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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 18:37

Extrait du discours de Mgr di Falco-Léandri à l’assemblée plénière de la Commission Épiscopale d´Europe pour les Médias (CEEM), Rome, le jeudi 12 novembre 2009, Source : CEEM, " la culture de l’Internet et la communication de l’Église ". 

" (...) l’émergence de la Web generation, les bouleversements dans l’organisation du temps et de l’espace, dans la manière de s’informer et de communiquer, les conséquences ecclésiologiques, les effets sur le gouvernement même de l’Eglise, la place de la religion sur le marché Internet, les manières d’y proclamer l’Evangile et d’y être Eglise.


Ne nous leurrons pas. Ne faisons pas l’autruche. Internet se transforme, transforme notre société et ne peut pas ne pas transformer l’Eglise, ne peut pas ne pas transformer notre manière d’être et d’agir en Eglise, au risque de ne plus être témoins du Christ dans le monde d’aujourd’hui !


Avec Internet, nous assistons à une révolution copernicienne qui a déjà ses effets sur notre manière d’être dans notre relation au monde, de nous situer dans le monde, d’interagir avec le monde. La prise de conscience par l’Eglise institutionnelle de l’importance d’Internet est là. Nul doute. La preuve en est encore aujourd’hui. Mais savoir surfer sur la vague Internet est une toute autre histoire.


Internet est un révélateur, un marqueur. Soit vous savez communiquer, soit vous ne le savez pas, soit vous êtes crédible soit vous ne l’êtes pas, soit vous répondez aux attentes soit vous êtes dans votre bulle, soit vous êtes prophète soit vous êtes le dernier des Mohicans, soit vous êtes vivant soit vous êtes fossile, soit vous connaissez la langue Internet soit vous ne la connaissez pas et vous ne pouvez pas communiquer.

Je compare souvent le mode de présence de l’Eglise dans le monde des médias et sur Internet à ce qui est demandé à un missionnaire devant partir vers des terres inconnues. Que demande-t-on à un missionnaire avant son départ ? De connaître la culture du pays dans lequel il se rend et d’en apprendre la langue. Ne devrions-nous pas avoir la même attitude pour ce qui est de la présence dans les médias ?


De nouveaux langages se constituent sur Internet, utilisés par les jeunes. Abréviations, photos et émoticons, fichiers audios et vidéos sont prépondérants. La culture digitale se dote de sa propre grammaire, d’une langue en constante et rapide évolution. (LOL, MDR)


Notre génération a trop tendance à considérer comme superficiel tout ce qui est bref, instantané, porté sur l’émotion. Serait-ce que nous serions plutôt tournés vers l’écrit, les longs développements, la qualité de l’argumentation par les épais dossiers que nous devons traiter, les livres de théologie et les thèses que nous avons lus ou que nous lisons encore ? Mais à y regarder de plus près, l’Eglise dans son histoire n’a pas considérés comme seuls vecteurs de vérité les longs traités de théologie. Elle a su exprimer sa foi de manière concise et percutante. Qu’il suffise de citer la proclamation du kérygme dans les Actes des Apôtres. Elle a su utiliser des formes de communication non-verbale. Qu’il suffise de penser aux icônes, aux fresques et mosaïques de nos églises, aux vitraux et aux sculptures sur les tympans de nos cathédrales.

Elle a su provoquer les émotions. Qu’il suffise d’écouter ses chants et ses musiques. Nous proclamons "une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père", mais il existe bien mille et une manières d’exprimer cette foi. Et l’aggiornamento demandé par le Pape Jean XXIII nous pousse à réactualiser sans cesse la manière dont nous proposons la foi aux nouvelles générations.


Nous sommes dans un monde pluraliste, où nombreux sont ceux qui, grâce à Internet, peuvent avoir accès à tout et donner leur avis sur tout. L’Eglise ne peut pas ne pas en tenir compte. Avec la sécularisation, la mondialisation, la montée d’Internet, notre vision du monde, de la vie, de la mort, et considérée par certains comme un produit parmi d’autres sur le marché des religions. L’Eglise ne peut pas communiquer comme si d’autres conceptions et interprétations du monde n’existaient pas. Elle a une Parole, un message d’amour à proclamer, mais elle se doit aussi écouter et Internet est une formidable chambre d’écho de la vie du monde.


(...) Il y a plus de 25 ans je disais que les cathédrales du XXIe siècle seraient médiatiques. Aujourd’hui ces nouvelles cathédrales sont à construire sur le Net. Dans l’histoire de l’Eglise, dans le même temps que la charité se faisait inventive pour répondre aux nouveaux besoins, les anciennes structures subsistaient. Pour nous aussi, tout en assurant la vie de nos paroisses et de nos diocèses, nous devons avoir le souci de continuer à être là où sont les gens, là où le monde change, et donc à nous rendre sur You Tube, My Space, Facebook et autres ...


Ce ne sont pas les jeunes qui ne viennent plus vers l’Eglise, c’est l’Eglise qui est loin de leur monde. En surfant sur le Net, en allant sur n’importe quel site de rencontre comme Facebook on se rend bien compte du besoin de communiquer, du besoin d’une rencontre et d’un dialogue authentiques. L’authenticité pour eux est signe de vérité. Nous devons donc promouvoir une présence chrétienne sur le web faite d’opérateurs, prêtres inclus, maîtrisant certes les techniques de communication, mais sachant aussi offrir des espaces pour la recherche, la rencontre, le dialogue, la prière.


Réfléchir au branding visant à travailler la notoriété et l’image.


Le pape Jean-Paul II savait poser des gestes symboliquement chargés de sens. Seule l’écoute du monde d’une part, et l’écoute du Dieu de l’Evangile d’autre part, peuvent permettre de nous positionner là on l’on ne nous attend pas, de surprendre, de faire tomber les idées fausses sur l’Eglise.


Ces diverses pistes ne doivent pas donner à penser qu’on peut résoudre les problèmes de communication de l’Eglise par de simples mesures de communication au risque d’être de ces "cymbales retentissantes" dénoncées par Saint Paul, de ces instruments qui sonnent creux. Il nous faut être d’abord et avant tout habité. "La forme, c’est le fond qui remonte à la surface" disait l’écrivain Victor Hugo. "L’agir suit l’être", disait saint Thomas d’Aquin, et avant lui Aristote. Nous agissons selon ce que nous sommes. Nous donnons à voir ce que nous sommes.


Certains croient qu’Internet n’est que du virtuel ou du superflu. Tous nous connaissons des prêtres, des évêques pour qui Internet est le dernier de leurs soucis et continuent leur pastorale comme si Internet n’existait pas. Or Internet fait de plus en plus partie intégrante de la vie quotidienne. En n’y étant pas présent on se coupe d’une bonne partie de la vie des gens. Et lorsqu’on y est ce que l’on y donne à voir est inséparable de ce que l’on est. D’ailleurs, d’une manière naturelle, à moins d’être complètement paranoïaque, on prend ce que l’on perçoit pour la réalité ; et à moins d’être un parfait manipulateur, on donne à percevoir ce que l’on est. Il ne peut y avoir dichotomie complète entre l’être et le paraître dans l’esprit des gens, et je pense que nos sites et nos blogs disent beaucoup plus sur nous que nous ne l’imaginons.


(...) Un site Internet chrétien doit s’occuper du monde et non se couper du monde. Il doit éviter la langue de bois, éviter d’être lui-même idéologue cherchant à imposer sa vérité. Un site doit être ouvert au dialogue et au débat tout en montrant qu’il ne transigera pas avec certains principes acceptés par tous et partout. Il doit se contenter de proposer la vérité du Christ, fermement, tendrement, humblement. Et s’il s’agit de rendre compte de l’espérance qui est en nous à ceux qui en demandent raison (cf. 1 Pierre 3, 15), que ce soit "avec douceur et respect " dit saint Pierre. […] Le site chrétien se doit d’être un éveilleur de consciences en misant sur l’attrait de tout homme à la bonté, à la vérité, à la beauté.


(...) A trop faire la distinction entre médias profanes d’un côté et médias intra-ecclésiaux de l’autre, on prend le risque de la ghettoïsation, de la victimisation, sans entendre ce que le monde a à dire de l’Eglise, ce qu’elle en comprend, comment elle le ressent, sans chercher non plus à savoir comment elle peut être présente à tous médias.


(...) Qu’un fidèle, ou que tout homme, se fasse son opinion par lui-même peut faire peur aux pasteurs que nous sommes. Nous aimerions protéger les plus faibles et les plus vulnérables. Mais il nous faut trouver des solutions autres que la censure et l’interdit pour cela. La censure est toujours une mauvaise réponse, même quand elle se pare des meilleures intentions du monde. Elle apparaît toujours comme erratique et arbitraire, et donc en fin de compte comme totalitaire. Or la vérité n’a pas besoin de nous pour s’imposer.


(...) Internet est un outil, et comme tel il n’est pas porteur de morale. Mais il est utilisé par des hommes porteurs de morale, capables d’en user en bien comme en mal. Comme tout outil démultipliant les capacités humaines, il est porteur de menaces comme de potentialités. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. La moralisation d’Internet ne se fera pas sans la moralisation des hommes, et en premier lieu de nous-mêmes. Quel Christ donnons-nous à voir sur nos sites ?


(...) Avant de terminer je voudrais souligner un point d’attention tout particulier, celui des plus pauvres je cite : " L’une des (préoccupations) les plus importantes (…) se réfère à ce que l’on appelle aujourd’hui le "fossé numérique", une forme de discrimination qui divise les riches des pauvres sur la base de l’accès, ou du manque d’accès, aux nouvelles technologies de l’information."


(...) Pour terminer, permettez-moi de citer un écrivain français, Jules Renard : "Quelques gouttes de rosée sur une toile d’araignée, et voilà une rivière de diamants. " Puissent les quelques gouttes de rosées que nous déposons sur l’immense toile Internet la transfigurer aux yeux de tous en rivière de diamants.

 

† Jean-Michel di Falco Léandri, Évêque de Gap et d’Embrun, Président de la CEEM, Président du Conseil pour la Communication de la CEF

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Published by di Falco Léandri - dans la culture Internet
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