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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 16:19

Jean-Marie MULLER, 2010 - Désarmer les dieux. Le christianisme et l'islam au regard de l'exigence de non-violence. Le Relié Poche, 720 pages, 15 euros. Philosophe et écrivain, Jean-Marie Muller a écrit de nombreux livres sur la non-violence considérés comme des ouvrages de référence en France comme à l’étranger

 

Avant-propos (extraits) -

 

jean pierre muller désarmer les dieuxLes hommes de foi sont des hommes de certitude. Ils ont la conviction de posséder la vérité ultime, et de la tenir directement de Dieu. De ce fait, ils se donnent volontiers la mission de la défendre contre les infidèles et les hérétiques. Alors, par un détournement de procédure, ils prétendent agir au nom de Dieu en jetant l’anathème tout alentour. Pour cela, ils cèdent facilement à la tentation de tuer, au risque de pervertir radicalement la vérité qu’ils veulent faire triompher.


Par l'enseignement rigide d'un discours dogmatique fermé, les religions historiques ont souvent disposé les hommes à l'intolérance, plutôt qu'à la bienveillance. Elles ont ainsi nourri les nationalismes communautaires qui professent la discrimination, l'exclusion, la violence et le meurtre.


La lutte du bien contre le mal se trouve au cœur de l'imaginaire religieux. Cette lutte est d'abord présentée comme un combat spirituel que le croyant doit mener contre lui-même. Mais ce même croyant est également invité à lutter contre le mal qui existe dans le monde. Le croyant qui se veut intègre, l’intégriste, commande le Bien et interdit le Mal. Et aux autres avec plus d’intransigeance qu’à lui-même.

Pour décrire l'intensité de cette lutte, il est souvent fait référence au symbolisme de la violence : le croyant est un soldat appelé à s'engager dans la guerre du bien contre le mal. Insidieusement, cette rhétorique guerrière utilisée pour décrire la lutte spirituelle contre les forces du mal censées être à l'origine du désordre du monde, appelle le croyant à faire réellement la guerre contre les mal-faiteurs. Le désir excessif et déréglé de pureté conduit à désirer l’épuration, qui est une abjection.

 

Souvent, trop souvent, des hommes religieux ont construit des représentations de la divinité à travers lesquelles Dieu fait peser sa malédiction sur ses ennemis et recourt lui-même à la violence pour les punir. Et dès lors que les hommes se représentent Dieu comme un être violent qui châtie les méchants, ils auront tout loisir de justifier leur propre violence à l'encontre de leurs ennemis, en croyant que Dieu cautionne et bénit leur comportement. Ils iront même jusqu'à imaginer que Dieu leur commande le meurtre des infidèles. C’est ainsi qu’en de nombreux versets, la Bible et le Coran privilégient les thèmes de la violence de Dieu et de la violence en Dieu. Ce sont ces textes que j’interrogerai et avec lesquels je dialoguerai tout au long de cette étude. Je me demanderai comment dérouter ces textes afin de désamorcer leur nuisance, afin qu’ils n’alimentent plus les désirs de violence qui veillent sans jamais prendre de repos dans le cœur et l’esprit des hommes.


Chacun peut douter de l’existence de Dieu, mais nul ne peut ignorer l’existence de nombreux dieux armés que les hommes violents ont imaginés pour justifier leur propre violence. Ce sont ces faux dieux qu’il faut désarmer pour pouvoir penser Dieu. Celui qui croit en de faux dieux ne rend pas un culte à Dieu, mais à des idoles. Les dieux jaloux, les dieux encolérés, les dieux justiciers, les dieux vengeurs, les dieux violents, les dieux meurtriers, les dieux guerriers, tous ces dieux armés sont des idoles que les hommes ont fabriquées en projetant sur elles leurs fantasmes.


Il importe d’abord de devenir athée de toutes ces divinités noires. Or, précisément, pour l’homme raisonnable qui reconnaît la violence comme l’autre absolu de l’esprit, les faux dieux sont tous ceux qui pactisent avec la violence en étant eux-mêmes violents et en commandant aux hommes de recourir à la violence pour défendre leur honneur. La violence ne peut jamais être un ordre, elle est toujours un désordre. En définitive, ce sont les religions qu’il faut désarmer, en désarmant les divinités qu’elles ont créées pour satisfaire les désirs meurtriers de leurs fidèles. Cela implique de désarmer les prophéties et les théologies, de désarmer les prophètes et les théologiens.


La question qui sous-tendra ma réflexion tout au long de ces pages, ce n’est pas comment croire en Dieu, mais comment penser Dieu ? J’explorerai l’idée de Dieu, non pas la foi en Dieu. L’idée, dans le sens de la forme intelligible par la pensée. Toute idée de Dieu n’est qu’une représentation humaine de Dieu. Mais toute foi en Dieu implique une idée de Dieu. Et, souvent, la théologie devient une idéologie. Je questionnerai les idées de Dieu transmises par les idéologies religieuses. Je m’efforcerai de débusquer les représentations d’un dieu armé qu’elles recèlent et tenterai de les déconstruire.


L’intuition essentielle autour de laquelle s'articulent les réflexions que je viens partager avec mon lecteur est que la violence ne peut pas être un attribut de Dieu. Dieu ne peut pas être violent. L’Être de Dieu ne peut être que pur de toute violence. Dieu ne peut être que pure non-violence. En disant non-violence, je reste sur le registre de la négativité. Cependant, il ne s'agit pas d'une simple, mais d'une double négativité. Et, en ce sens, celle-ci devient une affirmation positive. La limite extrême de mon hypothèse de travail pourrait se formuler ainsi : Dieu n’existe peut-être pas, mais, s’il existe, il ne peut être que pure non-violence.


Il m’a semblé essentiel de conduire conjointement l’approche critique du christianisme et celle de l’islam en procédant avec la même méthode d’investigation. Il importe d’éviter une fois pour toutes le piège qui consiste à absoudre les dérives d’une religion en accusant les autres des mêmes dévoiements. Ce défaut de méthode marque trop souvent la confrontation entre le christianisme et l’islam, jusqu’à la rendre stérile. Les violences perpétrées au nom du christianisme ne permettent pas d’occulter celles commises au nom de l’islam, et réciproquement. On ne peut soustraire les unes aux autres en sorte de parvenir à une sorte de bilan à somme nulle. Toutes ces violences s’additionnent dans un bilan largement négatif. Plus que cela : dramatique.


Pour conduire ce travail, je dialoguerai avec les textes de la Bible et ceux du Coran en m’efforçant d’être à la fois respectueux et rigoureux. Je dialoguerai encore avec les croyants dans le même esprit de respect et de rigueur.

 

 

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Published by Jean-Marie Muller - dans la non-violence
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