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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 08:50

Par l’affirmation de la laïcité, à savoir la séparation de l’Etat et des communautés religieuses, les sociétés civiles modernes se sont dégagées de l’emprise sociale exercée historiquement par ces dernières. La plupart des croyants sont, aujourd’hui, eux-mêmes convaincus des bienfaits de cette laïcité. Mais pourquoi ne pas étendre celle-ci aux autres organisations idéologiques que sont les partis politiques et les syndicats ? Ne s’agit-il pas là de mouvances, tout à fait légales, mais qui relèvent de choix privés (tout à fait légitimes) fait par leurs membres ?


Or, les partis politiques et les syndicats exercent indéniablement une emprise exorbitante sur nos institutions, bien au-delà de leur fonction première. Ne confondons pas l’Assemblée nationale qui regroupe des députés élus, avec les partis politiques qui sont des instances non étatiques. Ne confondons pas les comités d’entreprises, avec les multiples syndicats qui sont également des instances qui relèvent des choix privés des acteurs économiques.


Pour revoir le rôle de ces organisations idéologiques, il conviendrait de revenir aux fondamentaux de la démocratie dite représentative. A défaut de pouvoir exercer une démocratie directe au-delà des groupes primaires, des personnes se proposent pour représenter les autres au sein d’instances délibératives à tel ou tel niveau. Elles présentent en conséquence leur candidature, se présentent elles mêmes, disent leur motivation, avancent un programme d’action au cas où elles seraient élues, etc. Elles peuvent très bien, à cette occasion, faire part de leurs appartenances idéologiques, entre autres leur encartement à un parti ou leur rattachement à une famille politique.


Ce sont aux citoyens, en âme et conscience, de se porter candidats. Par définition, tous les candidats sont des citoyens indépendants. Or, on constate que les partis politiques estampillent « leurs » candidats, les  sélectionnent à leur gré, les parachutent ici et là, vilipendent ceux qui ne se conforment pas à leur discipline, etc. Le comble, c’est que les candidats « indépendants » doivent expliquer pourquoi ils ne veulent pas se présenter sous une « étiquette » … et sont alors taxés d’hypocrites ! Finalement, ce ne sont pas à des personnes que l’on délègue notre pouvoir de nous représenter, mais à des partis !


republique_dormante.JPGLorsqu’un candidat est élu, il représente tous les électeurs de sa circonscription électorale et se doit d’agir au nom des intérêts nationaux de son pays. Or, la première chose qu’il fait, c’est de se congratuler avec ses amis et de chanter la victoire électorale de son camp. Mieux, il se retrouve dans l’hémicycle dans une partie des gradins affectée à « son » parti, exactement comme les supporters des équipes de sports dans un stade ! Cela donne le spectacle navrant de meutes applaudissantes ou sifflantes, vociférantes, frondeuses, animées d’un même combat comme un seul homme. Les députés qui dérogent aux directives de leur parti sont vite considérés comme des « traites », rappelés comme des enfants à la discipline, à l'ordre et à la cohérence, etc. Pire s’ils acceptent une responsabilité gouvernementale sans l’accord officiel de leur parti ! En terme religieux, ils seraient des apostats ! Comme on le voit, ils sont tenus en laisse bien qu’ayant été élus par le peuple … Qui a parlé de godillots ?


Nous sommes les héritiers des coteries de la Révolution française – qui s’entretuèrent allègrement au nom de cette même République, après avoir coupé les têtes des ci-devants. Nous sommes aussi quelque part influencés par les lourdes machines électorales du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Et puis, le marxisme-léninisme nous a apprit doctement comment manœuvrer en coulisse, comment manipuler « le peuple » pour prendre le pouvoir – en son nom bien sûr – en écrasant l’ennemi d’en face. Depuis, les experts en média en ont rajouté en finesse. Dans cette optique, les partis politiques sont des outils de combat, d’accès au pouvoir en écartant les autres – sauf temporairement ceux dont on peut avoir besoin pour faire des alliances électorales. Les historiens, en retraçant les carrières des  élites politiques, nous en apprennent toujours beaucoup sur la façon dont on arrive au pouvoir en passant par les coulisses.


Il s’ensuit une guerre idéologique incessante entre les partis, entre la Majorité et l’Opposition issues des urnes, entre le Gouvernement et ceux qui d’emblée sont contre tout ce qu’il fera, entre le Président de la République et ceux qui n’ont pas voté pour lui, au sein même des partis politiques, etc.


Pire, les perdants sont mauvais joueurs et en appellent chaque fois que possible à la démocratie de la rue, aux manifestations populaires qu’ils soutiennent, exitent ou suscitent, aux grèves susceptibles de paralyser le pays, qu'ils encouragent par des slogans ... et des organisations (et groupes occultes) jouant parfaitement le rôle de courroie de transmission. Foutent la chienlit comme disait le général de Gaulle. L’ambiance est au soupçon et à la haine politique, les médias soufflant chaque fois sur les braises pour faire du buzz.


C’est le résultat inverse d’une démocratie où les citoyens sont invités à participer, à apporter leurs compétences, à émettre des avis et à faire des propositions, à esquisser des synthèses, à accepter des compromis, à voir plus grand et plus divers au contact avec les autres, etc. Les questions sont assurément complexes et les résumer par des mots d’ordre à l’usage de déclarations médiatiques ou de manifestations de rue est particulièrement démagogique. Trop de soit disant programmes n’en restent d'ailleurs qu’à des déclarations d’intention … on conseille même aux candidats de rester dans le flou afin de ne pas se mettre à dos telle ou telle partie de l’électorat !


Peut-on changer cet état de fait qui s’est instauré dans nos pays et qui divise profondément nos sociétés civiles, nous faisant croire que les différences sont « fondamentales », que les programmes sont radicalement incompatibles entre eux, que « sa » vision de société est aux antipodes de celle des autres , etc. ? Cela fait penser aux prétentions des religions particulières, chacune vantant ses mérites incontournables !


Une première mesure serait de mettre fin aux investitures ; libre aux partis de dire leur appui à tel ou tel candidat. Les bulletins de vote devraient seulement mentionner le nom du candidat, quitte à lui à faire connaître, lors de sa campagne, les soutiens dont il bénéficie.

 

Par ailleurs, s’il est légitime que les députés s’inscrivent à des commissions parlementaires thématiques, voire régionales, on ne voit pas pourquoi ils recomposent les partis politiques au sein de l’hémicycle. Ils devraient plutôt siéger par ordre alphabétique ou aléatoire ou selon leur département. Quant aux agapes particulières, parfois / souvent à relent sectaires, elles peuvent très bien se tenir au siège des partis politiques respectifs. La même éthique devrait présider au plus haut niveau de l’Etat et le président en exercice s’abstenir d’y convier « ses troupes ». Les instances nationales doivent être l’affaire de tous les citoyens indépendamment de leurs appartenances idéologiques, et soignement préservées en conséquence des assauts des lobbies et des partis, des ingérences de toute sorte. Préservons nos instantes étatiques !


Halte aux emprises idéologiques de toute sorte et aux manipulations mentales !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans les dérives sectaires
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