synagogue " porte ouverte " à Arcachon (Gironde, France), le 3 septembre 2006, ouverture de l'armoire contenant les rouleaux du Pacte d'alliance, cliché Jean-Claude Barbier.
Après la conversion par les évangélisateurs et les missionnaires, qui fut naguère parfois / souvent forcée, les dévots appellent leur propre Dieu à la rescousse pour convertir, in extrémis, les
têtus, les teigneux, les récalcitrants, les incroyants, les blasphémateurs, voire même les apostats pour leur retour à la bergerie.
Dans cette histoire du Salut, le cas des Juifs est particulièrement grave. Non seulement ils ont rater le train en ne reconnaissant pas que Jésus était le Messie que les textes du Premier
testament annonçaient (eh oui ! ce n’était pas évident pour ses contemporains, voire même pour ses propres disciples *), mais ils ont mis en croix un homme pour un prétexte des plus futiles
(il n’était pas un zélote criminel !) et qui, en plus, devint Dieu une centaine d’année plus tard (ce qui n’était pas prévu au début !). Donc grave inattention et erreur d’analyse
(confinant à l’aveuglément !) + collaboration honteuse avec l’occupant romain + mise à mort d’un innocent + déicide (de leur propre Dieu !).
* il leur a fallut la découverte du tombeau vide comme nous l’avons expliqué dans notre série " Que
s’est-il donc passé de la Pâque à la Pentecôte ", rubrique " le temps des évangiles ".
Si bien que les pieux catholiques n'ont pas manqué, au cours des siècles, de prier pour eux, parfois entre deux pogroms ou entre deux bûchers des bibles hébraïques et des
Talmud.
Voilà ce que cela donna, sur recommandation du Concile de Trente (1545-1563) : la prière pour la conversion des Juifs "qui fait partie de la prière universelle du
Vendredi saint.
" Prions aussi pour les juifs perfides (Oremus et pro perfidis
Judaeis) afin que Dieu Notre Seigneur retire le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus , Christ, Notre-Seigneur [….] Dieu Tout-Puissant et éternel, qui n’exclut
pas même la perfidie juive de la miséricorde, exauce nos prières que nous te présentons pour l’aveuglement de ce peuple afin qu’ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils
sortent de leurs ténèbres. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, etc.… ".
Cette formulation faisait manifestement tâche après la Shoa. Le bon pape Jean XXIII fit ôter, en 1959, les mots " perfide " et
" perfidie ".
En 1970, par le rite dit de " Paul VI ", qui s’inscrit dans la droite ligne de la déclaration conciliaire de Nostra Aetate (octobre 1965) sur les
religions non-chrétiennes, ce pape reformula la prière.
" Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son
Nom et la fidélité à son Alliance […] Dieu éternel et tout-puissant, toi qui a choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le
premier peuple de l’Alliance, comme ton Eglise t’en supplie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. ".
C’est déjà mieux ... bien que les Juifs demandent tout simplement qu’on leur foute la
paix.
Mais notre Benoît XVI - aux petits pas réactionnaires et aux grandes gaffes - a voulu faire plaisir aux lefèvristes repentants qui sont revenus
dans sa bergerie. Le 7 juillet 2007, il ressort des oubliettes ce vieux rite tridentin au bénéfice des intégristes catholiques – qui retrouvent ainsi leur messe en latin – et, pour le passage
délicat en question, l’amende tout récemment (par décret papal du mercredi 6 février 2008, au tout début du Carême) de la façon suivante :
" Prions aussi pour les Juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs pour qu’ils reconnaissent Jésus-Christ comme
sauveur de tous les hommes […] Dieu éternel et tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accorde dans ta bonté que la plénitude des
nations étant entrés dans ton Eglise, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur "
Bref, qu’on se le dise, les Juifs sont à sauver (malgré eux-mêmes) et à convertir. Bigre !
Certes, c’est à l’usage des seuls amateurs du latin du concile de Trente ; les autres catholiques continuant ave la formule de Paul VI, mais cela fait tâche
sur le plan théologique et dans les relations avec les Juifs. La Commission internationale de Nous sommes aussi l’Eglise (NSAE) a réagi contre ce texte " benoîtin ", ce 7 avril
2008, en stigmatisant son mépris vis-à-vis du peuple juif.
Nous remercions Lucienne Gouguenheim (NSAE France) de nous avoir transmis ce communiqué.
Pour connaître le point de vue des Juifs, lire " Tensions entre
l’Eglise de Rome et la communauté juive ", par Sophie Castella, article du 6 février 2008 mis en ligne le site israélien francophone de Guysen
International News.
Voir notre article précédent du 5 mars 08 "Et si l’œcuménisme concernait aussi les Juifs ? " qui se fait
l'écho de cet article.
A quand la prochaine gaffe de Benoît XVI ?

Des
théologiens catholiques et protestants en France et en Allemagne, des centres œcuméniques de Strasbourg (d’obédience luthérienne), Tübingen (catholique) et de
Bensheim (luthérienne et réformée), ont publié en 2003, onze thèses sur l’hospitalité eucharistique, fruit d’un long dialogue amical. Leurs travaux ont été publiés, dont une
version française parue aux éditions catholiques Academic Press Fribourg sous le titre " Le partage eucharistique entre les Eglises est possible, thèses sur l’hospitalité
eucharistique ".