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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:54

ccbf.jpgIl y avait déjà une Conférence des évêques de France (CEF), connue surtout par sa grande modération (pas de vague !), son conservatisme (aux ordres du Vatican), sa capacité à avaler les couleuvres (comme par exemple le don papal d’un Institut « Bon pasteur » à l’archidiocèse de Bordeaux pour y former des prêtres sous la houlette de prêtres traditionalistes), sa lâcheté (Mgr Gaillot, connaît pas !) et son extrême discrétion, loin de toute tentation de gallicanisme ; il y a maintenant, AUSSI, la Conférence catholique des baptisé(e)s de France, quant à elle beaucoup plus inspirée et remuante : çà bouge sous le Souffle (du Saint-Esprit puisqu’il s’agit de catholiques).

 

Face aux communiqués officiels et aux contorsions précautionneuses, voici un langage libéré, donnant des informations sur les dernières nouveautés (livres, sites, rencontres, etc.), abordant avec franchise les problèmes de l’Eglise, appelant à la mobilisation du peuple des baptisés.


Cette nouvelle Conférence, en quelque sorte par le bas, populaire, s’affirme catholique et est fière de l’être. Elle se base sur l’article 208 du droit Canon de l’Eglise catholique romaine qui stipule que « Entre tous les fidèles, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la fonction et la condition propres de chacun ». Bref, les baptisés sont, aussi bien que les évêques, membres à part entière de l’ecclesia qui est une assemblée délibérante capable de prendre des décisions en toute souveraineté. Nous retrouvons là l’inspiration déjà ancienne (les années 1995) de « Nous sommes aussi l’Eglise » (NSAE). Donc rien de nouveau, mais une nouvelle voix parmi les catho réformateurs.


La Conférence manifeste la volonté de réformer son Eglise dans l’élan que lui a donné Vatican II. Elle ne prétend pas toutefois apporter une nouvelle théologie, ni être révolutionnaire. « Nous sommes attachés indéfectiblement à la Bible, la Tradition vivante de l’Eglise, dans le respect fidèle de la lettre et de l’esprit de Vatican II ». En cela, elle est en retrait par rapport à une marge catholique qui, dernièrement, a acquis une certaine autonomie par rapport à la hiérarchie (les communautés chrétiennes de base, NSAE, la Fédération des réseaux des Parvis, le diocèse « Partenia », la revue Golias, etc.) et qui prône non seulement une Eglise rénovée et moderne, mais une Eglise « autre », plus fidèle aux évangiles, dépoussiérée de ses dogmes (du moins de leur formulation vieillotte), célébrant librement, communiant sous les deux espèces et en référence à un repas et non plus à un « sacrifice rituel » devenu incompréhensible aujourd’hui.


Alors que cette marge catholique cesse bien souvent d’aller à la messe, préférant les célébrations organisées par des communautés de base souvent sans prêtre, la Conférence reste au sein de l’Eglise avec le slogan : " Ni partir, ni se taire ". Elle se veut à l’intérieur même de l’Eglise et non sur ses marges ou à la périphérie ; tout le contraire des Parvis (en France, la Fédération des réseaux des Parvis) ou des Pavés (en Belgique, la fédération Pour un autre visage de l’Eglise et de la société) qui n’hésitent pas à aller à la rencontre des non-catholiques et faire cause commune aveec eux au nom de valeurs partagées.


Elle n’est pas non plus dans la dynamique d’un christianisme au-delà des hiérarchies et ouvert au post confessionnalisme que l’on peut trouver par exemple au sein de la Fédération des réseaux des Parvis. Avec la Conférence, on reste entre catholiques et au sein de l’Eglise bien officielle. Elle en dénonce la rigidité institutionnelle, mais c’est pour mieux la servir.


En fait, elle mise sur un laïcat formé par les diocèses, pour l’instant pas forcément contestataire, mais qui, tôt ou tard, demandera à élargir les parcelles de responsabilité qui lui sont encore parcimonieusement concédées. Assurément bien joué de la part de cette Conférence : elle a l’avenir devant elle.


Animée par deux égéries (Anne Soupa et Christine Pedotti) ayant une bonne expérience de l’édition et de la communication, la Conférence se présente comme un réseau de personnes avec en projet la formation de groupes locaux. Contrairement aux Parvis, elle ne s’adresse pas à des mouvements déjà existants. Elle se veut d’emblée mobilisatrice des énergies à partir de son site  (fort bien animé et interactif), d’un forum ouvert à tous, de ses propres militants mais aussi d’une multitude de sympathisants pouvant être déjà engagés par ailleurs. Des mots d’ordre, des manifestations de rue, la proclamation d’Etats généraux, et puis surtout du talent et de l’audace.


Pour l’anecdote, cette Conférence est issue d’un groupe de femmes qui, en réaction à des propos maladroits tenus par Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, et qui avait été jugés misogynes (il ne suffit pas d’avoir une jupe pour avoir la tête bien pleine !) avaient constitué le Comité de la Jupe pour exiger du prélat une rétractation de ses propos.


Bon vent dans les jupes, bon vent aux catholiques baptisé(e)s, bon vent à ce nouveau mouvement.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans communautés religieuses en débat
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