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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 10:01

La lapidation, du latin lapis (pierre), donnant le verbe lapidare, littéralement « tuer à coups de pierres » est une forme d'exécution, couramment utilisée à l'époque pré-chrétienne dans tout le bassin méditerranéen. On doit, précise l’actuel code juridique iranien, choisir des pierres de taille moyenne afin de ne pas tuer immédiatement le condamné : il doit souffrir au maximum !


Dans la Grèce antique, à l'époque homérique, elle est principalement liée aux crimes sexuels et aux blasphèmes. Hérodote la présente comme un acte spontané de la foule en colère, mais chez Lycurgue, un siècle plus tard, il résulte d'un décret pris formellement par les membres de l'Assemblée, qui, toutefois, retirent les couronnes symbolisant leur fonction avant d'y procéder. Les exemples de lapidation connus ont trait à la trahison : l'Athénien Lycidès lorsqu’il propose d'approuver la demande de reddition envoyée par le Perse Mardonios : un Alcibiade, qui s’enfuit vers Syracuse. Mais c’est à boire de la ciguë que Socrate et son compagnon Alcibiade (cousin du précédent) sont invités pour avoir profané les Mystères d'Éleusis.
 

 

Dans l’Ancien testament, plusieurs textes appellent à la lapidation pour plusieurs crimes : l'adultère (Deutéronome 22, 22-29), l'adoration d'autres dieux (Deutéronome 13, 6-10 ; Lévitique 20, 2), l'évocation d'esprits (Lévitique 20, 27), la désobéissance à ses parents (Deutéronome 21, 20-21) ; le blasphème (Lévitique 24, 14 et 16). Naboth est victime d'une fausse accusation de blasphème de Jézabel et meurt lapidé (1 Rois 21, 1-14).


lapidation_d_etienne.jpgMais sous l’occupation romaine, les Romains (qui ont d’autres techniques de torture comme la flagellation et la crucifixion) s’arrogent le droit de vie et de mort. Il faudra effectivement l’autorisation de Pilate pour que Jésus soit condamné. Le sanhédrin semble bien avoir essayé de récupérer ce droit. Le judéo-chrétien hellénisé Etienne, nommé diacre « pour le service des tables » et qui fréquentait la synagogue des Affranchis (anciens esclaves libérés grâce à l’aide des Juifs de la Diaspora) sera lapidé par la foule de Jérusalem en présence de lettrés (Paul de Tarse assistait à la scène) et après un passage devant le sanhédrin ; cela se passa en hiver 36 ou 37 (selon la Bible de Jérusalem, mais avec un point d’interrogation). Plus tard, en été 58, Jacques, frère de Jésus et chef spirituel de la communauté nazôréenne (judéo-chrétienne) de Jérusalem est condamné par le grand prêtre Anan, qui met à profit une vacance de pouvoir local suite à la mort du proconsul romain Festus, à être précipité du haut des murs du Temple, puis lapidé. Mais ce sera une dernière historique car les plaintes fusent, adressées aux autorités romaines, et le roi Agrippa II (de la dynastie hérodienne) révoquera le grand prêtre en question. A noter que le Talmud, rédigé au IIème siècle, maintient la lapidation (Sanhédrin, 43a), mais on n’a pas connaissance de faits historiques de son application.


Jésus, sur plusieurs points réformateur juif (contre la répudiation et le remariage, contre un sabbat absolu), ne condamne pas une femme adultère qu’on lui présente sur le parvis du temple, pourtant ayant été prise en flagrant délit (Jn 7, 53 – 8, 11).


Contrairement à une idée reçue, le Coran ne parle pas du tout de lapidation (en arabe, رجم [rajm], littéralement « caillassage »). Ce sont les hadiths, lois islamiques, qui citent la lapidation comme peine d'adultère pour un homme marié ou une femme mariée ayant eu un rapport sexuel hors mariage avec pénétration. Or ces hadiths sont si exigeants dans les témoignages requis qu’on peut penser que les cas ne peuvent qu’être rarissimes si on applique le texte à la lettre. Il faut en effet que les 4 témoins disent qu’ils ont clairement vu la pénétration ! Celui ou celle qui accusera un homme ou une femme d'adultère sans 3 autres témoins, est peiné de 40 coups de fouets pour avoir voulu salir la réputation d'un homme ou d'une femme.


Même pour les fondamentalistes chrétiens, dont certains récupèrent pourtant les archaïsmes bibliques de l’Ancien testament, la lapidation n’est jamais évoquée. Seuls certains pays musulmans défraient la chronique avec des condamnations de ce genre, principalement en Iran et Afghanistan, mais il y eut aussi un cas (en 2007) au Kurdistan irakien. En Arabie saoudite, la lapidation est appliquée pour tout acte de sodomie commis par un non-musulman avec un musulman ; l’homosexualité étant ici explicitement visée.


Depuis août 2010, l’opinion mondiale s’émeut de la condamnation de Sakineh Mohammadi Ashtiani, d'origne azerbaïdjanaise, mère de famille de 43 ans, avec 2 enfants et veuve. Reconnue coupable en mai 2006, elle a déjà reçu la peine du fouet avec 99 coups. En 2007, la cour suprême a confirmé sa condamnation à mort par lapidation. Aux dernières nouvelles elle est de nouveau menacée d’une seconde séance de fouet.

 

sakineh_mobilisation-a-Paris.jpg

 

Dans les colonnes du Monde en date du 31 août, le philosophe musulman Abdennour Bidar condamne cette pratique barbare et ancestrale : « La lapidation, preuve extrême de la logique de violence de l'islam ».


« La monstrueuse condamnation d'une femme à la lapidation par la République islamique d'Iran donne encore une fois de l'islam une image catastrophique, celle d'une religion archaïque, violente et totalitaire. N'essayons pas en effet de dédouaner la religion islamique du meurtre programmé de Sakineh Mohammadi-Ashtiani en soutenant qu'il s'agit d'une décision politique. Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad se fonde sur une idéologie reconnue comme celle d'un islam fondamentaliste. En tant qu'intellectuel musulman, je dois prendre la responsabilité de dire cela haut et fort, en m'insurgeant contre cette sentence de lapidation au nom de la dignité de la personne humaine. »


Au-delà, de cette pratique, l’auteur s’interroge sur la violence au cœur de l’islam : "Si en effet la pulsion totalitaire de la religion islamique trouve là l’une de ses expressions les plus inhumaines, il faut y voir simplement l’une des formes les plus radicales d’une logique générale qui a pris, au fil des siècles, le contrôle de la vie spirituelle des musulmans du monde. Hélas !, la religion islamique entière se nourrit de violence".


Dès lors, on ne peut qu’être perplexe vis-à-vis du rituel de la lapidation de Satan effectué par les pèlerins à La Mecque, car on peut craindre qu’il facilite le passage à l’acte réel dans le contexte d’une foule en colère et d’une diabolisation de la victime. Certes la grande masse des musulmans sont tolérants et pacifiques, mais les manipulations politiques utilisent ce levier et nombre de jeunes prennent cela pour argent comptant.

 

Il est grand temps que les autorités islamiques se positionnent clairement sur des questions éthiques aussi importantes et qui portent gravement tort à l’image de l’islam. Elles ne pourront pas faire l’impasse sur la culture des droits de l’homme, sous le prétexte que le Coran est au-dessus des lois et que cette culture est « occidentale », sans nuire gravement à l’avenir de leur religion dans les opinions publiques. Or, bien peu de musulmans remettent en cause la lecture fondamentaliste des textes * …
* côté chrétiens, l’Ecole exégétique protestante allemande des années 1830 a préconisé l’approche historico-critique de la Bible.


Source : nous avons utilisé l’article de l’encyclopédie Wikipedia ( lien)
 Illustrations :

- martyre de saint Étienne : panneau du retable dit de Jacob et Étienne, peint en 1506 par Marx de Reichlich (1460-1520) ; il provient d'un monastère au Tyrol, exposé à la pinacothèque de Munich.

- photo Paris-Match accompagnant l’article « Sakineh : la France se mobilise ».

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Published by Jean-Claude Barbier - dans l'islam en Europe
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