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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 08:19

Massimo Introvigne, sociologue italien spécialisé dans l’étude des religions et directeur du Centro Studi Sulle Nuove Religioni (CESNUR), vient de faire un bilan des études sociologiques sur la crise post-conciliaire (après Vatican II qui dura du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965) (lien), ceci dans le cadre d’un congrès théologique « Fidélité du Christ, fidélité du prêtre » organisé à Rome les 11 et 12 mars 2010 par la Congrégation pour le Clergé à l'Université pontificale du Latran, le cadre de l'Annus Sacerdotalis. Un congrès donc on ne peut plus officiel, suivi par plus de 70 évêques et des centaines de prêtres, et clôturé par le pape qui a plaidé pour une herméneutique de “la continuité sacerdotale” depuis “Jésus de Nazareth, Seigneur et Christ” et rappelant “la valeur du célibat sacré”.


La lettre « Paix liturgique » n° 222 du 21 mars 2010, de la mouvance catholique « traditionaliste » ralliée à Rome, y voit une justification de son active campagne en faveur des messes « extraordinaires » (en latin et selon le rituel ancien) que des groupes de fidèles ont désormais le droit de demander à leur évêque. Sous le titre « La remontée des vocations passe par un retour à l’orthodoxie doctrinale et liturgique : les indications de la sociologue religieuse », Paix liturgique fait la traduction en français du résumé de cet apport du sociologue italien, publié en italien sur le site du CESNUR. En fait, le professeur Introvigne parle seulement « d’orthodoxie », à savoir des normes qui sont habituellement reconnues par l’opinion publique pour identifier un mouvement.


En faisant appel à l’économie religieuse (comme quoi les diverses religions sont en concurrence sur un marché des religions où il y a des offres et des demandes), les sociologues constatent que la crise des vocations aux Etats-Unis a commencé à la fin des années 1960, avant que les affaires de pédophilie n’entachent l’Eglise catholique, et est lié au déséquilibre entre les exigences (et sacrifices) demandées aux prêtres et le statut social de ce dernier, désormais largement désacralisé, sécularisé, beaucoup moins valorisé. Ils notent aussi, aux Etats-Unis et en Europe occidentale, que les diocèses réputés plus « orthodoxes » résistent mieux à la crise des vocations. Ils notent même des reprises des vocations dans les paroisses restées traditionalistes comme celle de Thiberville dans le diocèse d’Evreux, donnée en exemple comme modèle (au sens scientifique du terme) d’efficacité ! 

 

Selon eux, l’affirmation des identités, l’encadrement de proximité (le maintien des paroisses et non leur regroupement en ensemble plus vaste, le maintien des séminaires diocésains), la relation directe avec des prêtres, freinerait l’effondrement des vocations. Bref, soyons exigeants et fermes, et encadreurs proches, si on veut rallier les fidèles ! Ce qui renvoie tout à fait à la chrétienté d’antan ... mais l’Eglise catholique, hors concordat, n’a plus les moyens, depuis belle lurette, d’un tel encadrement de proximité.


En 2000, deux des pères de l'économie religieuse, Rodney Stark et Roger Finke, ont publié une étude célèbre intitulée “La vocation religieuse catholique : déclin et renaissance.” Les deux sociologues y prenaient en considération la chute libre des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, masculine comme féminine, dans six pays - États-Unis d'Amérique, Canada, France, Allemagne, Grande-Bretagne et Hollande - dans les décennies suivant le Concile Vatican II.


Du point de vue quantitatif, la chute a été spectaculaire, en particulier parmi les candidats au sacerdoce (de -81% en Hollande à -54% en Grande-Bretagne) mais aussi parmi les vocations religieuses masculines (de -82% en Grande-Bretagne à -68% en France) et, dans une moindre mesure, parmi les vocations féminines (de -51% aux Pays-Bas à -43% en Grande-Bretagne). Pour Stark et Finke, cette chute du nombre des vocations est brutale et discontinue : elle se produit principalement dans les quatre années qui vont de 1966 à 1969 (tiens, juste après le Concile !), avec une stabilisation successive au moins jusqu'à la fin du XXe siècle. Dans les pays où la crise et la contestation post-conciliaires n'ont pas atteint le degré de virulence qu'elles ont connu aux Etats-Unis, comme par exemple au Portugal, Espagne et Italie, si le nombre des vocations se réduit après 1965, il ne le fait pas au même rythme effréné. Dans ces pays-ci, les figures du prêtre et du religieux continuent à être crédibles et estimées, ce que confirment aussi bien de multiples enquêtes statistiques que la culture populaire. Il n'y a qu'à voir comment, en Italie, dans les films et les fictions de télévision, les prêtres et les religieuses sont généralement représentés d'une manière plus favorable que dans les productions hollywoodiennes.

Certes, on aura des fidèles, mais lesquels ? Des fidèles de plus en plus conservateurs sinon réactionnaires, les plus effrayés par les « dérives » du monde dans lequel nous vivons. Or l’économie religieuse ne devrait-elle pas répondre d’abord aux besoins de religion et porter sur la qualité et la diversité des offres ?

 

Le type d’offre religieuse décrite par M. Introvigne, certes très efficace, n’est pas la seule. On pourrait évoquer par exemple le succès en Occident des spiritualités et sagesses asiatiques du bouddhisme, du taoïsme, des yoga, etc., ainsi qu’une percée tout à fait intéressante du soufisme traditionnel (Djahal al-Din Rumi, par exemple, est un saint musulman du XIIIème siècle désormais universellement connu et apprécié) et, depuis le début du XXème siècle, sous des versions post-coraniques. Succès des exotismes, mais aussi des vécus spirituels plus personnalisés, se dispensant de la lourdeur des encadrements institutionnels perçus par certains comme trop contraignants.


En fait, le sociologue italien intervenait sur un point très précis : comment remplir les séminaires et avoir de futurs prêtres dans les conditions actuelles voulues par l’Eglise et là – il faut bien le reconnaître – il n’y a plus que les milieux traditionalistes qui peuvent encourager leurs progéniture dans une telle voie ! Les milieux libéraux ne peuvent que s’y refuser au nom de la liberté de pensée et le respect des personnes.


Ceci dit les croyants libéraux ne devraient-il pas être plus visibles pour faire recette ?

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans communautés religieuses en débat
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