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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 01:11

L'unitarisme-universalisme est-il possible en Afrique noire ? - une approche sociologique par Jean-Claude Barbier

 

Issu des missions chrétiennes, puis de prophétismes locaux (comme les Chérubins et Séraphins, les Chrétiens célestes, etc.), enfin de la vague évangélico-pentecôtiste, le christianisme africain apparaît très identitaire, avec des confessions de foi et des rituels qui caractérisent chaque Eglise. On note cependant une bonne volonté œcuménique qui se manifeste chaque année au mois de janvier par une semaine de l’Unité, durant laquelle même l’Eglise catholique accepte de prier non seulement avec les autres Eglises du protestantisme historique, mais aussi avec d'autres Eglises … même si c’est du bout des lèvres ! Parmi les Eglises historiques du protestantisme, c’est le méthodisme qui apparaît théologiquement le plus libéral, initiateur de dialogue inter-religieux (mais en n’incluant pas toutefois les cultes coutumiers !) et aussi - avec des femmes pasteurs – le plus progressiste. Notons la belle exception dont témoigne, à Cotonou, le mouvement Chrétien pour changer le Monde qui prône un dialogue inter-religieux inclusif, sincère et dynamique (lien).
* les Eglises de réveil ne sont pas toutes à ce rendez-vous, estimant que les Eglises historiques sont « tièdes », manquent de foi et ont failli à leur mission ! C'est le cas par exemple des Assemblées de Dieu.


Dans un tel contexte, les petites communautés unitariennes ajoutent, bien modestement et pour l’instant dans quelques pays seulement, au Burundi, Congo Brazzaville, Congo Kinshasa, Togo, un peu plus d’ouverture (voir leurs sites hébergés par le site des chrétiens unitariens, lien). Elles sont théologiquement libérales et n’obligent pas à un credo ; elles peuvent accepter en leur sein d’autres chrétiens (par exemple des Kimbanguistes au Congo Kinshasa), voire même des musulmans (Togo) ; elles peuvent frayer sans état d’âme avec les pratiquants coutumiers (Congo Brazzaville). Il ne s’agit pas du tout d’un quelconque syncrétisme ou confusionnisme, mais tout simplement de l’application de la théologie unitarienne pour laquelle Jésus est simplement un homme et non un dieu, ni Dieu qui se serait incarné en lui, ni un avatar (au sens hindhouiste du terme) de Dieu le Père ou Dieu le Créateur. Dès lors, toute personne qui se réfère à son enseignement et à sa personne (juif, musulman ou autres) peut, par définition, partager le pain et du vin qui, précisons le, se fait au nom de Jésus (voir sur ce point le manifeste d’Avignon publié en août 2007 co-signé par les assemblées chrétienns unitariennes d’Europe occidentale et d’Afrique noire, lien).


Nous sommes toutefois encore loin de l’unitarisme-universalisme nord-américain qui, après une ouverture à des non croyants (agnostics, non théistes, humanistes) au nom de la morale évangélique (à la fin du XIXème siècle une majorité croissante de congrégations unitariennes aux Etats-Unis estimèrent que la vertu était finalement aussi importante sinon plus que la seule foi), a placé à égalité toutes les religions et spiritualités, au même niveau et indistinctement, sans priorité (pas même le christianisme unitarien qui pourtant fut la matrice de ce mouvement), les appartenances antérieures devenant secondes par rapport à une nouvelle religion qui, elle, se veut d'emblée universelle, au-delà des confessions particulières *.
* pour une explication de cette approche, voir le récapitulatif des articles en français sur le site des Unitariens français : "L'unitarisme-universalisme au terme d'un christianisme d'ouverture" (lien)


Jusqu’à présent, en Afrique noire, les esprits libres et indépendants, ne se rattachant pas aux monothéismes chrétien ou musulman pour diverses raisons, frayent avec les ordres maçonniques, les mouvements rosi-cruciens, ou encore avec divers ésotérismes et de nouvelles spiritualités comme Eckankar (ECK). Or, ces esprits libres et indépendants, ces électrons libres, sont entrain de se multiplier en Afrique noire dans ce qu’il faut bien reconnaître comme un nouveau contexte sociologique que nous pouvons présenter ainsi :


1 - Les grandes villes deviennent de plus en plus cosmopolites et – en conséquence – affichent un éventail religieux plus large. Aux monothéismes chrétiens et musulmans, s’ajoutent souvent le bouddhisme, la Foi bahaï, etc. En plus, par l’Internet, des urbains peuvent se brancher sur de nouveaux mouvements religieux et/ou spirituels jusqu’à présent inconnus chez eux.
2 - Ces mêmes grandes villes préservent mieux de l’anonymat, ce qui libère de l’oppression sociale des personnes dont l’orientation sexuelle atypique a jusqu’à présent été soigneusement cachée. Homosexuels des deux sexes, transsexuels, bisexuels, etc., peuvent désormais se montrer et s’exprimer, même s’il leur est recommandé d’être prudents et discrets à cause de la forte intolérance qui sévit encore à leur égard. L’explication qui voulait que ces personnes étaient influencées par les Occidentaux (touristes ou en séjour) n’est désormais plus suffisante.
3 - Il en est de même pour les non-croyants : des élites intellectuelles osent faire part de leur doute et scepticisme religieux, d’autant plus que les fanatismes religieux offrent un bien triste spectacle au niveau des actualités. La critique des religions et des croyances devient désormais possible.
4 - Toujours au niveau des grandes villes, et en liaison avec le tourisme dont elles sont les plaques tournantes avec leurs aéroports, les milieux artistiques peuvent mieux se faire connaître et trouver où écouler leur production. Or les artistes ont souvent fait preuve d’une grande indépendance d’esprit, celle-ci étant nécessaire à la création d’œuvres originales. Ils revendiquent volontiers le respect des traditions africaines, s’inspirent d’elles et accusent les colonialismes et les missions d’avoir bradé leur Histoire ; ils sont à la fois « modernes » car branchés sur les mouvements esthétiques contemporains. Leur influence locale, relayée par les Centres culturels des diverses coopérations et aujourd’hui par une presse indépendante, commence à être non négligeable. Il sont désormais capables de créer des évènements (expositions, festivals, etc.), du moins lorsque les autorités publiques les y encouragent.
balozi democratization of faith5 - La forte natalité et la baisse de la mortalité infantile (due à la médecine moderne), dans un contexte de non développement économique ou en tout cas de faible industrialisation, ont amené dans les grandes villes une jeunesse en chômage, contestataire et revendicatrice, échappant de plus en plus aux autorités familiales. La mondialisation via Internet leur a  fait prendre conscience de leur poids social et de leurs droits. Dès lors, les « printemps » dans les pays arabes riquent bien d’être suivis à plus ou longue échéance par des explosions similaires dans certaines grandes villes d’Afrique noire. Cette jeunesse ne se retrouvent plus dans les normes de la génération précédente. Mieux, elle se montre nettement plus exigeante quant au respect des droits et revendique une démocratie plus transparente, plus réelle. Elle remets plus facilement en cause les autorités de toute sorte. Un vent libertaire est en train de souffler sur elle, l’individualisant rapidement …

 

le récent n° de la revue Balozi (vol. 5, n° 2, septembre 2011), publiée au Kenya, est intitulé "Democratization of faith" (démocratisation de la foi religieuse).


Dans un tel contexte, où les minorités peuvent désormais se faire entendre, l’unitarisme-universalisme trouverait-il place ?

A suivre

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Published by Jean-Claude Barbier - dans U au Kenya
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