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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 19:18

Les valeurs évangéliques nous invitent à la paix. Les nobles polonais anti-trinitaires du XVIème siècle avaient adopté la même attitude que les anabaptistes de l’époque ; ils avaient troqué leur épée par une arme de bois purement honorifique, devant marquer leur rang, et refusaient les charges de guerre et de justice (les juges étant amenés à condamner à mort !). Mais les Turcs avaient déjà occupé une bonne partie de l’Europe chrétienne, dans les Balkans jusqu’à la Transylvanie et ils assiégeaient Vienne. Dans un tel contexte, nos pacifistes évangéliques n’eurent guère de succès et les anti-trinitaires de Transylvanie, quant à eux, ne les suivirent pas.


Refuser la guerre, cela peut paraître vertueux, mais n’est-ce pas se soumettre à ceux qui utilisent la force, soit de la part de compatriotes moins vertueux, soit de la part de pays voisins ou autres tentés par des hégémonies politiques ?


Dès lors, les pacifistes, voulant la paix à tout prix, sont parfois / souvent amenés à fermer les yeux sur des violations manifestes. Dans le cas ivoirien : déni de la nationalité ivoirienne aux immigrés burkinabè pourtant installés depuis plusieurs générations et auparavant déjà acceptés comme citoyens (durant le « règne » d’Houphoët-Boigny), reports des échéances électorales, déni des résultats pourtant confirmés par les observateurs internationaux de l’ONU, tirs aux armes lourdes sur des quartiers en ciblant des marchés pour faire le maximum de blessés et de morts et sans viser un objectif militaire précis, tirs à balles réelles sur des femmes qui manifestent, ou sur des manifestants non armés, négociations sans cesse remises en cause, etc.


Et pourtant, les Eglises chrétiennes n’ont rien dit, n’ont rien dénoncé, se contentant d’appeler à la paix, à la réconciliation des deux camps, aux négociations. Et lorsque la guerre s’avère finalement nécessaire pour dénouer une situation bloquée, elles se plaignent des dégâts collatéraux, des massacres de population, de la situation humanitaire de plus en plus dramatique, des blocus alimentaires qui touchent en premier les plus faibles, etc.


Cela n’est pas sans rappeler l’attitude de beaucoup d’Eglises chrétiennes et de chrétiens lors des hégémonies fascistes en Europe centrale, en Italie et en Espagne – par contre, reconnaissons que les Eglises chrétiennes furent résistantes dans les pays communistes ce qui fut tout à fait à leur honneur.


Que ce soit en Côte d’Ivoire, dans les pays arabes ou en Palestine, ne faut-il pas d’abord dénoncer les injustices flagrantes, sinon les incantations à la paix ne sont guère crédibles. La paix ne peut se baser que sur le sentiment que la justice est respectée et qu’il n’y a pas de discriminations et d'inégalités par trop criantes.


bagbo_famille.jpgL’Eglise catholique ivoirienne fut paralysée par des avis contradictoires entre ses évêques : il ne lui resta plus que la voie du pacifisme vertueux. Se faisant, elle passa à côté des valeurs fondamentales que sont la démocratie, la citoyenneté sans tribalisme, le respect dû aux mères lorsqu’elles descendent dans la rue pour protester, les actes de guerre limités aux objectifs militaires, etc. Nous ne savons pas ce que les protestants ivoiriens ont dit ; on ne les a pas entendu. Les chrétiens évangéliques, quant à eux, ont été facilement séduits par le discours patriotique et dévot de Mme Simone Gbagbo qui est l’une des leurs.

 

arrêtés ce jour, Laurent Gbagbo et sa femme auront très certainement à répondre de crimes contre l'Humanité.


Pauvres chrétiens, ballottés entre paix et guerre … parce qu’ayant oublié la justice. Reprenant à leur compte les argumentaires opportunistes et militants des uns et des autres comme s’ils ne savaient plus à quel saint se vouer ; ne disant pas autre chose que les camps qui s’affrontent, répétant les analyses des médias ; eux aussi prisonniers des solidarités tribales ou internationales, aboyant avec les loups ; finalement, ne faisant pas mieux que les autres.


Il faut souvent attendre le procès des dictateurs afin que le peuple aveuglé par les polémiques, chrétiens compris, comprenne, enfin, l’étendu des dégâts occasionnés par les ambitions et les vanités de certains dirigeants.


Rappelons nous, Jésus face à Pilate ne fit pas de concession.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans en Afrique noire
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