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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:47

Il y a transgression et transgression. Celle des anarchistes est un rejet de toutes les contraintes étatiques ; celle des libéraux se fait au nom de la liberté individuelle de pensée ; celle des "indignés" et des révolutionnaires proclament un nécessaire changement de système ; celle des opposants ou des réactifs se fait contre les positions d'une partie dominante ; etc.

 

eglise_en_gr_ve__mouvement_le_cursillo_.jpgY-a-t-il une façon chrétienne de la transgression ? Déjà, nous connaissons les actes prophétiques posés par certains croyants qui estiment rappeler ainsi la volonté de Dieu ; ou bien encore des actes individuels revendicateurs comme celui de Martin Luther avec ses 95 thèses affichées en 1517 sur la porte de l'église de Wittenberg en Alemagne. Ici, Paul Tihon, théologien, prêtre de l'ordre des Jésuites, pose les fondements d'une transgression non plus individuelle mais collective, sans volonté d'échapper à l'institution mais au contraire pour la stimuler et la réformer, sans esprit de dissidence mais au contraire en voulant maintenir la communion et même l'élargir, ceci en s'appuyant sur l'exemple des prêtres catholiques autrichiens. Et, faut-il le rappeler, une trangression bien entendu non-violente dans l'esprit évangélique.

 

Belle réflexion publiée en Belgique à La Libre Belgique (LLB), journal catholique devenu à tonalité progressiste, sous le titre " Des transgressions légitimes ? "  que nous reproduisons ici en remerciant Edith Kuropatwa de nous l'avoir envoyée.

 

Le christianisme unitarien, qui fut la "benjamine" des Réformes protestantes du XVIème siècle, provient d'une contestation du calvinisme, puis s'est détaché de l'arianisme, du socinianisme, enfin du biblicisme. Il a ainsi acquis toute une culture de l'évolution, mais, dans son cas, la transgression est autorisée puisqu'incluse dans la liberté de penser, le refus de tout credo, et l'organisation de la communauté locale à sa convenance selon la tradition congrégationaliste (partout adoptée hormis l'Eglise unitarienne de Transyvanie, Eglise historique datant de 1568 et qui a un évêque à sa tête).


Paul Tihon :

 

L’ « Appel à la désobéissance » lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens et qui, en quelques semaines, a recueilli plus de 300 signatures, cet appel n’a pas fini de provoquer des remous, suscitant adhésions et condamnations. Celles-ci ne viennent pas forcément des autorités ecclésiastiques.


Le cardinal Christoph Schönborn, O.P., l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Église, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’ « Appel à la désobéissance » rejoignent les convictions – et, pour certains d’entre eux, la pratique – de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.


Rappelons-les en bref : - 1. À chaque célébration, prier pour la réforme de l’Église ; - 2. Ne plus refuser l’eucharistie aux croyants de bonne volonté, qu’ils soient divorcés remariés ou qu’ils appartiennent à d’autres églises chrétiennes ; - 3. Réduire le nombre des célébrations présidées par des prêtres parachutés dans des communautés qu’ils ne connaissent pas ; - 4. Appeler « Célébration eucharistique sans prêtre » les célébrations de la Parole avec distribution de la communion; - 5. Ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion (Religionslehrerinnen) ; - 6. Revoir l’image du prêtre, pour que chaque paroisse ait un responsable, homme ou femme, marié ou non, à temps plein ou non ; - 7. S’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.


Pour les « acteurs de terrain », ces sept points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse parlent d’un « vent de rébellion », les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’un « large soutien dans l’opinion » - en tout cas dans nos pays. Un commentaire sur Facebook : « On attend les prêtres belges. Il est temps. Nous vous suivrons ».


L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, est un ancien vicaire général de Schönborn et curé d’une des paroisses de Vienne. Il s’est expliqué sur ce qui a motivé cet appel public à l’insubordination. Le préambule de l’ Appel est clair sur ce point : « Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome ». On peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques en rupture avec la discipline officielle, mais de les afficher, de façon à amener, si possible la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain concret de la pastorale, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale.


Peu de commentateurs ont pris la peine de s’interroger sur l’opportunité d’une telle initiative et sa légitimité en perspective chrétienne. Pour l’opportunité, on peut juger que dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, il est salubre de se rappeler que l’Esprit souffle où il veut et pas seulement sur les membres de l’appareil ecclésiastique. Et donc, de ne pas automatiquement considérer l’initiative comme « l’oeuvre du démon ».


Quand la société et la culture changent, leur évolution impose des ajustements pour que l’Eglise puisse continuer à exercer sa mission. Mais l’initiative des innovations requises provient rarement des autorités en place. D’une manière générale, dans les sociétés en changement rapide comme sont les nôtres, le droit est en retard sur la réalité des faits. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction progressive de « coutumes contraires au droit ». Ces « transgressions » s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque là, « faites-le, mais ne me demandez pas ma bénédiction ». Dans le meilleur des cas, la tolérance tacite prend la forme d’un feu vert assorti de limites : « D’accord, à titre d’expérience ».


Et la légitimité ? Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience. En pratique, pas mal de « chrétiens engagés » se trouvent sur des terrains où de telles transgressions s’imposent. Ils ne disposent pas toujours des repères pour s’y avancer paisiblement. Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : - la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté ; - la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures ;- le souci de rester cohérent avec le projet initial ; - enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle.


On imagine bien que, dans la pratique, de tels choix de transgression n’excluent pas la prise de risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : la « réception » ou non-réception de l’innovation qui transgresse les règles en vigueur – ce qui demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et « recevront », ou non, nos essais plus ou moins tâtonnants.

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