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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 20:19

jean_duvernoy.jpgJean Duvernoy est décédé le 18 août à Toulouse et ses obsèques ont eu lieu hier matin, le mardi 24, au Temple de la place du Salin à Toulouse. Nous lui rendons ici hommage avec un texte écrit ce jour par Michel Jas, pasteur protestant et lui aussi connaisseur de l'histoire et de la religion cathare.


  "Jean Duvernoy a révolutionné la connaissance du catharisme, en sortant des sentiers battus et en explorant toutes les sources, il a redonné et rendu aux cathares un visage humain et leur dignité (...) sa recherche fut humble, sans chercher les honneurs » écrit Jean-Louis Gasc. Et Michel Roquebert parle à son sujet « d’impartiale rigueur » et « de sa connaissance exhaustive des sources ».


Issu d’une lignée de protestants luthériens du pays de Montbéliard, parent avec les Cuvier, les Peugeot, les Goguel , les Surleau, Jean Duvernoy citait souvent son ancêtre inspecteur ecclésiastique et les particularités religieuses de cette ancienne enclave du Wurtemberg en pays francophone où les protestants se partageaient entre la sensibilité traditionnelle et un peu « High Church » luthérienne et le courant piétiste et fondamentaliste des mennonites. Louis Duvernoy, son frère, professeur de lettre classique, était comme lui fin latiniste. Jean Duvernoy poursuivant ses études (il sera conseiller juridique EDF) se plongea dans le fond ancien occitan et latin de la bibliothèque municipale de Grenoble.


Etant arrivé pour son travail à Toulouse il fréquente les milieux qui s’intéressent au catharisme : d’un côté les anticléricaux spiritualistes pro-cathares autour de Déodat Roché et de René Nelli (ainsi que l’anglais Marcel Dando et les milieux libres penseurs des Cahiers Ernest-Renan), et de l’autre les dominicains et l’Institut catholique de Toulouse, la Revue des questions historiques qui se transformera plus tard en Cahiers de Fanjeaux. Par générosité, humilité et sens très aigu de la distance il restera en contact avec ses deux groupes : le courant maçon et laïque, d’un côté, certainement plus ésotérique que rationaliste dans les milieux tournés vers Carcassonne ou les Hautes vallées de l’Aude et de l’Ariège, et le courant clérical autour du chanoine Etienne Delaruelle (continuateur des travaux de Mgr Douais, Vidal et le père Dondaine).

 

C’est par un ami de l’Institut catholique qu’il obtient une lettre de recommandation pour la bibliothèque vaticane. Duvernoy se plonge dans un travail, sans fin, de lecture et de transcription (en respectant les horaires de la Bibliothèque ecclésiastique) de 325 folios x2 (sur deux colonnes) des registres de l’Inquisition de Pamiers (Ariège) que Jacques Fournier (futur pape à Avignon) fera recopier en 1326. Il du recommencer son travail ensuite à partir de micro-films pour respecter les modes de transcriptions. L’édition latine date de 1965 (3 volumes, 1625 pages), la traduction française de 1978 (3 volumes, 1346 pages).


Parmi les 16 lots de manuscrits de l’Inquisition contre les cathares le registre de Jacques Fournier est incomparable : il est le seul à donner autant la parole aux prévenus. Montaillou, village occitan (1975) d’Emmanuel Leroy Ladurie doit beaucoup à la trouvaille de Duvernoy. Les déboires conjugaux du curé Clergue, qui intéressa la génération peace and love de 68, décrédibilise peut être un peu le catharisme. L’histoire romanesque, presque irréelle de Bélibaste doit totalement à la curiosité de l’évêque inquisiteur Jacques Fournier (qui avait des parents cathares : se serait-il pris d’un doute ?).


Jean Duvernoy avait commencé à publier une chronique de l’époque concernant l’affaire albigeoise en 1958. Après une centaines d’articles et une quinzaine d’ouvrages, toujours sur le catharisme et les hérésies médiévales, sa dernière publication de source inquisitoriale date de 2001. En 1981, il fonda avec René Nelli et Michel Roquebert le Centre d’études cathares avec comme directrice, une chartiste : Anne Brenon, créatrice de la revue Heresis.


Jean Duvernoy fut, après 1998, critiqué par quelques universitaires déconstructivistes et quelques uns de leurs élèves plus virulents que savants. Le colloque international de Foix « Les cathares devant l’histoire » (sous la direction de Martin Aurell et publié en 2005) rétablit l’honneur dû au savant « non historien de métier » ! Lui même répondit de façon humoristique à ces prétendus spécialistes du catharisme, lors des colloques organisés par Anne Brenon à Mazamet, et par « il n’y a jamais eu de bûcher à Montségur » (Histoire et images médiévales, n° thématique de l’été 2006). Mais, même avec ses contradicteurs, qui auraient pu être ses fils ou petits fils, Jean Duvernoy disait : « les sources nous donneront raison » !


Lui qui restait agnostique, ultra libéral, mais respectueux de son protestantisme, restait distant, en retrait, discret, tolérant (même pour les catholiques qui retrouvent la messe en latin). Sa façon d’être me fait penser au dernier paragraphe du vrai visage du catharisme où Anne Brenon reprend cette phrase de René Nelli : « un château où Dieu est Un Autre.. »
Michel Jas

Photo : participation de Jean Duvernoy au 3e Colloque international de Mazamet (15-17 mai 2009), “ 1209 – 2009, le catharisme : une histoire à pacifier ? ” (compte-rendu par Eric de Carcassonne, lien). Les Actualités unitariennes avaient présenté cet important colloque (lien)

 

Bibliographie (vue sur Wikipedia)

 

cathares face inquisitionLe Registre d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers, 1318-1325 : manuscrit Vat. latin n° 4030 de la Bibliothèque vaticane, publié avec introduction et notes par Jean Duvernoy (3 volumes, 1965). Réédition : Tchou, Paris, 2004.
Inquisition à Pamiers, interrogatoires de Jacques Fournier : 1318-1325, choisis, traduits du latin et présentés par Jean Duvernoy (1966)
Chronique, [1203-1275], par Guillaume de Puylaurens, texte édité, traduit et annoté par Jean Duvernoy (1976, Le Pérégrinateur Éditeur)
La Religion des cathares (1976)
L'Histoire des cathares (1979)
Inquisition à Pamiers : cathares, juifs, lépreux, devant leurs juges (1986)
Spirituels et béguins du Midi, par Raoul Manselli, traduction de Jean Duvernoy (1989)
Cathares, vaudois et béguins : dissidents du pays d'Oc (1994)
Chronique, 1229-1244 par Guillaume Pelhisson, texte édité, traduit et annoté par Jean Duvernoy (1994)
Le Dossier de Montségur, interrogatoires d'inquisition, 1242-1247 traduit, annoté. et présenté par Jean Duvernoy (1998, Le Pérégrinateur Éditeur)
Les cathares Jean Duvernoy (1998, Le Pérégrinateur Éditeur)
Le Procès de Bernard Délicieux, 1319, traduit, annoté et présenté par Jean Duvernoy (2001, Le Pérégrinateur Éditeur)
L'Inquisition en Quercy : le registre des pénitences de Pierre Cellan, 1241-1242, préfacé, traduit du latin et annoté par Jean Duvernoy (2001) 

 

En plus, Jean Duvernoy tenait un site personnel où il continuait à publier des textes inédits, intitulé : « Catharisme, hérésies médiévale et inédits » ( lien).
Il avait transcrit la Bible cathare de Lyon, écrite en langue occitane ancienne en langue d'oc actuelle, parlée dans le Sud de la France et en Catalogne et qui compte quelques 450 000 mots (information Georges d'Humières). 

 

Illustration : le dernier numéro d’Histoire et Images Médiévales « Cathares aux racines de l’hérésie », n° spécial n° 22

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Published by Michel Jas - dans les cathares
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