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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 04:20

michel_theron_portrait.jpgparu dans Golias Hebdo, mis en ligne avec l'autorisation de l'auteur, lequel est membre du comité de rédaction de cette revue


Il a fort mauvaise presse aujourd’hui, où l’on ne parle que de droits, qu’on ne cesse de revendiquer. Pourtant un minimum de réflexion montre que droits et devoirs sont inséparables. Tout rapport entre les hommes repose sur un pacte tacite : tout devoir crée un droit, et tout droit suppose un devoir. On ne peut penser l’un sans l’autre. Est devoir une obligation dont la non-observation lèse l’autre partie entrant dans le contrat.


Les parents ont le devoir de subvenir aux besoins de leurs enfants, jusqu’à ce qu’ils soient en état de se suffire à eux-mêmes. Si par malheur ce moment n’arrive jamais, dans le cas des grands handicapés par exemple, ce devoir ne s’éteint jamais. En contrepartie, les parents ont le droit d’être obéis de leurs enfants. Ces derniers ont de leur côté à la fois le droit d’exiger l’assistance de leurs parents, et le devoir de leur obéir – je ne dis pas de les respecter, car le respect est un sentiment, qui ne se commande pas : on dit très bien : « inspirer le respect ».


Si je suis attaqué par un malfaiteur, j’ai le droit d’exiger du policier qu’il me vienne en aide, et lui a le devoir de le faire. En contrepartie, si je commets une infraction, le policier a le droit de me sanctionner, et j’ai le devoir de me conformer à la sanction.


Aujourd’hui, l’aveuglement ou la superficialité des esprits sont tels que le devoir apparaît souvent comme une limite insupportable, une part de destin à récuser. Voyez aussi ce qui est arrivé à l’ancienne idée de noblesse. Est noble initialement celui qui s’impose un but, plus élevé que ce qu’il est lui-même, par lequel il se sent jugé, parfois condamné. Noble celui qui se donne des devoirs : « Noblesse oblige ». Non pas celui qui se donne ou revendique des droits.

 

Mais une fois oublié le fait que chaque droit est l’envers d’un devoir, on n’a pensé qu’à jouir de ses droits, vus dès lors comme prérogatives ou privilèges sans contrepartie. Toute la tragédie de la noblesse héréditaire est là : la vraie noblesse, disait pourtant Molière dans Dom Juan, ne consiste pas dans le nom que l’on porte, mais dans les actions que l’on fait. Cet oubli, qui a perdu l’ancienne noblesse, ne le fait-on pas encore aujourd’hui ?

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