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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 19:43

Christian-Pheline--82marie-019.jpgNé le 6 août 1925, Christian Phéline, dans sa 88ème année, m’a fait savoir qu’ayant atteint les limites de l’âge il ne pouvait plus lire le bulletin de la Correspondance unitarienne ni les autres documents que je lui envoyais et qu’il avait plaisir à lire. C’était le 10 février 2013. Je lui ai alors demandé de m’envoyer un curriculum vitae afin que je puisse rédiger une présentation de lui pour que nous gardions souvenir de lui. Il me l'a envoyé en quelques lignes, mais j'avais déjà de lui une longue correspondance débutée en septembre 2006 à son initiative. Cet hommage, je le fais de son vivant afin qu’il sache toute l’amitié qui nous liait. Ensuite viendra en son temps une fin de vie annoncée.


Christian est né d’une mère luthérienne d’Alsace. Sans doute est-ce elle qui lui a communiqué sa foi protestante car on le retrouve plus tard comme conseiller presbytéral et prédicateur laïque de l’Eglise réformée de France. Du côté de son père, c’est de la médecine qu’il a héritée. Son père exerçait en effet comme médecin à Blida, en Algérie. Christian fera ses études de médecine avec spécialisation en neurochirurgie à Alger (à partir de 1946), puis à Montréal (1952), puis de nouveau à Alger (1954). En 1958, il est agrégatif dans sa spécialité à Paris et exerce à Alger, Oslo, puis Oran jusqu’en 1962. Avec les Pieds-Noirs, il se retrouve en France. Il participe alors à la création de sa spécialité à l’université d’Orléans, où il effectue des travaux de recherche sur la créativité en neurochirurgie et sur les conditions environnementales du réveil du comateux. Il prendra sa retraite en 1991. Il ne s’arrête pas là puisqu’il enseigne la créativité à l'Institut d'arts visuels et atelier de peinture d’Orléans.


Christian a rendu compte de son expérience clinique dans un livre Le vide et la vie, coma et créations (150 p. + 10 planches hors-texte des tableaux de l’auteur) aux éditions Le Pli*, dans leur collection « Clinique et création », avec la présentation suivante :
Neurochirurgien depuis les années cinquante, Christian Phéline a réalisé, de 1962 à 1991 à l’hôpital d’Orléans, une pratique d’accès au coma impliquant les familles des malades, les soignants et les personnes comateuses elle mêmes. Depuis longtemps, il s’oppose au vide relationnel que maintient le seul réveil technique fait d’eau sucrée, d’oxygène et de soins infirmiers. Il met en œuvre un système d’accueil fondé sur la construction d’un modèle du malade à l’aide d’enquêtes à domicile, de mouvements avec la famille et de réflexion avec l’équipe soignante. La mise en scène de l’univers familier du malade permet que se rejoue des états de conscience antérieurs, sensoriellement et affectivement, et qu’ainsi puisse émerger un sujet momentanément suspendu dans le coma. Nœud central du livre, cette métaphore théâtrale est le ressort créatif de l’auteur qui relate d’autres expériences : celle du pilote à l’épreuve de l’air, celle du peintre et de sa toile, celle du moine zen face à la nature. Ces réflexions d’un humanisme, qui participe d’une lecture du vide dans diverses situations, éclairent un état naissant ouvert à divers possibles et donc, à la créativité.
* A commander aux Editions Le Pli, 3, rue Jeanne d’Arc, 45000 Orléans, tél. 02 38 68 12 78, fax 02 38 62 81 12, courriel : le.pli@wanadoo.fr


Il nous faut signaler aussi son engagement militaire du côté des Forces libres : il s’engage en tant que volontaire dans les forces aéronavales en 1943, suit des cours de pilotage aux Etats-Unis en 1946, est pilote de bimoteur en 1945 et sera démobilisé en 1946. C’est dire d’une part son sens de l’engagement et, aussi, d’autre part sa robustesse, ce dont témoigne son âge actuel. Ce séjour outre-atlantique fera de lui un anglophile ouvert à la culture américaine. D’ailleurs, après sa retraite, il passera une maîtrise en anglais !


Il nous fit bénéficier de ce talent linguistique en nous traduisant plusieurs textes en français dont plusieurs ont été publiés sur notre site documentaire « La Besace des unitariens » :
- L’article de l’Encyclopedia Britannica (1911) portant sur l’unitarisme, mis en ligne le 15 juillet 2007 (lien) et celui du New Advent, une encyclopédie catholique anglaise, sur le même sujet, mis en ligne à la même date (lien).
- Une biographie de James Luther Adams (1901-1994) par l’Unitarian Universalist Historical Society (UUHS), traduite et publiée le 7 mai 2009 (lien).
- Le célèbre sermon de l’Américain unitarien William Ellery Channing sur le « Christianisme unitarien » qui, prononcé à Baltimore en 1819, fut fondateur de l'unitarisme américain (publié par Profils de Libertés en format pdf avec 23 pages, lien) et celui sur " La liberté spirituelle / Spiritual Freedom " (prononcé en 1830), mis en ligne sur le site Profils de libertés en avril 2007 (lien).


Réciproquement, il traduisit en anglais (en collaboration avec un ami, John Kemp) l’un de mes textes paru à la Une de la Correspondance unitarienne, n° 83, septembre 2008, " Une théologie à l’usage de l’unitarisme contemporain " (mis en ligne le 28 août 2008 sur le site de l’Eglise unitarienne francophone dans sa rubrique « Les piliers de l’Eglise », lien). La version anglaise est sous le titre "A Theology Adaptable to Present Day Unitarianism", mise en ligne le même jour mais cette fois placée à  la rubrique du même site « English translation », à usage de nos amis anglophones (lien).

Christian ne s’est pas arrêté à la foi luthérienne de sa mère. Il l’a élargi considérablement avec une fréquentation des quakers et la pratique du zen. Lorsqu’il me contacta le 21 septembre 2006 pour avoir des informations sur la mouvance unitarienne en France, ce sera la sensibilité unitarienne-universaliste, multi-convictionnelle, qui aura sa faveur. Malheureusement, l’Association unitarienne-universaliste de Paris et Île-de-France, lancée en 2003 par Michel Baron, avait cessé toute activité et s’était officiellement dissoute en janvier 2006 ; mais j’avais pu lui parler du Regroupement francophone unitarien universaliste (RFUU), basé à Montréal, avec lequel nous avions mis sur pied un projet de partenariat (lien).
« Je suis heureux de trouver un groupe et une structure idéologique compatible avec le résultat d'une longue péripétie spirituelle nourrie de ma tradition familiale protestante. J'adhère volontiers au groupe Unitarien Universaliste qui est celui qui me libère le plus. Comme médecin, mon abord est nécessairement humaniste et scientifique. Pratiques zen et quakers me sont proches sinon coutumières. »


Nous avions alors convenu d’un rendez-vous à la Grande Motte dans le cadre des prochaines Journées annuelles du protestantisme libéral organisées chaque année par l’association « Evangile & Liberté » durant le week-end de la mi-octobre ; mais en déplacement pour raisons familiales, il dût annuler. Nous n’avons pas eu malheureusement d’autres occasions ; si bien que c’est à distance que nous avons vécu notre relation amicale.


Christian adhéra à l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) (lien). Il eut l’occasion de parler de l’unitarisme dans le cadre de rencontres locales, notamment le 22 novembre 2006 dans le cadre du café philo « Autour de la terre » (lien), et le 27 mars 2007 dans le cadre de l’association France - Grande Bretagne sur le thème « Pourquoi les Anglo-saxons sont-ils unitariens ? » (lien).


Christian a trouvé dans l’unitarisme une stabilité et une sérénité. Il l’a fait dans la version modérée de l’unitarisme francophone qui ne veut pas être en rupture par rapport aux anciennes appartenances et encore moins leur rejet, mais plutôt résulter de l’évolution d’un itinéraire spirituel fusse-t-il hardi et novateur. Il le dit dans un libre propos de lui intitulé « Le choix unitarien, la plus raisonnable des options », paru dans la Correspondance unitarienne n°71, septembre 2007 (lien).


Lorsqu’en avril 2009, je lui demandai des nouvelles de sa santé. Il me répondit son grand âge (84 ans, et le même âge pour son épouse) et les méfaits qui s’ensuivent : « prescriptions d'examens et drogues multiples, avec à la clef diagnostics variés » ; mais aussi il me fit confidence de sa vie apaisée : « Notre vie à deux est paisible et grâce à l'unitarisme le côté interrogation sur notre appartenance spirituelle est au repos ; nous "durons" heureux sans déplacements lointains. [...] merci de m'avoir aidé à trouver mon équilibre ».


Une vie paisible qui est faite de bon sens vis-à-vis de la vie et de la mort, de la lucidité loin des spéculations religieuses et métaphysiques dès lors que l’on dispose d’une culture scientifique, de tolérance et d’ouverture aux grandes sagesses de l’Humanité, et puis aussi de la reconnaissance des héritages reçus. Dans son texte susmentionné que nous avions publié en septembre 2007, il avait ajouté la liste de tous ceux envers qui il se sentait redevable. Nous ne l’avions alors pas publiée par manque de place, mais c’est avec plaisir que nous le faisons aujourd’hui :


« Je voudrais citer ici les noms de tous ceux qui ont marqué mon parcours de façon décisive, en intervenant dans des moments clé de mon existence ; ils ont confirmé mes orientations et agi par leur exemple. Tous ne sont pas unitariens, loin de là, mais tous ont partagé une tranche de vie avec moi.
Mon père, le Dr Maurice PHELINE (Blida) ; mon moniteur John FORSYTHE (US Naval aviation à Memphis, dans le Tennessee) ; des pasteurs : Raymond LEENHARDT, Henri CAPIEU, Louis LEVRIER, Henri LINDEGAARD et Louis PERNOT ; Camille ISARD (théologien), Jeanne-Henriette LOUIS (théologienne quaker et historienne à la Faculté des lettres d’Orléans) ; des médecins : P.LOMBARD , R.GRANGAUD, Jean SUTTER (Alger ), F.FOURNIER (Orléans), Raymond HOUDART (Paris), Yujiro IKEMI (Fukuoka) et Claude BERTRAND (Montréal) ; et puis les soignants des services de neurochirurgie d’Alger, Oran, Orléans ; enfin et plus particulièrement Roger ATTALI, Claude GODIER, Yves BLANCHARD, et Marie-Claude, mon épouse, qui a partagé toutes les péripéties de mon existence et toutes mes interrogations. J’ajoute la documentation fournie par Théolib, Evangile et Liberté, et la Correspondance unitarienne ».


Avec lui, j’ai compris combien notre mouvance, toute minoritaire et inconnue du grand public qu’elle soit, pouvait contribuer au bonheur de certains, à leur sérénité devant la vie et la mort, à leur épanouissement. D’autres me l’ont dit aussi, mais Christian fut le premier à me le dire avec sa sobriété habituelle et son sens de l’amitié.

 

Ajout du 6 juin 2013 - en réponse, ce message de Christian Phéline :
Mon cher ami et maitre unitarien (*), ma fille a lu ton hommage et me l'a transmis. Tu as su rendre vivant ce CV et j'ai eu plaisir et émotion à le lire et relire ; je l'ai transmis à une vingtaine de mes meilleurs amis et j'ai reçu à cette occasion des témoignages trés émouvants : je tiens malgré le retard à te redire mon amitié et te remercier très chaleureusement. Bien à toi dans la concordance de nos opinions et notre quête de vérité spirituelle. Je t'embrasse. chph

* la tradition unitarienne ne prévoit pas ce titre. Seuls les ministres du culte ayant été confirmés dans leurs études de théologie (de niveau universitaire) sont appelés "révérends". Ce titre est emprunté aux ordres spirituels comme la franc-maçonnerie, mais, dans le cas présent, je l'accepte volontiers en toute modestie au sens enseignant du terme compte tenu du travail d'explication de l'unitarisme que je fais depuis octobre 2002 avec le lancement du réseau de la Correspondance unitarienne, l'animation de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) depuis 2004 et la fondation de l'Eglise unitarienne francophone en 2008.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans U en Europe francophone
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