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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 17:28
Lettre ouverte adressée par le pasteur Stéphane Lavignotte à l'archevêque de Paris, suite à plusieurs manifestations d'homophobie qu'on a pu constater récemment. L’archevêque de Paris n’a-t-il rien à dire à une Extrême droite catholique et homophobe qui n’hésite plus à intervenir sur les parvis d’église et lors des célébrations ?
 
Monsieur l’Archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France,

Le 30 novembre dernier, nous avons célébré à l’Eglise Saint-Merri une soirée de prière œcuménique à l’occasion de la journée mondiale contre le Sida, en communion avec les malades en France mais aussi dans les pays du Sud, avec des malades de l’association Basiliade. Au beau milieu de la soirée, un groupe de jeunes gens ont interrompu la lecture de l’Evangile, jetant des boules puantes et des œufs sur l’assemblée et les célébrants, criant : « pas de gays dans nos églises ».

Nous n’avons pas évoqué publiquement cette agression, ne souhaitant pas donner de la publicité aux groupuscules qui imaginent que les idées haineuses de l’Extrême droite puissent avoir un quelconque rapport avec le message d’amour du Christ. Si je vous interpelle aujourd’hui c’est que cet incident n’est plus isolé.

Dimanche dernier, place Notre dame, plusieurs couples homosexuels, de retour d’un Kiss-in organisé place Saint-Michel à l’occasion de la Saint-Valentin, se sont embrassés sur la place Jean-Paul II, espace public. Ils ont été pris à parti par des groupes de jeunes catholiques proférant des insultes homophobes telles que « Tarlouses de merde », « Les pédés au bûcher », « Cassez-vous, on est chez nous », « allez faire cela chez vous », les repoussant hors de la place. Que se serait-il passé si les forces de l’ordre ne s’étaient pas interposées ?


Ces deux incidents m’inquiètent. Les célébrations pour la journée mondiale contre le sida ont lieu depuis de nombreuses années, à Saint-Merri, dans notre temple protestant de la Maison verte, à l’église des Blancs-Manteaux. Nous n’avions jamais subit une telle agression. Place Jean-Paul II, dimanche dernier, des jeunes catholiques, publiquement, devant des caméras, devant les forces de l’ordre, ont proféré sans retenu des insultes, sans doute judiciairement condamnable, et en tous cas bien loin de l'agapè chrétienne. Elles s’ajoutent à l’agression contre une célébration œcuménique inter-associative à Lille en juin 2009, d’un bar à Laval en avril 2009, du centre LGBT de Nantes en janvier 2010, à chaque fois par des personnes se revendiquant de la plus grande proximité avec les positions actuelles du Vatican.

Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui certains jeunes catholiques se sentent autorisés à de tels comportements qui n’avaient pas lieu hier ? Cela tient-il à la compréhension qu’ils ont des décisions de l’Eglise catholique durcissant le refus de l’accés des personnes homosexuelles à la prétrise et à la vie en communauté ? Des positions des églises catholiques notament en France contre l’ouverture du mariage, de l’adoption et de la PMA pour les couples de même sexe ?

Nous ne sommes sans doute pas d’accord sur ces sujets. Mais j’avais noté avec satisfaction l’affirmation du Vatican, par Jean-Paul II dès 1992 et de Benoît XVI en 2008, selon laquelle son refus d’évolutions législatives ou écclésiales sur ces sujet n’empêchait pas son refus de l’homophobie. Ces jeunes gens qui se réclament clairement d’une défense vigoureuse de Benoît XVI – j’en veux pour preuve leur slogan « Habemus papam » dimanche dernier place Jean-Paul II ou l’évocation de « nos églises » dans l’agression dont nous avons été l’objet – semblent eux ne pas faire la différence.

Je ne peux croire que vous restiez silencieux sur de tels comportements, bien que pour l’instant informés de l’incident de Saint-Merri par des participants, vous n’ayez toujours pas réagi. Parce que ces jeunes ne sont pas des « dissidents » de l’Eglise catholique mais se revendiquent comme les plus fidèles de vos fidèles, une absence de prise de position pourrait leur laisser croire une sympathie de votre part pour ces actes, pourrait valider leur amalgame entre les positions de l’Eglise catholique et la légitimité de l’homophobie, et les inciterait à recommencer des actes moralement et judiciairement condamnables. Je ne peux croire que vous ne condamniez pas publiquement de tels contre témoignages de l’Evangile qui rejaillissent sur l’ensemble des chrétiens. Comme vous l’a demandé également l’association chrétienne LGBT David et Jonathan, une parole claire de votre part est attendue.

Votre frère en Christ,

Stéphane Lavignotte,
pasteur de la Maison Verte Paris 18e
(Mission populaire évangéliqueFédération protestante de France)

david_et_jonathan.gifCette lettre est diffusée par l’association David et Jonathan « Le pasteur Lavignotte est l'ami et partenaire de David et Jonathan dans les célébrations oecuméniques que nous organisons dans son temple de La Maison Verte ou à l'église Saint-Merri ». Elle a été publiée par ailleurs dans le quotidien "Libération", le mardi 23 février.

mission_populaire_evangelique_de_france.jpgLa Maison Verte est une Fraternité de la Mission populaire évangélique, c'est à dire à la fois une paroisse protestante et un centre d'entraide et de solidarité. Elle est un des paroisses de référence du Christianisme social et du Mouvement inclusif à Paris (qui milite pour l’acceptation des homosexuels et des bi-et transsexuels au sein des communautés chrétiennes) : "Chacun a une place à La Maison Verte avec tout ce qu'il ou elle est : son origine sociale, culturelle ou géographique, son genre, son orientation sexuelle, son handicap, là où il en est dans les questions sur sa vie ou sa foi. Dieu ne rejette personne : nous non plus ! " Stéphane Lavignotte (pasteur ERF) en est le pasteur et le directeur. Voir le site de cette paroisse.

Le Christianisme social. À la fin du XIXe siècle, des pasteurs protestants émus par la misère ouvrière entament une réflexion sur la justice sociale. C’est après la Commune de Paris que naît parmi les protestants ce nouveau mouvement théologique qu’est le « christianisme social » : l’homme est à l’image de Dieu et a donc le droit à une totale dignité. Bien entendu, cette théologie, promut par des protestants, rejoint tout à fait les efforts d’autres chrétiens, notamment le catholicisme social, apparu après la Révolution française et au début de la Révolution industrielle (à partir de 1820), qui vise à promouvoir une politique sociale conformément aux enseignements de l'Église catholique, ou même à bâtir une nouvelle société humaniste à base chrétienne, en opposition au libéralisme économique.

à lire : BLASER Klauspeter, Le Christianisme social. Une approche théologique et historique (Paris, Van Dieren Éditeur, 2003, 144 p.) (lien)
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Published by Stéphane Lavignotte - dans l'homosexualité
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