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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 13:11
hassen-chalghoumiL'habitation d'Hassen Chalghoumi, imam à Drancy, a été saccagée en mai 2006 au lendemain de sa déclaration sur la Shoah lors d'une cérémonie commémorative au camp de Drancy à laquelle il avait apporté sa solidarité. Il avait tout simplement osé rappeler qu’Isaac (ancêtre « généalogique » des Juifs) et Ismaël (censé être celui des Arabes) étaient frères. Depuis, il est, pour certains de ses coreligionnaires, « l’imam des Juifs » ! Ce que rappelle ce jour un article du Point.

Il est l’auteur d’un livre à paraître en février « Imam et républicain » aux éditions du Cherche-midi. Voir entre autres à la FNAC (lien)

Voici que, maintenant, ce lundi 25 janvier 2010, dans le cadre de sa mosquée, des musulmans inhabituels des lieux, venus de l'extérieur de Drancy, ont demandé, à la fin de la prière, à prendre la parole afin de répondre aux propos "anti-burqa" de l'imam en question. Celui-ci étant absent, Yassine Aouidet, qui avait dirigé la prière du soir, chercha à le joindre par téléphone. On peut imaginer que l'iman ainsi interpellé esquiva l'invitation à venir dans un tel débat aussi improvisé et qui ne pouvait qu'être houleux.

Il le fut effectivement, notamment lorsqu'un nommé Abdelhakim Sefrioui, du collectif Cheikh Yassine, venu dit-il lui même de 70 km et dont l'intervention a été filmée  dans une vidéo amateur, assura au micro que M. Chalgoumi est "esclave de Sarkozy", est acquis "à la cause de Sarkozy, c'est-à-dire des sionistes. (...) [à noter l'amalgame Sarkozy = sionistes] Cet homme est là contre les intérêts des musulmans, pour servir les ennemis de Dieu", bigre ! suivent des phrases en arabe qui ont tout l'air d'être aussi violentes. Pour certains journalistes, ce seraient là tout bonnement des "noms d'oiseaux" (= des injures qui volent bas).

Pour nous, ce sont bel et bien des propos anti-sionistes et politiques, indignes d'un intervenant à un débat au sein d'un lieu de culte, et qui, plus est, intervient ainsi intempestivement dans une communauté qui n'est pas la sienne
.

L'imam Hassen Chalghoumi étant absent, on peut supposer que des fidèles ont du lui rapporter la scène, peut-être en la dramatisant encore plus. Suite aux propos violents qui avait été effectivement tenus et en en connaissant toute la portée, l'imam a porté plainte pour menace de mort (soit, précisera-t-il, une "main courante" déposée au commissariat de Drancy).

Le président de l'UOIF, Fouad Alaoui lui a benoîtement recommandé la plus grande prudence face aux extrémistes si l'on en juge les propos rapportés par Le Monde : M. Alaoui "condamne l'agression contre l'imam de Drancy", tout en estimant que ce qui s'est passé "n'est pas très étonnant". "Nous l'avons mis en garde à plusieurs reprises pour qu'il équilibre ses paroles parce qu'il risquait d'attirer les réactions des extrémistes." (rapporté par Le Monde). Ah bon ! il ne faudrait plus dire de que dicte la conscience car ces messieurs extrémistes, eux, dictent leur loi ? En tout cas, cette déclaration de F. Alaoui, pourtant par ailleurs vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), accorde bien hâtivement les circonstances atténuantes aux supposés agresseurs !

Aujourd'hui, la communauté musulmane de Drancy qu'on imagine sous le choc, apparemment unanime dans la langue de bois, jure aux journalistes qu'il ne s'est rien passé, qu'il y avait un simple débat (ah bon ! organisé, prévu à l'avance ou spontané, provoqué ? certes présidé séance tenante par le second imam), que le micro a été donné à des personnalités "religieuses" qui étaient invitées (ben voyons ! bonjour aux conférenciers) : pas même un éclat de voix ? Ce qui semble bien surprenant dans une situation aussi ... tendue. Les journalistes retiennent surtout que l'imam a "menti" puisqu'il a déposé sa plainte en laissant penser qu'il était présent et en mentionnant l'irruption avec violence dans la salle de prière d'un commando de 80 personnes ; mais les mêmes journalistes ne vont guère plus loin dans l'investigation, contents qu'ils sont de leur manchette toute trouvée.

L'imam de Drancy a dénoncé les agissements du groupe Cheikh Yassine, du nom du fondateur du Hamas, tué en 2004 dans un raid israélien. Non sans raison, puisque le nommé Abdelhakim Sefrioui, dont nous avons relaté les propos, appartient à ce collectif. Ce groupe organise entre autres le soutien financier au Hamas. Il est bien entendu soutenu par les Frères musulmans dont l’UOIF est l’émanation pour la France (voir notre rappel d’un livre bien informé qui a eu le mérite en son temps de signaler ce rôle de masque). On comprend dès lors les dénégations véhémentes de Fouad Alaoui qui ne trompent décidemment que ceux qui ne sont pas au courant des coulisses de l’islam en France et en Europe.

Il ne s’agit pas seulement de mouvements, de lobbies et autres groupes de pression, mais nous avons à faire à des groupes qui font effectivement peur. Les musulmans de France sont les premiers à les craindre ; certains le disent en prenant le risque d’en parler ... mais on met cela au compte de l’islamophobie qui serait « ambiante » alors que ce n’est pas du tout la question de l’islam mais, précisément, de sectes politico-religieuses.

L'UOIF entend rester dans les limites de la légalité, se contentant pour l’instant d’exercer son emprise sur le Conseil français du culte musulman  CFCM. Force électorale, elle a su établir des alliances locales et tous ses membres ne sont donc pas des Frères musulmans, mais ce sont ces derniers qui « tiennent » la fédération. Ceux-ci font penser dans leur stratégie aux trotskistes ou autres communistes «révolutionnaires» : le moment venu, ils lèveront le voile * et enverront la démocratie couillonnée aux orties.
* allusion, non pas à la burqa car ce sont les salafistes qui s’en sont emparés, mais au voile des wahabites qui laissent la face visible (entre salafistes et Frères musulmans c’est en effet la lutte féroce pour la direction du radicalisme musulman).

La démocratie "marche pied" : les fascistes et les communistes de notre XXème siècle en ont monté allègrement les escaliers ; l'islam djihadiste n'en a donc nullement l’innovation ; il a été simplement à la bonne école de tout mouvement révolutionnaire qui se respecte. D'ailleurs, toutes les élites de l’extrémisme islamique sortent de nos Ecoles occidentales et pas des moindres. Ce sont des modernistes, des militants parfaitement conscients (et pas du tout des paumés) et convaincus (et pas seulement endoctrinés).

Certains pensent qu’il faut « composer » avec eux (à ne plus en finir ?) afin de ne pas « stigmatiser » l’islam, mais l’islam de France est la toute première victime de ces groupes : aidons la et soutenons ces imams libéraux qui osent dire tout haut ce que la majorité de musulmans pensent tout bas. Oui, l’islam de France a peur des commandos islamiques.

En Amérique du Nord, aux Etats-Unis et au Canada, toute une génération de nouveaux imams, décomplexée, n’hésite plus à participer aux débats télévisés, à faire des déclarations condamnant les extrémistes, à monter au créneau avec sa compétence intellectuelle et théologique.

Les imams des grandes villes de France pourront-ils être protégés comme il se doit par l’Etat afin qu’ils puissent s’exprimer librement ?

ndlr. cet article a été complété le 31 janvier 2010 afin de tenir compte d'informations plus récentes (articles de journaux et vidéos amateurs)

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Published by Jean-Claude Barbier - dans l'islam en Europe
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