozy - dans les protestantismes
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