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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 11:56

Le révérend Arpad Szabo est décédé ce jeudi 30 septembre 2010. Il fut le 30ème évêque de l’Eglise unitarienne de Transylvanie (Eglise fondée en 1568 par le Hongrois Ferenc David) de 1996 à décembre 2008, date à laquelle Ferenc Balint Bencedi lui succéda ( lien)  

Eglise_unitarienne_Transylvanie_Arpad_Szabo.jpg

 

Très actif au sein de l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU), il en fut le premier vice-président en 1995 lors de la mise en place de cette instance. Par la présence même de son Eglise au sein de ce réseau mondial, c’était la foi en Dieu qui était ainsi maintenue au sein de l’unitarisme contemporain. Le pasteur protestant libéral André Gounelle m’a rapporté qu’un jour, à Londres, lors d’une rencontre de l’International Association for Religious Freedom (IARF), excédé par la vague humaniste qui refusait toute trace de théisme, il s’exclama, excédé, « Permettez moi quand même de parler de Dieu ! ». Je précise que, depuis, cette vague est quelque peu retombée et n’exerce plus sa tyrannie ; la spiritualité a été notamment remise à l’honneur au sein de l’unitarisme anglo-saxon, à la suite du discours du révérend William G. Sinkford, président de l’Unitarian Universalist Association of Congregation (UUA) ; voir notre article à la Une de la Correspondance unitarienne n° 22, août 2003 « Quel langage pour l’unitarisme ? » (lien).

 

J’ai eu le bonheur de le rencontrer à deux occasions. La première fois lors des journées de la branche européenne et moyenne orientale de l'IARF – dans le cadre de laquelle eut lieu une pré-conférence du réseau de l’European liberal protestant network (ELPN) à laquelle j’avais participé ( lien). Puis, lors de la rencontre de l’ICUU à Oberwesel, en Rhénanie, en novembre 2007 ( lien) ; et c’est en sa présence que j’ai lu cette strophe évoquant son Eglise :

 

« Nos racines, vous le savez bien, sont en forêts transylvaines. / Elles furent, ces forêts, urbanisées en clairières et en cités par les Germains / de la Saxe restée allemande, à la Lorraine devenue française. / Elles furent, ces forêts, chantées par les poètes de la patrie hongroise. / Elles ont enfanté, avec Ferenc David, un cri de vérité / qui fut l’ultime Réforme protestante du XVIème siècle, / la benjamine qui est nôtre. » (poème circonstanciel que j’avais intitulé « Venus du monde entier ») (lien)

 

Notre article du 6 décembre 2008 dans les Actualités unitariennes relatant la succession épiscopale en Transylvanie était précisément intitulé « les chrétiens unitariens ont un nouvel évêque » . C’était dire que, plus précisément pour les unitariens de foi chrétienne, dispersés de par le monde, l’évêque de l’Eglise unitarienne de Transylvanie est « notre » évêque, celui de notre Eglise historique à laquelle nous nous rattachons volontairement, en toute liberté, par le cœur, sans nulle obligation statutaire. Il ne nous commande pas, mais il est pour nous à la tête de notre Eglise, celle à laquelle nous faisons référence. Le Manifeste d’Avignon d’août 2006, signé par les associations chrétiennes unitariennes d’Europe et d’Afrique noire, mentionne précisément ce lien qui n’est pas d’allégeance, mais de l’ordre de l’affection :


« Les chrétiens unitariens affirment leur solidarité vis-à-vis de leurs Eglises historiques qui ont maintenu cette foi. Elles ont notamment la plus grande révérence vis-à-vis des Eglises hungarophones qui, pour eux, sont premières dans l’ordre de la considération au sens où l’entendait, à propos des Juifs, Paul dans son épître aux Romains (chap. I, 16) et Jean de Patmos dans l’Apocalypse (chap. VII, 4-9). Ce profond respect en regard de leur ancienneté est volontaire et filial ; il n’est nullement une subordination ni un devoir d’obéissance ; ces Eglises historiques ne donnant d’ailleurs aucun ordre. » (lien).

 

Au contact d’Arpad Szabo, j’ai appris la différence qu’il y avait entre les évêques unitariens et les évêques catholiques. Les premiers sont élus dans le cadre de synode et leur autorité reste collégiale, inscrite dans un conseil épiscopal où les décisions sont prises d’une façon collective. La sobriété est de rigueur, y compris lors des cultes où l’évêque revêt une simple robe de pasteur. Bien que chef de l’Eglise, il reste parmi ses pairs et ne s’en démarque pas. A sa retraite de pasteur, le synode élit un autre successeur. Son rôle est comparable aux évêques luthériens et aux intendants des Eglises calvinistes, également aux évêques anglicans hormis la pompe liturgique que ceux-ci ont conservé de leur passé catholique. Il va de soi que, dans ces conditions, l’appellation de « Monseigneur » ne convient pas. Les anglophones disaient « Bishop Arpad Szabo » ; moi je disais « mon évêque » et je lui témoignai ma révérence. Il parlait un peu le français, mais c’est surtout par l’intermédiaire de son secrétaire administratif, le révérend Gyero David que nous communiquions. Je conserve précieusement de lui un insigne portant le blason de son Eglise, qu’il me donna à Oberwesel.


Par sa prestance aux beaux cheveux argentés et sa personnalité bienveillante, il représentait bien son Eglise. C’est un ami qui nous a quitté et qui reste présent dans nos cœurs et nos souvenirs.

 

Vous pouvez lire ce témoignage dans sa version anglaise dans "Tribute website to the Rev. Dr. Arpad Szabo" dont la référence est donnée à la page d'accueil du site de l'International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) (lien)

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Published by Jean-Claude Barbier - dans U en Transylvanie et Hongrie
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