Le maître des cérémonies liturgiques du souverain pontife, Monseigneur
Guido Marini, l’avait annoncé dans un interview accordé à " L'Osservatore romano", et Benoît XVI l’a fait ... benoîtement avec ses petits pas habituels
en marche arrière. Contrairement au conseil de Vatican II qui avait invité les prêtres à déposer l’hostie dans la main des fidèles le souhaitant, le pape actuel préfère l’agenouillement du
fidèle sur un prie-Dieu et le dépôt direct, par lui-même, de l'hostie sur la langue. Que signifie un tel geste ? Ce serait, nous dit-on, sa " préférence ".
Adieu donc au repas communautaire, et place au pasteur qui distribue leur pitance " spirituelle " à ses " brebis ", l’une après
l’autre.
Il faut remonter à la fin du Moyen-Age où Thomas d’Aquin (1225-1275) insiste pour nous dire que l’hostie est Jésus lui-même, puisque le pain et le vin sont concrètement
transformés en sa chair et en son sang, nonobstant les apparences ! Eh oui, seuls les malvoyants et autres miro (ou encore les hérétiques) n’arriveront pas à voir cette transformation
magique de l’intérieur ... pourtant c’est simple puisque les prêtres sont ordonnés et qu’ils ont AINSI des pouvoirs " spéciaux " qui leur provient de leur évêque et au-delà de tout
le corps apostolique … ni plus ni moins.
C’est la transsubstantiation, laquelle est toujours en vigueur et de rigueur. Pour celles ou ceux qui n’ont pas encore compris, je renvoie aux documents de concile de Trente qui,
en 1551, prennent soin de définir (à leur façon) un tel dogme et je leur en souhaite bonne et studieuse lecture.
Or, Jésus étant Dieu, ce qui est bien connu car répété à satiété depuis le Concile de Nicée (325), au nom de la Sainte Trinité, le vrai corps et le vrai sang sont finalement AUSSI ceux de
Dieu ! Eh oui, voici un Dieu bien charnel que nos antiques Grecs et Romains ne renieraient pas. Mais la logique déductive, à partir des axiomes, prime de toute évidence sur les
réalités ; c’est bien connu par les mathématiciens (ceci dit, si l’on est pas content du résultat, on peut changer tout simplement les axiomes !).
Dieu merci, l’hostie est suffisamment clean et compacte pour ne pas tomber par terre (Dieu chût par terre, vous vous rendez compte !). Elle glisse comme une petite galette dans la bouche,
fond immédiatement sur la langue en y adhérant parfaitement et se gobe (sans mâchouiller). Vite fait, bien fait et le tour est joué.
J’ai vu, au Bénin, des prêtres fendre la foule à grandes enjambées afin de mettre le Saint-Sacrement (qui est une grande hostie exposée à l’adoration du public) en sécurité … on ne sait
jamais : des dévots trop enthousiastes voulant toucher l’objet vénéré, ou encore un illuminé, ou encore un fou ... Comme on dit, on ne prend jamais assez de précaution.
Quant au vin, c’est un peu plus délicat car les braves fidèles sont des baveux – ou du moins l’étaient-ils au XIV° siècle – çà tousse et çà crache. Bref, pour être sûr que des gouttes de vin ne
tombassent point par terre, Dame Eglise, dans sa grande sagesse, décréta tout benoîtement que le vin serait réservé au seuls prêtres. En plus, comme c’est du vin doux, un peu liquoreux, cela
passait sous le nez des braves fidèles et allait dans les panses bien gourmandes des prélats de l’époque (lesquels, paraît-il, aimaient à jouer aux princes en dédommagement des rigueurs
"officielles" de leur fonction ; je veux parler du célibat).
Mais voilà que des frémissements réformateurs commencent à s’exprimer au sein de l’Eglise (un siècle avant les Réformes protestantes) : le comportement du clergé scandalise, les abus sont
nombreux, etc. Jean Hus (1370-1415), à Prague, y ajoute la revendication de la communion sous les deux espèces. Il finira vite fait bien fait sur le bûcher par décision des
évêques réunis au concile de Constance (et qui traînent en longueur pour prendre leurs décisions mais qui prirent celles-ci en toute urgence – comme, naguère, le Sanhédrin pour Jésus !). Ses
partisans arboreront le calice sur leurs étendards et, dans un premier temps, résisteront victorieusement aux croisades envoyées par Rome contre eux.
image protestante du XV ème siècle représentant ensemble, d'une façon anachronique, Jean Hus (1370-1415), à droite, et Martin Luther
(1483-1546) donnant la communion sous les deux espèces, l'un le pain et l'autre le vin.
C’est en souvenir de Jean Hus et du combat de ses partisans que les unitariens, aujourd’hui, allument une bougie (ou autre lumière) au creux d’un
calice.
voir " le calice des unitariens " sur le site de l’AFCU, ainsi que la rubrique " l’Eglise hussite ", Eglise catholique indépendante, fondée en 1919, qui se présente comme héritière de Jean
Hus.
La préférence de Benoît XVI pour l’hostie directement dans la bouche, c’est un petit geste qui est passé comme anodin, voire inaperçu, pour beaucoup de nos
contemporains, mais c’est surtout un grand pas en arrière, nous ramenant à la théologie d’un Moyen-âge finissant qui découvre la rhétorique aristotélicienne ... laquelle mène parfois à des
absurdités, du moins lorsqu’elle est utilisée par des manipulateurs ou des fanatiques.
moine sur âne battant campagne pour soutirer des indulgences.
par Jean-Claude Barbier
(chrétien unitarien), le 20 avril 2005.
L’Eglise catholique romaine - encore une fois ! - vient de déclencher la bagarre à
propos de la position d’Amnesty International sur la question de l’avortement des femmes victimes de viol (eh oui ! cette organisation est pourtant bien placée pour connaître ces
drames) ou encore pour des raisons de santé.
une bougie au creux d'une paume ouverte comme représentation du calice
des unitariens, image choisie par le Groupe francophone de la communauté unitarienne-universaliste d'Ottawa (Canada). Chaque communauté ou groupe se choisit ainsi un logo pour
s'identifier.