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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 10:40

Les unitariens du monde entier sont largement acquis aux vertus du pacifisme, mais lorsque les Romains affirmaient qu'il faut préparer la guerre pour éviter de devoir la faire c'était AUSSI faire preuve de réalisme. La tension est permanente entre la diplomatie pour résoudre les conflits, mais jusqu'où ? Jusqu'à Munich ? Car en face, un voisin calculateur et non moins diplomate peut préparer une invasion de type impérialiste. Nous l'avons vu au XXème siècle avec le nazisme italien (invasion de type colonial de l'Ethiopie) et hitlérien (à commencer par l'invasion des pays voisins ayant des minorités allemandes), puis avec le communisme stalinien (mise en tutelle de l'Europe de l'Est) ou chinois (invasion du Tibet), et aujourd'hui avec le califat autoproclamé de l'Etat islamique du Liban et de l'Irak (EIIL). Certes il vaut mieux la paix que la guerre - tout le monde en convient - mais bêler la paix d'une façon inconditionnelle, c'est être totalement aveugle face aux dangers qui nous menacent. L'unitarisme et autres mouvements religieux se ridiculisent en proclamant des confessions de foi comme quoi il nous faut baisser les armes d'une façon inconditionnelle (le pacifisme absolu) que ce soit vis-à-vis des criminels, des entreprises subversives anti-démocratiques et des impérialismes extérieurs.

Dans cette optique nous reproduisons ici l'allocution de Jacques Myard, député français et maire de Maisons-Laffite faite le 11 novembre 2014, anniversaire de l'armistice entre Alliés et Allemands, qui mit fin aux hostilités de la longue guerre de 14-18. En citant de nombreux auteurs, elle est une méditation sur la paix et la défense nationale.

Il faudrait ajouter le souhait que l'ONU devienne suffisamment opérationnelle pour imposer une paix internationale, mais nous savons que le chemin est encore long car certaines nations qui ont droit de véto au sein de cet organisme agissent encore selon des intérêts strisctement nationalistes sans référence aux valeurs universelles qui fondent la civilisation moderne.

Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, Bordeaux

illustration : les anneaux de la mémoire citant tous les noms des soldats de toutes les nationalités tombés durant la guerre 14-18 sur les champs de bataille du Pas-de-Calais au nord de la France (soit 580000 au total). Monument commémoratif inauguré le 11 novembre 2014 par F. Hollande, président de la France.


guerre_14-18_anneau_de_la_memoire.jpgUn Français témoigne, « Un bruit diabolique nous entoure. On a l’impression inouïe d’un accroissement continu, d’une multiplication incessante de la fureur universelle. Une tempête de battements rauques et sourds, de clameurs furibondes, de cris perçants de bêtes s’acharnent sur la terre toute couverte de loques de fumée, et où nous sommes enterrés jusqu’au cou, et que le vent des obus semble pousser et faire tanguer. » (Henri Barbusse, Le Feu)
Un Allemand, comme en écho, témoigne à son tour, « Un nouveau sifflement retentit haut en l’air : chacun sentit, la gorge serrée : celui-là, c’est pour nous. Puis un fracas énorme, assourdissant, l’obus s’était abattu juste au milieu de nous. Les blessés poussaient leurs cris affreux.Quelques-uns se trainèrent vers moi sur le ventre... « Mon Lieutenant ! Mon Lieutenant ! Jasinski, l’un des bleus que je préférais, à qui un éclat avait fracassé la cuisse, se cramponnait à mes jambes. Maudissant mon impuissance à porter secours, je lui tapais sur l’épaule, désemparé. De tels moments se gravent en nous » (Ernst Jünger, Orages d’Acier).
Ils sont partis au temps des moissons sous le soleil d’août. « Une après-midi brûlante d’août, les rues du village quasi désertes. Soudain, un roulement de tambour : l’appariteur « le Commissaire » annonce la Mobilisation Générale. Cette annonce souleva plus d’enthousiasme que de désolation. » (Louis Barthas Tonnelier). Ils sont partis, sûrs de la victoire. Ils sont partis, certains de revenir avant les vendanges. Mais les vendages furent sanglantes. Ils n’ont pas cru à la guerre car à chaque crise, la diplomatie l’avait emporté comme à Agadir en 1911 quand l’Allemagne reconnaît le protectorat français sur le Maroc en contrepartie du bassin de la Sangha au Congo. Mais les incidents avec l’Allemagne se multiplient, à Lunéville, à Nancy en avril 1913.
Ils n’ont pas cru à la guerre et sont aux courses le 28 juin. C’est à Longchamp, pour le Grand Prix, que le Président Poincaré reçoit de son aide de camp une dépêche. Il la lit et la tend à l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie, le Comte Seczen. Ce dernier blêmit et quitte précipitamment la tribune  présidentielle. Il vient d’apprendre l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche à Sarajevo.
Alors, la mécanique implacable se met en branle. Le 25 juillet, la Serbie mobilise. Le même jour, la Russie soutient la Serbie et Joffre ordonne d’acheminer trois régiments de tirailleurs marocains en Métropole. Le 27 juillet, la Royal Navy reçoit l’ordre de se tenir prête. Le 28 juillet, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie. Le 30 juillet, la Russie mobilise. Le 31 juillet, l’Autriche mobilise à son tour. Le même jour, l’Allemagne adresse un ultimatum à la France et à la Russie. Le 31 juillet, Jean-Jaurès est assassiné. Le 1er août, la France mobilise. Le 2 août, l’Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique, puissance neutre.
Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France. « Aux armes ! on s’embrasse, on crie, on pleure, on rit. Les mères ont au flanc des tressaillements neufs, comme s’il procréait une seconde fois, ces enfants destinés aux gloires du Pavois. Détachés les canons ! qu’ils courent sur le monde ! qu’il n’y ait qu’un seul cri fulminant, Guerre ! Guerre ! » (Henri Bataille, La Divine Tragédie 1916).
La mobilisation s’effectue du 2 au 16 août avec une discipline et une organisation parfaites sous les ordres du major général Belin. 4278 trains permirent la concentration des troupes, seuls quelques trains furent en retard. Le 3 août, 882 000 hommes sont sous les drapeaux. Le 18 août, ils sont 4 662 000.

Un seul cri, à Berlin, à Berlin, un seul mot d’ordre, l’offensive à tout prix. Du côté français, c’est le plan XVII, élaboré par Joffre le 18 avril 1913. Du côté allemand, c’est le plan Schlieffen qui prévoit de violer la neutralité de la Belgique. « L’offensive est la forme la plus puissante du combat ; elle seule apporte la décision... L’offensive est le symbole de la supériorité sur l’ennemi. ». Ainsi s’exprime le général allemand Ludendorff. A l’état-major général français, le lieutenant-colonel de Grandmaison, affecté au 3ème bureau, le bureau des opérations en écho à Ludendorff, préconise « l’attaque sans souci des pertes » Sic ! Mais à l’école Guerre, un colonel, Philippe Pétain, presque à la retraite, expose clairement : « le feu tue » !
Jamais le choc entre deux armées ne fut aussi violent, durable, aveugle et meurtrier dans un commun désastre européen et mondial. Jamais autant d’hommes ne furent mobilisés et engagés dans une guerre totale, une fournaise d’acier et de sang dont Verdun restera pour des siècles et des siècles le symbole héroïque. 8,5 millions de Français sont mobilisés dont 260 000 combattants d’Afrique du Nord et 215 000 coloniaux. 11 millions d’Allemands sont sous les armes. Au total, 65 millions d’hommes, tous belligérants confondus.
27 % des soldats français des 18-27 ans sont tombés au champ d’honneur, soit près de 1,4 millions d’hommes. Mais 4,266 millions sont revenus blessés de la guerre, les « Gueules cassées ».
Les villages, les villes, les fleuves, les collines ne sont plus des lieux géographiques mais deviennent des enjeux stratégiques, des batailles formidables assoiffées d’acier et de sang. « Les obus miaulaient un amour à mourir, un amour qui se meurt et plus doux que les autres, ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir. Les obus miaulaient. Entends chanter les nôtres. Pourpre amour salué par ceux qui vont périr. » (Guillaume Apollinaire, La Nuit d’Avril, 1915)
Dans cet enfer, le Poilu tient et résiste. « On lutte de tranchée à tranchée où les corps des combattants pressés comme d’humaines grappes s’enchevêtrent à ceux des mourants et des morts » (Paul Hubert, Nuit sur le front). Dans cet enfer, le Poilu tient et résiste, il trouve dans la gnôle un peu de réconfort. « Gnôle, je redirai tes vertus, ta puissance, ta générosité. Pour toi le fier Poilu connut, quoi qu’on pense, un éternel été » (A. Fourtier). Poilu a été le fer de lance, le bouclier de la Nation en armes contre l’envahisseur du Reich du Kaiser. Tous les Français l’ont soutenu car cette guerre, comme le souligne J-B. Duroselle, est " la guerre des Français."
Blessé, les dames blanches, les anges blancs ont soigné Poilu et donné un peu de réconfort féminin qui lui manque tant au front. Les femmes l’ont remplacé en usine pour tourner les obus mais aussi à la ferme car la vie continue, la guerre n’arrête pas le cycle des saisons.
Poilu se bat avec acharnement et sur les mers, ses camarades marins connaissent la nouvelle guerre de course des U BOOT, lancée par l’amiral Von Tirpitz qui provoque une guerre sous-marine à outrance, précipitant l’entrée en guerre des Etats-Unis. C’est à juste titre que le 23 juin 1920, Georges Leygues, ancien ministre de la Marine, s’adresse en ces termes à la chambre des députés. « Nos marins ont conduit la guerre sans être soutenus par l’exaltation de la bataille... Ils ont monté la garde, ils ont lutté contre la mine, la torpille, leur cœur n’a jamais faibli. C’est la maîtrise de la mer qui nous a permis de soutenir la guerre pendant quatre ans et de la gagner. »
L’aviation militaire naissante renseigne Poilu sur les mouvements de l’ennemi.Deux hommes, deux ingénieurs Marcel Dassault et Henry Potez donnent aux avions français l’hélice éclair qui équipe l’avion de Georges Guynemer, le fameux Spad 7.
Le 19eme siècle est mort en 1914 en donnant naissance au 20àme dans ce brasier d’acier, de sang et de mort. La France moderne avec toutes ses faiblesses, ses passions mais aussi ses fraternités est née dans les tranchées. Ouvrier ou ingénieur, paysan ou aristocrate, écrivain ou illettré, libre penseur ou curé, fantassin ou officier, ensemble, solidaires, ils ont fait face au « Trommelfeuer » de l’ennemi. Ils ont connu la peur ou la joie d’être toujours en vie après l’attaque, ils ont respiré et senti l’odeur de la mort qui rôde ; chacun savait que sa vie, son sort dépendaient de tous les autres, ils ne faisaient qu’un pour le destin collectif de la Nation. Roland Dorgelès s’adresse à ses camarades. « Une telle joie était en vous qu’elle dominait les pires épreuves. Dans la boue des relèves, sous l’écrasant labeur des corvées, devant la mort même, je vous ai entendu rire : jamais pleurer. » (Roland Dorgelès, les Croix de bois). Leur engagement a été total jusqu’au sacrifice suprême. Ils ont offert sans retour à la Patrie le plus cher de leur vie, leur jeunesse. Conduits par des chefs prestigieux qui ont su comprendre le quotidien des fantassins, comme Joffre, Foch, Pétain, Lyautey, mais aussi Haig, French, Pershing, ils ont remporté une très dure victoire qui n’efface pas les sacrifices. « Trop de morts dorment sous la terre pour que j’ai le cœur d’un vainqueur, pour que m’éclaire ta lumière. Tu parais trop tard ô guerrière. Il fait trop sombre dans mon cœur. » (Pierre Paraf).
La France leur demeure à jamais redevable ; nous sommes leurs héritiers de chair et d’esprit ; au sacrifice de leur vie, ils ont défendu notre liberté lors de batailles titanesques contre l’impérialisme du Reich du Kaiser ivre de puissance, qui n’a malheureusement pris fin qu’en 1945 au prix d’une nouvelle guerre pire encore qui a embrasé le monde.
En ce centenaire, c’est avec une profonde émotion que nous rendons un hommage solennel à nos pères. Nos pensées vont aussi à nos alliés tombés dans la fleur de leur jeunesse. Il ne saurait y avoir d’oubli dans le cœur des hommes, c’est pourquoi aujourd’hui dans la paix retrouvée en Europe, nous associons dans notre mémoire les soldats allemands fauchés, eux aussi, dans leur jeunesse et conduits à l’échec par la folie orgueilleuse de leurs chefs.
Si notre cœur chérit ceux de 1914, notre raison regarde l’avenir. Au-delà du temps qui passe inéluctablement, le combat de nos pères est toujours le nôtre, les menaces demeurent plus que jamais et montent à l’horizon. Des menaces d’autant plus dangereuses, insidieuses et lâches, que le terrorisme religieux frappe aveuglement et assassine les innocents. Nous savons depuis l’aube des temps que l’Histoire est tragique. Mais l’Histoire demeure surtout tragique pour les naïfs et les pacifistes aveugles et bêlants qui refusent de regarder les réalités en face. Nous sommes en guerre. Nous sommes en guerre contre le fanatisme et les assassins. Le combat sera long, périlleux et coûteux.
Notre défense doit redevenir une priorité nationale, elle demeure plus que jamais la garantie de notre sécurité, de notre liberté. Comme ceux de 14, c’est les armes à la main que nous devons défendre nos valeurs, nos principes, notre liberté, liberté qui est aussi celle du genre humain. Comme ceux de 14, nous ferons face si nous retrouvons le sens de la vie collective et luttons sans relâche contre le communautarisme dévastateur qui ruine notre vouloir vivre ensemble. « Il n’y a qu’une fatalité, celle des peuples qui n’ont plus assez de forces pour se tenir debout et se couchent pour mourir. Le destin d’une Nation se gagne chaque jour contre les causes internes et externes de destruction » (Charles de Gaulle).
Vive ceux de 14, Vive nos Alliés, Vive les Nations européennes réconciliées dans une Europe en paix, Vive la République, Vive la France !

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Published by Jacques Myard - dans la non-violence
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