Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher

Archives

7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 08:50

Par l’affirmation de la laïcité, à savoir la séparation de l’Etat et des communautés religieuses, les sociétés civiles modernes se sont dégagées de l’emprise sociale exercée historiquement par ces dernières. La plupart des croyants sont, aujourd’hui, eux-mêmes convaincus des bienfaits de cette laïcité. Mais pourquoi ne pas étendre celle-ci aux autres organisations idéologiques que sont les partis politiques et les syndicats ? Ne s’agit-il pas là de mouvances, tout à fait légales, mais qui relèvent de choix privés (tout à fait légitimes) fait par leurs membres ?


Or, les partis politiques et les syndicats exercent indéniablement une emprise exorbitante sur nos institutions, bien au-delà de leur fonction première. Ne confondons pas l’Assemblée nationale qui regroupe des députés élus, avec les partis politiques qui sont des instances non étatiques. Ne confondons pas les comités d’entreprises, avec les multiples syndicats qui sont également des instances qui relèvent des choix privés des acteurs économiques.


Pour revoir le rôle de ces organisations idéologiques, il conviendrait de revenir aux fondamentaux de la démocratie dite représentative. A défaut de pouvoir exercer une démocratie directe au-delà des groupes primaires, des personnes se proposent pour représenter les autres au sein d’instances délibératives à tel ou tel niveau. Elles présentent en conséquence leur candidature, se présentent elles mêmes, disent leur motivation, avancent un programme d’action au cas où elles seraient élues, etc. Elles peuvent très bien, à cette occasion, faire part de leurs appartenances idéologiques, entre autres leur encartement à un parti ou leur rattachement à une famille politique.


Ce sont aux citoyens, en âme et conscience, de se porter candidats. Par définition, tous les candidats sont des citoyens indépendants. Or, on constate que les partis politiques estampillent « leurs » candidats, les  sélectionnent à leur gré, les parachutent ici et là, vilipendent ceux qui ne se conforment pas à leur discipline, etc. Le comble, c’est que les candidats « indépendants » doivent expliquer pourquoi ils ne veulent pas se présenter sous une « étiquette » … et sont alors taxés d’hypocrites ! Finalement, ce ne sont pas à des personnes que l’on délègue notre pouvoir de nous représenter, mais à des partis !


republique_dormante.JPGLorsqu’un candidat est élu, il représente tous les électeurs de sa circonscription électorale et se doit d’agir au nom des intérêts nationaux de son pays. Or, la première chose qu’il fait, c’est de se congratuler avec ses amis et de chanter la victoire électorale de son camp. Mieux, il se retrouve dans l’hémicycle dans une partie des gradins affectée à « son » parti, exactement comme les supporters des équipes de sports dans un stade ! Cela donne le spectacle navrant de meutes applaudissantes ou sifflantes, vociférantes, frondeuses, animées d’un même combat comme un seul homme. Les députés qui dérogent aux directives de leur parti sont vite considérés comme des « traites », rappelés comme des enfants à la discipline, à l'ordre et à la cohérence, etc. Pire s’ils acceptent une responsabilité gouvernementale sans l’accord officiel de leur parti ! En terme religieux, ils seraient des apostats ! Comme on le voit, ils sont tenus en laisse bien qu’ayant été élus par le peuple … Qui a parlé de godillots ?


Nous sommes les héritiers des coteries de la Révolution française – qui s’entretuèrent allègrement au nom de cette même République, après avoir coupé les têtes des ci-devants. Nous sommes aussi quelque part influencés par les lourdes machines électorales du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Et puis, le marxisme-léninisme nous a apprit doctement comment manœuvrer en coulisse, comment manipuler « le peuple » pour prendre le pouvoir – en son nom bien sûr – en écrasant l’ennemi d’en face. Depuis, les experts en média en ont rajouté en finesse. Dans cette optique, les partis politiques sont des outils de combat, d’accès au pouvoir en écartant les autres – sauf temporairement ceux dont on peut avoir besoin pour faire des alliances électorales. Les historiens, en retraçant les carrières des  élites politiques, nous en apprennent toujours beaucoup sur la façon dont on arrive au pouvoir en passant par les coulisses.


Il s’ensuit une guerre idéologique incessante entre les partis, entre la Majorité et l’Opposition issues des urnes, entre le Gouvernement et ceux qui d’emblée sont contre tout ce qu’il fera, entre le Président de la République et ceux qui n’ont pas voté pour lui, au sein même des partis politiques, etc.


Pire, les perdants sont mauvais joueurs et en appellent chaque fois que possible à la démocratie de la rue, aux manifestations populaires qu’ils soutiennent, exitent ou suscitent, aux grèves susceptibles de paralyser le pays, qu'ils encouragent par des slogans ... et des organisations (et groupes occultes) jouant parfaitement le rôle de courroie de transmission. Foutent la chienlit comme disait le général de Gaulle. L’ambiance est au soupçon et à la haine politique, les médias soufflant chaque fois sur les braises pour faire du buzz.


C’est le résultat inverse d’une démocratie où les citoyens sont invités à participer, à apporter leurs compétences, à émettre des avis et à faire des propositions, à esquisser des synthèses, à accepter des compromis, à voir plus grand et plus divers au contact avec les autres, etc. Les questions sont assurément complexes et les résumer par des mots d’ordre à l’usage de déclarations médiatiques ou de manifestations de rue est particulièrement démagogique. Trop de soit disant programmes n’en restent d'ailleurs qu’à des déclarations d’intention … on conseille même aux candidats de rester dans le flou afin de ne pas se mettre à dos telle ou telle partie de l’électorat !


Peut-on changer cet état de fait qui s’est instauré dans nos pays et qui divise profondément nos sociétés civiles, nous faisant croire que les différences sont « fondamentales », que les programmes sont radicalement incompatibles entre eux, que « sa » vision de société est aux antipodes de celle des autres , etc. ? Cela fait penser aux prétentions des religions particulières, chacune vantant ses mérites incontournables !


Une première mesure serait de mettre fin aux investitures ; libre aux partis de dire leur appui à tel ou tel candidat. Les bulletins de vote devraient seulement mentionner le nom du candidat, quitte à lui à faire connaître, lors de sa campagne, les soutiens dont il bénéficie.

 

Par ailleurs, s’il est légitime que les députés s’inscrivent à des commissions parlementaires thématiques, voire régionales, on ne voit pas pourquoi ils recomposent les partis politiques au sein de l’hémicycle. Ils devraient plutôt siéger par ordre alphabétique ou aléatoire ou selon leur département. Quant aux agapes particulières, parfois / souvent à relent sectaires, elles peuvent très bien se tenir au siège des partis politiques respectifs. La même éthique devrait présider au plus haut niveau de l’Etat et le président en exercice s’abstenir d’y convier « ses troupes ». Les instances nationales doivent être l’affaire de tous les citoyens indépendamment de leurs appartenances idéologiques, et soignement préservées en conséquence des assauts des lobbies et des partis, des ingérences de toute sorte. Préservons nos instantes étatiques !


Halte aux emprises idéologiques de toute sorte et aux manipulations mentales !

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans les dérives sectaires
commenter cet article
5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 07:43

Martin Luther, qui fût à l'origine des Réformes protestantes du XVIème siècle, aimait ripailler en compagnie d’étudiants qu'il hébergeait chez lui pour arrondir ses fins de mois. Les échos qui sont ressortis de ces agapes gargantuesques ne sont guère à son honneur, comme par exemple des propos ouvertement antisémites (mais qui ne détonaient pas de trop avec ceux de son époque !).


De nos jours, nous avons les Off de personnalités politiques qui, dans certains cas, ouvrent la fenêtre sur ce qui se dit très couramment dans leur milieu, sur le langage habituellement tenu vis-à-vis des « adversaires à battre » ... Et, puis, des plongées pleines de surprise dans bien d’autres coulisses après spectacles, entretiens à la télévision ou après affaires !


Mais, grâce à Facebook et autres réseaux sociaux, nous avons aussi, des pages personnelles ou, certains, dont d'illustres intellectuels du genre ego démesuré, se lâchent au nom de la spontanéité et nous livrent leurs mouvements d'humeur et autres convictions toutes intimes, sans plus d’argument ! C'est parfois fort affligeant pour des personnes dont on peut lire par ailleurs la prose dans les milieux intellectuels, voire scientifiques !


A l’occasion de polémiques dans les médias ou encore à l’approche d’élections, "on" se déchaîne encore plus. Ce sont là de très bonnes occasions pour aller voir (par simple curiosité) certaines pages perso ! Là, parfois / souvent on se régale des pulsions anarchisantes, des propos de bistrots, des arguments au niveau des tripes, des haines défoulées. Certains intellectuels, ni plus ni moins que d’autres, pataugent allègrement dans les caniveaux dès lors qu’ils sont « entre amis » ! Lâchez-vous nous disent les psychologues ; certains, visiblement, n'ont pas attendu ce genre de conseil !

 

L'absence, sur Internet, d'un face à face physique lèverait-il les inhibitions existant dans les relations sociales directes ? Injurier les autres à distance, est effectivement plus facile ...


Ce qui est le plus « formidable », c’est que, ces mêmes personnes qui se défoulent aussi aisément nous disent qu’elles militent pour la fraternité, pour la démocratie, pour l’Humanité toute entière. Elles montent vigoureusement au créneau, l’amour en drapeau, dès qu’il y a quelque soupçon de discrimination, de xénophobie, de racisme. Elles se disent engagées … et, peut-être pour cela, acceptent sans état d’âme les coteries partisanes les plus corporatistes, les plus communautaristes, les plus hargneuses. Il y a manifestement des loups tout intellectuels qu’ils soient qui aiment hurler en meute…


A notre époque démocratique où les moyens d’expression sont accessibles, ne pouvons nous pas exprimer notre pensée personnelle sans haïr nécessairement les autres qui ne sont pas de notre avis ? en argumentant tout simplement avec calme et raison ? Pourquoi considérer à priori les autres comme de fieffés abrutis, des menteurs, des hypocrites, des trompeurs, alors que, nous, nous serions du côté des bons, des bienfaiteurs, « au côté du peuple », selon l’idéologie bien réductrice et naïve des classes sociales que le marxisme léninisme nous a fourbie.


Comment aimer les autres avec tant de haine au fond du cœur ? Comme si nous étions en guerre … alors qu’il s’agit tout simplement d’aller voter à des élections et de débattre de questions fort complexes où toutes les contributions peuvent s’avérer utiles !

pcf_et_assemblee_nationale.jpg

Les vœux du Parti communiste français (PCF), en ce début d’année, sont tout à fait éloquents : l’insurrection populaire avec, à la clef, la prise d’assaut de l’Assemblée nationale et le remplacement du drapeau tricolore ! Ceci au nom d’un humanisme bien compris ! Bien entendu, ce n’est qu’une image … de propagande, sans incidence ; on ne saurait y voir là une quelconque emprise sur nos imaginaires. Honni soit qui mal y pense !

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans la culture Internet
commenter cet article
3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 23:20

michel_servet_restitutio_traduction_francaise.jpgMichel Servet, RESTITUTION DU CHRISTIANISME
Édition bilingue (latin, français), Introduction, traduction, annotations et annexes de Rolande-Michelle Bénin. Paris, éditions Champion, collection "Textes littéraires de la Renaissance", publié le 7 décembre 2011, format 15x22, 2 tomes, 1754 pages, 250 euros TTC, n° série : 0008, ISBN : 9782745323019, EAN : 9782745323019. Pour commander aux éditions Champion (lien).


Présentation par l'éditeur : La Christianismi Restitutio (1553) presse les chrétiens de reconstruire leur foi sur une vraie connaissance de Dieu et du Christ, fondée non sur le dogme et l'autorité, mais sur la Bible, à la lumière de ses langues d'origine et de l'histoire. Servet y complète un système ébauché dans ses traités de jeunesse et propose au croyant une praxis digne de l'Évangile. Érasmien, il critique le dogme trinitaire et soutient la théorie des " dispositions " de Tertullien et d`Irénée. Philosophe et médecin, il unit l`Écriture sainte et la sagesse des Gentils dans une cosmogonie au centre de laquelle l'homme s`unit au Christ. Contestant les enseignements luthériens, il renouvelle la vision du péché originel, du baptême et de la circoncision, et décrit le règne de l'Antichrist

Repost 0
Published by éditions Champion - dans à propos de Michel Servet
commenter cet article
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 10:30

oecumenic6.jpg

Le mouvement OecuMenic a été lancé le 1er mai 2011 par Antoine Bordier * avec des références toutes catholiques : en hommage à Jean-Paul II béatifié le jour même (et que le fondateur dit avoir eu la chance de rencontrer en novembre 1992), et en mémoire aux moines de Tibhirine martyrisés en mai 1996, il y avait 15 ans. Il est non moins catholique dans son itinéraire 2012 : en juin avec la Communauté des artistes et des comédiens à l’occasion de la pièce de Michel Pascal sur sainte Thérèse (au théâtre des Mathurins le 29 juin) ; en juillet un pèlerinage des Pères de Famille en Ile-de-France ; en août, d’abord à Lourdes, à la veille du 15 août, pour assister au spectacle de Robert Hossein : « Une Femme nommée Marie ! », puis à Madrid pour une participation aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) avec une caravane « OecuMenic ».


antoine_bordier_1.jpg* Antoine Bordier, né en 1969 est d’origine antillaise (il est président d’honneur et fondateur des EDC-Antilles). Ancien journaliste, il a été reporter dans les pays de l’Est et a produit des émissions de radio. Il s’est engagé politiquement au sein du RPF puis de l’UMP. Il est présent sur Facebook avec à ce jour 509 amis qui témoignent entre autres de son ouverture œcuménique.


Du fait de son ambition oecuménique, le mouvement s’est adressé d’abord aux chrétiens (catholiques, orthodoxes, protestants), mais il s’est rapidement élargi aux juifs et aux musulmans et s’est alors placé tout naturellement sous la référence spirituelle d’Abraham (son premier site fut www.abrahamlink.com  lien), puis, en septembre, avant la rencontre d’Assise du 27 octobre pour le 25ème anniversaire de la première rencontre que Jean Paul II avait initiée, le mouvement s’est élargi à tous les croyants (bouddhistes, hindouistes), avec un nouveau site faisant précisément référence à cette dynamique d’Assise : www.assiselink.com ( lien). Il s’agit donc d’un « œcuménisme » inter religieux voulant réunir tous les croyants dans un même projet de revalorisation des valeurs *. Aujourd’hui, il souhaite devenir ni plus ni moins le « Facebook » des croyants avec un site www.oecumenic.com ( lien)
 

 

* « Assise, résume peut-être le mieux ce qu’est OecuMenic : un parvis virtuel, une plateforme virtuelle sur laquelle sont invités tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui souhaitent donner un Sens à leur vie et retrouver des Valeurs ! L’objectif reste le même : OEUVRER POUR LA PAIX ! » (A. Bordier).

Ce projet œcuménique a déjà reçu des échos de la part d'autres communautés croyantes concernées, puisque le bulletin de décembre 2011 mentionne des courriers reçus de Erwan de Langle, bouddhiste, responsable de l’accueil au Centre Karma Ling, et de Jean-Pierre Rive, président de la commission « Eglise et Société » de la Fédération protestante de France (FPF).
 

 

Le site Oecumenic affiche les symboles de diverses religions et rejoint ainsi, au niveau de l’iconographie, l’interfaith prôné depuis plusieurs décennies par la mouvance américaine unitarienne-universaliste ; voir notre rubrique sur cet interfaith (lien ).

 

oecumenic2.jpg
Par rapport à l'œcuménisme habituel, celui-ci se distingue par plusieurs nouveautés :


1° - son niveau d’action :  les élites religieuses, sociales et politiques sont sollicitées à leur plus haut niveau pour œuvrer à une revalorisation des valeurs dont nos sociétés contemporaines ont besoin : « nous souhaitons diffuser de l’éthique, de l’humanisme, des valeurs spirituelles et religieuses… Que l’Homme (homme et femme) retrouve la spiritualité qui est en lui ! ». C’est plutôt Assise, où les chefs spirituels sont invités, que Taizé (qui mobilise d’abord les jeunes Européens).


2° - sa compétence au niveau Internet : le site propose des articles, un forum thématique, un espace de relations sociales où celui qui est inscrit (l’inscription est gratuite) peut se faire des « amis » à la mode Facebook, etc. Par là, le mouvement espère avoir une base sociale d’Internautes (quelques centaines d’inscrits pour l’instant ; et près de dix mille visiteurs provenant de 82 pays ayant vu 50 000 pages).


Par ailleurs, en qualité de "partenaire-média", le fondateur fréquente les rencontres où sont débattues les questions de communication avec les outils Internet : en mai 2011 à Planète PME et à l’E-G8 Forum (invités par Publicis), début octobre aux Entretiens de Valpré (10ème anniversaire de ces rencontres initiées en 2002 par la congrégation des Augustins de l’Assomption qui soutient les activités éditrices du groupe Bayard ; ces entretiens annuels réunissent de nombreuses personnalités, tant religieuses que sociales, politiques et économiques ; les vidéos de plusieurs interventions sont disponibles sur le site www.oecumenic.com) ; enfin les Assises du Numérique organisées à l’université Paris-Dauphine le 30 novembre avec la participation de plusieurs ministres (que Antoine Bordier a pu interviewer, également en ligne sur www.oecumenic.com) et dont c'était la 4ème édition.


Bien introduit dans ces milieux et porteur d’un projet de qualité, le fondateur d’OecuMenic fait ainsi état de ses contacts avec les ténors du Mobile et du Web, et de nombreuses personnalités qui réfléchissent à l’évolution des médias. C’est d’ailleurs dans ces hautes sphères que l’on a pris conscience qu’il existe une importante carence des valeurs sur le Web *. Notons aussi les relations d’Antoine Bordier avec les milieux artistiques.


* Alors que de nombreux blogs et sites proclament un libéralisme extrême concernant les médias, au nom d’une liberté totale d’expression, les Actualités unitariennes, loin de ce laxisme du progressisme populiste (qu'il soit de Droite ou de Gauche), ont toujours prôné au contraire une éthique responsable et un respect des autres qui est le pendant nécessaire de cette liberté. Notre rubrique « La culture Internet » souligne notre préoccupation en ce domaine (lien).


3° - son engagement dans les débats de société : le dernier bulletin (celui de décembre 2011) rend hommage à Mohamed Bouazizi,  le jeune Tunisien dont l’immolation par le feu fut à l’origine des révoltes du printemps arabe ; il donne la parole à des entrepreneurs sur la situation économique en France et en Europe ; et rappelle la manifestation contre la pièce Golgota-Picnic jouée au Théâtre du Rond-Point, à Paris *.


* Se démarquant de Civitas, pour qui cette pièce était contre le Christ et les chrétiens – ce qui est parfaitement vrai puisque le Christ  est traité de « putain du Diable » et de « messie du sida », sans oublier les autres insultes faites aux chrétiens, OecuMenic participa avec le collectif « Foi et Culture » (animé par Frigide Barjot) à une autre manifestation qui consista à déposer des roses blanches devant le théâtre incriminé, et ceci au nom tout simplement du respect des autres : « et si on se respectait ? » (OecuMenic a réalisé le film de cette manifestation, intitulé « La Marche des Roses Blanches » et diffusé sur www.oecumenic.com et sur Youtube).


« La pièce de Rodrigo García interroge le monde et ses modèles, bouscule le cours de l’Histoire et de ses mythes. Toutes mesures dépassées, il fait du Messie et de ses acolytes une proie idéale. Machine de guerre lancée contre un monde d’hyper consommation bovine, Golgota picnic met en scène une crucifixion tragique et trash. L’artiste démontre avec toutes ses armes que l’iconographie chrétienne est pour lui l’image même de la « terreur et de la barbarie » (source : présentation de la pièce sur le site Internet du théâtre).


Rappelons que le Théâtre du Rond-Point à Paris est subventionné par l’Etat  à hauteur de 5 millions d’euros par an. Rappelons aussi que les pogroms vis-à-vis de diverses minorités religieuses de par le monde ont toujours été précédés par une littérature glauque et nauséabonde, irrationnelle, complaisamment permise par des pouvoirs publics laxistes, parfois même – dans certains pays – initiée par ces mêmes autorités.


Là aussi, c’est précisément sur cette valeur de respect d’autrui au sein d’une véritable démocratie laïque que les Actualités unitariennes avaient également dénoncé cette pièce de théâtre qui joue de la provocation gratuite et délirante sur le dos des chrétiens : « Golgota-picnic et pourquoi pas Auschwitz-picnic ? », 18 novembre 2011 (lien). 


Nous rappelons ici notre conclusion : « Sans un tel travail de redéfinition des valeurs, il y aura approfondissement de la crise morale et culturelle, voire anomie sociale, hétérogénéisation et mise en opposition des valeurs et finalement éclatement du lien sociétal, chacun faisant désormais ce qu’il lui plaît et se défendant comme il le peut avec des manifestations violentes, des recours aux avocats, ou autres actions en désespoir de cause. L'Etat protège-t-il encore ses citoyens ? ».


OecuMenic est-il un nouveau souffle pour l’œcuménisme ? De toute évidence, le site OecuMenic est là pour mobiliser des énergies et créer l’événement s’il le faut. Il fait partie des initiatives libres, en dehors des hiérarchies (bien que, dans ce cas, en bonnes relations avec elles). A voir si la mobilisation des Internautes croyants suivra … Les groupes thématiques de discussion (par exemple sur Yahoo ou Google), les forums, d’une façon générale les espaces relationnelles sur les questions religions n’ont présentement guère le vent en poupe et les initiatives ne sont pas relayées à la hauteur du dynamisme de leur promoteur. En tout cas, nous ne pouvons que saluer cette nouvelle veilleuse qui s’est allumée pour rappeler le sens des valeurs humaines et la fraternité universelle.


Source : Edition spéciale de la Newsletter mensuelle de décembre 2011 d'OecuMenic, envoyée le 31 décembre 2011 à la Correspondance unitarienne.

Repost 0
Published by Actualités unitariennes - dans l'oecuménisme
commenter cet article
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 05:07

joseph_moingt.jpg"L’humanisme évangélique" par Joseph Moingt (jésuite), extraits proposés par Philippe de Briey du compte rendu d'une conférence prononcée le 27 mars 2011, lors de la rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC). Lire le texte en entier de la conférence sur le site Culture et Foi (lien).
 
(...) Je ne voudrais pas vous faire une conférence en bonne et due forme, mais vous proposer 3 pistes de réflexions. Je vous laisserai le soin de tirer vous-mêmes les conclusions des réflexions que je vais vous faire. Mais il s’agit bien de se rendre plus humains, de nous aider à avancer sur notre chemin d’humanité et que cela nous soutienne dans l’approfondissement de notre foi. Quel rapport y a-t-il entre notre appartenance à la foi chrétienne, notre volonté d’être chrétien et cette démarche d’humanité, d’humanisation, de devenir davantage homme ?  C’est cela qui sera au cœur des réflexions que je vais vous proposer. Je vais donc vous proposer 3 pistes de réflexions, réflexions que vous pourrez mener par la suite.


1 - Une  première sera de réfléchir à l’avenir du christianisme, à son présent même, à partir de ce qui se passe, en ce moment, sur la scène internationale, je veux dire à partir des révolutions arabes. Et ceci, pour nous conduire à une conception du christianisme qui serait davantage orientée vers l’éthique évangélique que vers le christianisme comme religion et pratique religieuse – éthique plutôt que religion.
 

2 - Je voudrais ensuite vous proposer une seconde piste de réflexion sur la vie du chrétien en Eglise actuellement, et cela à partir de l’idée d’un vieux philosophe grec, l’idée d’Aristote, que l’homme est un animal politique et ceci pour réfléchir à notre citoyenneté chrétienne, et sur nos droits politiques en Eglise et donc pour inviter à construire la vie en Eglise comme un espace de parole, plutôt que comme un espace rituel. Je n’ai peut-être pas à faire beaucoup d’effort pour vous inviter à cela.
3 - Et enfin une 3ème piste de réflexion  sur l’annonce de l’Evangile. Comment annoncer l’Evangile aujourd’hui, à partir de l’invitation de Vatican II dans Gaudium et spes : « C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, c’est la société humaine qu’il faut renouveler ». Et alors ceci pour nous inviter à comprendre l’Evangile, l’Evangile en tant qu’annonce, l’Evangile dans son étymologie de « bonne nouvelle», pour comprendre l’Evangile et l’annoncer en terme de sens plutôt que de salut, de salut éternel.

 1ère piste de réflexion : l’avenir du christianisme comme éthique évangélique.


 (...) Alors, qu’est-ce qui attend le christianisme sous l’horizon de la sécularisation ?
On peut dire un effondrement de la foi lorsque la foi n’est que l’assentiment aux pratiques et aux croyances communes à une société, quand la foi n’est que cela : adhésion  à un système de pratiques et de croyances de la société dans laquelle on vit. Alors, quand s’écroule le lien religieux, la tradition religieuse de cette société, la foi personnelle s’en va, parce qu’elle n’est que croyance, elle n’est qu’assentiment à des croyances communes. Et cela est surtout le cas quand des chrétiens, des individus croyants, convaincus, ont dû se libérer des autorités religieuses pour conquérir une liberté de pensée et de parole. Et cela aussi, le fait d’avoir dû lutter contre des autorités religieuses, contribue aussi à détacher les chrétiens de l’Eglise et aussi peut contribuer à les détacher de la foi qu’ils avaient confessée.


Alors, l’Eglise actuelle mise sur la re-sacralisation  de la vie en Eglise, sur la restauration des traditions. On en a eu des échos tout à l’heure dans la présentation des groupes. Ce sont des plaintes qu’on entend un peu partout quand on se promène. Un clergé nouveau, un clergé rajeuni et qui est devenu beaucoup plus traditionaliste et légaliste que le clergé que vous avez connu. (...). Donc l’Eglise actuelle mise sur une re-sacralisation, sur une restauration. A quoi cela peut-il aboutir ? A une reconquête ? (...) A mon avis, cela n’aboutira qu’à une Eglise sectaire, qui se coupera de plus en plus du monde sécularisé et donc, on va nettement vers un christianisme minoritaire.


• Quel peut être l’avenir du christianisme sous l’horizon de retrait de la religion ?
Je viens de parler d’un christianisme devenu minoritaire mais il faudrait peut-être que je corrige l’expression et que je parle davantage d’une Eglise minoritaire, parce qu’en fait, le christianisme, s’est répandu en dehors de l’Eglise. Le christianisme déborde de l’Eglise. Voilà un phénomène  dont il faut se rendre compte. J’avais lu récemment les chroniques de Touraine, le sociologue bien connu, qui n’est pas spécialement chrétien et qui s’interrogeait sur l’avenir de la société et il constatait que dans  notre société dominée par le libéralisme économique, on perdait des valeurs de solidarité, des valeurs de fraternité, toutes les valeurs qui avaient formé la société française et qui venaient d’où ? Il rappelait la devise de la République « liberté, égalité, fraternité », ce sont des idées qui venaient du christianisme, mais qui avaient mûri en dehors de l’Eglise où les autorités religieuses ne leur avaient pas donné droit de cité. Mais liberté, égalité, fraternité, solidarité, appelez-les comme vous voulez, sont des idées chrétiennes, des idées évangéliques. Mais c’est un christianisme hors religion.
Je pense qu’il y a là un patrimoine des valeurs. (...) Il y a donc là, dans ces valeurs, appelez-les républicaines, si vous ne voulez pas les appeler chrétiennes, cela ne me gêne pas, mais dans lesquelles, nous chrétiens, nous devons reconnaître l’esprit de l’Evangile.
Il y a là un patrimoine du christianisme, et, pour moi, il est devenu de plus en plus clair que la tradition chrétienne s’est répandue par deux voies. Par une voie ecclésiale, mais aussi par une voie philosophique. Il y a une tradition philosophique. Il y a un patrimoine, dont les chrétiens ne doivent pas se détourner, qu’ils ne doivent pas laisser dépérir. Et donc l’évangélisation doit être, non pas une reconquête de l’espace public, mais l’entretien de ces valeurs chrétiennes dans le monde sécularisé. En les laissant telles qu’elles sont devenues : communes, sécularisées. Il ne s’agit pas de les ramener dans l’enceinte de l’Eglise ou de vouloir leur faire porter à nouveau notre foi chrétienne. Mais nous les considérons comme des fruits du christianisme, des fruits que le christianisme a porté hors de l’Eglise, qui n’a pas su acclimater ces fruits en elle-même, et donc nous avons à les entretenir par la conversation  avec ce monde. Une évangélisation, non, pas de reconquête mais de conversation, d’entretien où nous acceptons que nos paroles de croyants chrétiens se perdent dans les sables d’un monde sécularisé pour y entretenir ces valeurs dans lesquelles, nous chrétiens, nous reconnaissons l’Esprit de l’Evangile.

 

Nous n’avons pas besoin pour autant de nous en prévaloir et de dire cela vient de nous. Non, mais nous avons à nous préoccuper de les vitaliser, et pourquoi ? Parce qu’elles sont en très grand danger. La déshumanisation pointe partout. Nous la remarquons partout. Quand nous voyons se désagréger l’Etat social, ce que nous appelons l’Etat providence, – et malheureusement, on en parle maintenant pour s’en moquer – nous voyons que ce sont des valeurs chrétiennes qui sont en train de s’émietter, de se désagréger quand elles ne sont pas ouvertement combattues parce qu’elles empêchent ceux qui sont riches de devenir plus riches encore. Donc, il faut entretenir ces valeurs et c’est là la grande responsabilité des chrétiens, qui je crois ne doivent pas confiner leur esprit chrétien à faire vivre l’Eglise, mais à faire vivre ces valeurs évangéliques qui sont dans le monde sécularisé et qui sont menacées.

 

Alors, pour cela, le problème pour nous-mêmes, chrétiens, c’est de garder la foi, puisque ces valeurs viennent de l’Evangile, elles viennent de la parole de Jésus. Et quand nous regardons l’Evangile, nous n’y trouvons pas beaucoup de religion, peut-être même n’y trouvons-nous aucune religion. Nous reconnaissons bien sûr l’institution de l’Eucharistie dans le dernier repas de Jésus qui est un repas d’amitié. (...)
Donc il n’y a pas de religion, il n’y a pas de code religieux dans l’Evangile, il n’y a pas de religion, il y a de la foi, une foi en Dieu qui passe par la foi de Jésus en Dieu.
Une foi qui n’est pas faite d’énoncés dogmatiques, il n’y a aucun  énoncé dogmatique dans l’Evangile, mais une foi qui est orientée vers une pratique humaniste.
Quelle peut être notre recherche de foi à l’intérieur de l’Eglise ? Redécouvrir à quel point Jésus a humanisé Dieu. Nous dirons que le salut est dans l’humanisation de l’homme. C’est Jésus qui en a donné l’élan en humanisant Dieu, en nous apprenant à regarder Dieu comme le Père commun de tous les hommes, en nous apprenant à honorer Dieu, non en allant dans le temple ; jamais il n’a entraîné ses disciples au temple dans des pratiques religieuses, en tout cas, l’évangile n’en parle pas. Mais il nous a invité à honorer Dieu par le pardon des offenses, par l’amour des ennemis.
Voyez : Mt 5, 41-48, Mt 6, 14-15, le Pater, le Notre Père, la première lettre de Jean 4, 8-21, où il nous dit que quelqu’un qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur. Aimer Dieu, c’est aimer son prochain, c’est le critère même de l’amour de Dieu. C’est en ce sens que Jésus a dit que le second commandement, l’amour du prochain, était égal au premier. L’amour de Dieu, dans le christianisme, passe par l’amour des autres. Il n’est pas cantonné dans le temple. Il n’est pas cantonné dans les honneurs que nous rendons à Dieu dans les églises. Il passe par l’amour des autres. Il a sa source dans la révélation de Dieu comme Père, Père universel, pas Père simplement des croyants, pas Père d’un peuple particulier, Père universel. Et Jésus nous l’a montré en fréquentant les pécheurs, en disant qu’il était envoyé aux pécheurs et aussi en poussant des pointes en direction du monde païen dans lequel son Eglise allait se développer.
 

Conclusion
D’où j’arrive à cette conclusion – il y aurait beaucoup à développer, mais c’est vous qui le ferez ensuite – comprendre le christianisme comme éthique plutôt que comme religion.
Que veux dire ce « plutôt que » ? Je ne veux pas dire « au lieu de », je ne veux pas dire remplacer la religion par l’éthique, par la morale, d’autant plus que j’emploie le mot éthique plutôt que le mot morale.
Vous avez un seul commentaire de la loi dans Mt, c’est le seul endroit dans les Evangiles où il est question de la loi. Jésus n’était pas un moraliste. Mais je dis éthique, c’est un code de mœurs qu‘il nous a donné, une invitation à inventer nous-mêmes une morale qui serait guidée par l’idée de la réconciliation, du pardon, de la fraternité, de la solidarité avec tous les autres.


Donc, je ne veux pas dire non plus qu’il faudrait réduire le rite au minimum, se contenter, par exemple, d’aller à la messe le jour de Pâques. Ce n’est pas sur ce plan quantitatif que je dis « plutôt que », mais je veux dire comprendre que le religieux chrétien, lui-même, ne fait pas abstraction de la relation à l’autre, jamais, même quand nous sommes dans des pratiques religieuses, à l’intérieur d’une église. Ce religieux-là, où l’on s’adresse à Dieu par le Christ, ne fait pas abstraction de notre lien aux autres.
Et ceci donc d’abord, parce que, l’Evangile n’est pas un code de pratique religieuse, il n’y en a pas. Mais il abonde en préceptes de justice et de charité.
Par exemple, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tu lui tends la joue gauche. On peut rire de ce précepte et on peut réagir contre, mais il est extrêmement inspirant, inspirant de la conduite. Comment va-t-on se comporter avec quelqu’un qui nous insulte. Jésus va nous inviter à aller au-devant de lui. Ça, ce n’est pas de la morale. C’est une éthique, une éthique de justice, de charité, etc. Et donc constamment l’Evangile nous invite à nous interroger sur notre comportement avec autrui. Est-ce que nous le traitons vraiment en frère, constamment ? Et que pouvons-nous faire pour aider notre prochain ?


Quand on voit le précepte que nous donne St Paul dans l’épître aux Philippiens au chapitre 2, il nous invite à imiter l’abaissement de Jésus. Qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Se soumettre les uns aux autres. Qu’est-ce que ça veut dire ? Se mettre au-dessous des autres pour les élever. Les élever même au-dessus de soi-même. Les aider à croître en humanité. Les aider à devenir davantage homme. Cela, c’est une éthique, une éthique d’aider l’autre à croître, à s’élever, une éthique qui a sa source dans l’abaissement de Jésus jusqu’à la mort sur une croix, où il s’est mis au rang des esclaves, puisque la croix était le châtiment des esclaves.
Je dirais une 2ème illustration de cette éthique évangélique. Il faudrait comprendre que le rite chrétien sacralise avant tout la relation aux autres ; parce que l’espace sacré n’est pas le temple matériel. L’espace sacré, nous le lisons, notamment dans saint Paul, c’est notre corps, notre corps individuel et c’est le corps social que nous formons les uns avec les autres.
L’espace sacré, c’est celui que Paul appelle le corps du Christ et qu’est-ce que le corps du Christ ? Eh bien, c’est l’ensemble des chrétiens qui s’unissent les uns les autres, en vue de rayonner la fraternité autour d’eux. Donc des chrétiens rassemblés par l’amour, le souvenir de Jésus. C’est là aussi où le sacrement, par excellence qui est le sacrement de l’Eucharistie, – voir dans Cor 11 le récit de l’institution de l’Eucharistie – où saint Paul nous apprend à respecter le corps du Christ. Le commentaire traditionnel c’est de reconnaître que l’Eucharistie est bien le corps du Christ, le corps individuel du Christ. Non, ce n’est pas du tout la pensée de Paul. Qu’est-ce qu’il nous dit ? Quand vous vous réunissez pour commémorer le souvenir du Seigneur, attendez-vous les uns les autres. Ne commencez pas à manger dès que vous arrivez sans vous occuper de ceux qui ne sont pas là et qui vont arriver les derniers. Attendez-vous les uns les autres. L’Eucharistie nous apprend à respecter le corps que nous formons quand nous nous rassemblons autour de Jésus.
C’est cela le corps du Christ qui se noue dans le souvenir de Jésus, son souvenir et son attente, le Christ à venir, c’est-à-dire tous ces hommes qui nous entourent, qui sont appelés eux aussi à entrer dans le corps du Christ, à former avec nous une seule et même humanité.
C’est cela la véritable compréhension du sacré chrétien. Jésus a donc sécularisé lui-même le sacré. Le sacré n’est pas le temple de pierre, le sacré c’est le corps que forme la multitude des chrétiens rassemblés au nom de Jésus et qui, là, apprennent à se conduire les uns envers les autres, en frères, pour le faire également avec ceux qui ne sont pas là, rassemblés présentement dans le corps du Christ, qui sont cependant les enfants du même Père, comme nous le sommes.


2ème piste de réflexion : la vie du chrétien en Eglise aujourd’hui

La construction de l’Eglise comme espace de vie politique, comme espace politique.

(...) la question se pose : est-ce que le chrétien jouit, dans l’Eglise, de droits citoyens comparables à ceux dont il jouit dans la société civile ? On peut se poser la question. On y répond d’ailleurs assez vite.
Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a l’inégalité qui tient à la consécration. Le pouvoir appartient aux clercs depuis l’institution de la distinction entre laïcs et clercs qui remonte au début du IIIème siècle, avec ce qu’on appelle la tradition apostolique d‘Irénée, qui n’a rien d’apostolique d’ailleurs. Mais, c’est le moment où l’on a commencé à imposer les mains à des personnes qui avaient, seules, le droit de participer à la liturgie.

 

Donc, une inégalité hommes – femmes, puisque l’Eglise ne permet pas aux femmes d’accéder à la consécration. Est-ce que cet accès à la consécration  sacerdotale serait le seul moyen de rétablir des droits politiques dans l’Eglise ? A vous encore d’y réfléchir. Mais il est certain que l’inégalité homme – femme devient de plus en plus choquante dans un monde dont l’évolution se caractérise, inversement, par la participation de plus en plus grande des femmes à tous les échelons du pouvoir, du pouvoir politique comme du pouvoir industriel. Donc, au regard du monde sécularisé, le chrétien ne jouit pas, dans l’Eglise, des prérogatives et des libertés qui sont considérées comme constitutives des droits humains dans le société civile. Le chrétien n’est pas un individu majeur. Il est encore mineur. La femme encore plus. Et cela contribue très fortement à la séparation du monde et de l’Eglise, et contribue très fortement à la perte de crédibilité du langage théologique. Et même quand nous considérons les très belles avancées de Vatican II, en direction du monde moderne, il est certain que ces avancées sont réelles, très réelles, mais que le langage de l’Eglise n’est pas crédible, vu qu’elles ne sont pas appliquées à l’intérieur de l’Eglise, qu’il n’y a pas de liberté de parole dans l’Eglise, que les fidèles ne participent pas à l’organisation de la cité chrétienne, de la cité ecclésiale et que les femmes sont traitées à inégalité avec les hommes. (...)

Comment reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ? Je vous laisserai encore, là, le soin d’y répondre vous-mêmes. Comment les chrétiens peuvent-ils arriver à tenir une parole responsable dans l’Eglise ?   Comment faire ? (...)

Donc les chrétiens peuvent revendiquer le droit d’exercer la responsabilité de leur « vivre ensemble » en l’Eglise. Et aucune autorité religieuse ne peut les empêcher de prendre la responsabilité de leur « être chrétien » dans le monde, de leur « être avec les autres » dans le monde. (...) Comment vivre la vie de l’Eglise dans des communautés de partage de la parole évangélique ? (...) transformer de plus en plus la vie en Eglise, non pas en réunions cultuelles mais en communautés de partage de la parole évangélique. Ce partage incluant le partage du pain, comme ça se faisait au début de l’Eglise. Partager la parole, c’est ainsi que, peu à peu, les fidèles pourront prendre et exercer des droits de citoyenneté dans l’Eglise.
 

Il y a là, donc, un vaste champ de réflexion en se disant et en essayant de faire comprendre aux autorités de l’Eglise, que l’Eglise ne sera respectée dans le monde que dans la mesure où elle apparaîtra, elle-même, comme un espace de vie et de liberté politiques. Tant qu’elle n’apparaîtra pas ainsi, alors elle apparaîtra comme une secte religieuse où c’est le rite qui domine tout. La chance de l’Eglise de répandre l’Evangile dans le monde, c’est de montrer, elle-même, qu’il y a, dans l’Eglise, une liberté de parole, d’échange de parole, de construction d’une parole chrétienne.


3ème piste de réflexion : annoncer l’Evangile en terme de sens de la vie humaine.

• Sens ou salut ?
C’est une question qu’on doit se poser quand on cherche dans quels domaines pourrait s’exercer le droit des fidèles à une parole responsable. Faut-il la définir par l’accès au salut  ou par l’accès au sens que l’Evangile donne à la vie humaine ?


Si nous voulons la répandre comme un accès au salut éternel où l’épiscopat dira : l’accès au salut éternel vient directement de la révélation, dont le dépôt nous a été confié à nous, évêques. (...) quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Grave question que nous pouvons nous poser. Où situons-nous notre foi, de préférence ?  Dans le salut ou dans le sens ?
Un historien du 18ème siècle faisait remonter la perte de vitalité des Eglises au 18ème siècle, à ceci que l’Eglise ne savait que parler des fins éternelles, spécialement en inspirant la peur, à une époque où les gens commençaient  à s’intéresser de plus en plus aux fins temporelles.
 

Est-ce que l’Eglise s’intéresse aux fins temporelles ? Est-ce que notre foi chrétienne est intéressée à définir, à déterminer les fins temporelles qui évoluent, bien sûr toujours, à travers le temps et l’espace ?
Deuxième petite anecdote : avant-hier,  j’écoutais, la nuit, un débat sur France Culture où il y avait des sociologues de la religion qui débattaient autour d’un sondage d’opinion qui a du être publié hier ou avant-hier par le journal « La Croix », sur la pratique chrétienne tombée à 5%. Des sociologues disaient « l’Eglise ne sait que parler en terme de salut, ça n’intéresse plus personne ». Ils pensaient au salut – la vie éternelle – la vie dans l’au-delà ; on a le temps de voir. Moi je n’ai plus grand temps ! Ils demandaient pourquoi ne s’intéresse-t-on pas à la recherche du sens ? Est-ce que l’Eglise est capable de parler en terme de sens, le sens de la vie conjugale, le sens des affaires, le sens de l’économie : où va l’économie, le sens de l’histoire, l’accueil des étrangers etc… parler en terme de sens ?
Une question à laquelle vous pourrez réfléchir : est-ce qu’un discours du sens pourrait se substituer, chez les chrétiens, au discours du salut ? Je ne dis pas l’éliminer, mais en prendre la place. Est-ce qu’un discours du sens pourrait se présenter comme un discours du salut ? Ou, en termes inverses, présenter le discours du salut en terme de sens ?


• C’est là où je voudrais dire, 2ème point, qu’un discours du sens a bien été tenu au Concile Vatican II.
 (...) Quelle est la nouveauté de Vatican II ? Pour moi, la grande nouveauté de Vatican II, c’est bien «Gaudium et Spes » où l’Eglise a reconnu toutes les libertés que, depuis 2 siècles, s’était donné le monde sécularisé contre l’Eglise. Toutes ces libertés que l’Eglise du XIXème siècle n’avait pas cessé d’anathématiser et de repousser, comme le droit, notamment très caractéristique, à la liberté de la foi, le droit à la liberté de parole. Vatican II a salué la dignité de la personne humaine. Il a voulu tenir au monde un langage nouveau. Il a dit que l’Eglise voulait se mettre au service du monde pour aider le monde à se procurer les biens auxquels il aspirait, qui sont des biens temporels, des biens spirituels. L’Eglise s’intéressait aux fins temporelles de l’Humanité, enfin, enfin ! Pas uniquement aux fins éternelles. L’Eglise commençait là, à Vatican II, à  insérer le salut dans la recherche du sens. C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut renouveler. Alors, bien sûr, le Concile parle encore en terme de salut : « qu’il faut sauver », mais la référence au renouvellement de la société humaine montre bien qu’il dépassait le salut religieux tel qu’il est compris par la pratique religieuse ou des croyances religieuses. Il montrait bien qu’il s’agissait de repenser et de renouveler la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs le titre de l’exposé préliminaire de ce document intitulé « Gaudium et Spes », c’est-à-dire «l’Eglise dans le monde de ce temps ». Donc il s’agissait du sens de l’histoire, s’intéresser à la condition humaine. C’était donc une invitation adressée à tous les laïcs chrétiens, ceux qui participent le plus directement à la vie dans le monde. L’invitation adressée à ces laïcs, à tenir à leurs concitoyens du monde, un discours du sens, inspiré par l’Evangile. Alors, ce discours du sens peut-il vraiment être tenu comme un discours de salut devant Dieu, de salut éternel ?  C’est la réflexion à laquelle je m’attache en ce moment, en tant que théologien. Pour moi, c’est la parole que l’Eglise doit tenir. Elle ne peut pas tenir une parole universelle si elle se contente de dire : revenez adorer Jésus Christ dans nos églises. Si elle veut inviter les hommes vraiment au salut, et bien, il faut tenir un discours du sens.


Mais quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Pour moi, et là, je prends position comme théologien, cela est lié au rapport entre l’ordre de la création et l’ordre du salut. Qu’est-ce que Dieu veut sauver ? Pour moi, Dieu ne veut pas sauver des individus. Dieu veut sauver l’Humanité comme totalité. (...)
Que veut Dieu ? Le salut pour lui, c’est celui d’une Humanité réconciliée, puisque Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, dit saint Paul (2 Cor 5,19). Et Paul dit que, dans le Christ, est apparue une nouvelle création (2 Cor 5,17). La création nouvelle, la création qui se fait dans le Christ, c’est l’Humanité rassemblée dans le pardon mutuel, rassemblée dans la fraternité, unifiée à l’image de Dieu.

 

Donc, tout ce qui va dans le sens de l’humanisation de l’homme, de l’humanisation de la nature, de l’humanisation de la société, de l’humanisation de l’économie etc., tout ce qui va dans le sens de la réconciliation des hommes entre eux, des classes sociales entre elles, des riches et des pauvres, des peuples entre eux, tout ce qui va dans ce sens, le sens de la paix, de la fraternité, de la réconciliation, tout cela va dans le sens du salut.
Qu’est-ce que Dieu veut des hommes ? Qu’ils s’aiment les uns les autres. Qu’ils se pardonnent mutuellement leurs offenses. Voilà la seule loi du salut que Jésus nous a donnée et, c’est ainsi que Dieu, au terme de l’histoire, appelle l’Humanité à entrer dans son bonheur, dans sa béatitude. L’Humanité sauvée, c’est une Humanité réconciliée et cette réconciliation se fait dès maintenant quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme. Quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme, nous travaillons au salut de l’Humanité.
 
A lire : « Croire quand même – Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme », Joseph Moingt, Ed. Temps Présent, coll. « Semeurs d’Avenir », novembre 2010, 248 pages, 19 €.

Repost 0
Published by Jpseph Moingt - dans épîtres d'aujourd'hui
commenter cet article
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:53

it-s-a-girl.jpg

 

Selon les évangiles, Jésus eut des frères (qui eux sont nommés) et des soeurs (qui elles ne sont pas nommées) (Mt 13, 55-56 et Mc 6, 3), that is the difference ! De sexe féminin, le Petit Jésus n'aurait donc même pas été nommé ! Or, pas de Petit Jésus, pas de christianisme, et pas de christianisme pas d'islam non plus car Muhammad a embrayé sur le messianisme christique ; la face du Monde en aurait été assurément changée.

 

Fort heureusement, les exégètes déconstructivistes (des bobos savants qui systématiquement mettent en doute tout ce qui est écrit jusqu'à présent sans prendre le temps de reconstruire derrière eux ; un peu comme Attila chef des Huns), nous expliquent doctement (car ce sont les docteurs de Loi d'aujourd'hui !) que peu importe puisque ce sont les premiers chrétiens qui ont tout inventé comme de braves romanciers (bien dommage qu'il n'y avait pas à l'époque de prix Goncourt et compagnie car ils auraient à coup sûr raflé tous les prix, un tas de bons prix !). Bref, toujours selon eux, on n'a pas même pas besoin que Jésus soit né car çà a roulé tout seul, sans lui, grâce à la crédulité des gens de l'époque, grâce aussi - paraît-il - à un excité imaginatif nommé Paul de Tarse, éminence grise ! Et puis, le pape lui-même nous dit que, somme toute, c'est le Jésus de la foi qui compte (qui conte !) et non point le Jésus historique. Foin donc des études et vive le spirituel religieux !

 

A contre courant, certains unitariens français, plutôt besogneux et du genre glébeux, s'entêtent comme des bénédictins ! Ils vous souhaitent de bonnes fêtes de fin d'année, du solstice d'hiver à la Noël, avec deux (gros !) dossiers (eh oui ! c'est à lire !) : l'étude des Nativités, soit déjà 9 articles mis en ligne sur le site des Etudes unitariennes (lien), à partir des concepts de ré-incarnation (de héros historiques) et d'incarnation (du Logos, de Dieu) ; et puis un historique des fêtes de la Noël avec le sapin aryen des Perses et de Mithra, un saint Nicolas qui se ballade chez les gnomes d'Europe du Nord puis aux Etats-Unis à bord d'un bâteau espagnol, sans oublier bien sûr le Petit Jésus placé dans sa crèche par saint François d'Assise (sur le site de notre Eglise, à la rubrique "nos fêtes, cérémonies et rituels", avec déjà 8 articles, lien).

 

Bonnes fêtes de fin d'année et bonnes lectures !

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans le temps des évangiles
commenter cet article
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:01

Le trimestriel « Alternatives Non-Violentes » (lien) a été fondé en 1973, avec pour but de faire connaître dans les milieux intellectuels la pertinence de la non-violence et de ses modes d’actions qui se manifestent lors de luttes en Europe ou ailleurs dans le monde. C’est pourquoi cette revue traite chaque trimestre d'un thème précis, où sont analysés les mécanismes de la violence et approfondies les dimensions culturelles, psychologiques et politiques de la non-violence, toujours en relations avec des luttes de résistance. La revue fait collaborer des militants, des universitaires et des chercheurs : philosophes, théologiens, politologues, historiens, psychologues, économistes, journalistes, etc. Alternatives Non-Violentes est agréablement illustré.


Les numéros de la revue Alternatives Non-Violentes, n’étant pas liés à l’actualité immédiate, restent longtemps des outils précieux pour la réflexion et la formation. Alternatives Non-Violentes est une revue de référence dans le monde francophone. Les derniers numéros ont été consacrés aux thèmes suivants : « Tolstoï, précurseur de la non-violence », « L’autorité à l’école », « La domination masculine » (n° 155), « La non violence en marches … de Gandhi à demain » (n° 156), « Le désarmement nucléaire unilatéral de la France » (n° 157), « La colère, qu’en faire ? » (n° 158), « L’exercice du pouvoir : la tension du compromis » (n° 159), « Désobéir par éthique professionnelle » (n° 160). Chaque n° est vendu à 12,50 € ; l’abonnement annuel (4 numéros) est à 37 €. Chèque à l'ordre de la revue et à adresser à : ANV Centre 308, 82 rue Jeanne d’Arc, 76000 Rouen.


Les auteurs suivants ont écrit dans la revue : Olivier Abel, Michel Aucouturier, Marie-Christine Blandin, François Brune, Suzanne Citron, Marie-Agnès Combesques, André Comte-Sponville, Bernard Dréano, Isabelle Filliozat, Jean-Claude Filloux, Guillaume Gamblin, René Girard, Étienne Godinot, Christine Laouénan, Serge Latouche, Élisabeth Maheu, Christian Mellon, Fabienne Messica, Olivier Mongin, Florence Montreynaud, Jean-Marie Muller, Hervé Ott, Bernard Quelquejeu, Alain Refalo, Christian Robineau, Frédéric Rognon, Hans Schwab, Jacques Semelin, Michel Serres, Serge Tisseron, François Vaillant, Patrick Viveret, etc.


alternative_non_violente_158.JPG

 

Lire dans les Etudes unitariennes le texte de François Vaillant, rédacteur en chef de la revue, écrivain et théologien, sur le récit de Jésus (dans les 4 évangiles) chassant les vendeurs du Temple de Jérusalem, paru dans le n° 158 "La colère, qu'en faire ?" (lien)

Repost 0
Published by d'après un message de François Vaillant - dans la non-violence
commenter cet article
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 02:37

"UN DIOS PRESENTE EN LA NATURALEZA. ESTUDIOS SOBRE TEOLOGÍA Y FILOSOFÍA EN LA OBRA DE MIGUEL SERVET" (Dieu présent dans la Nature. Etudes sur la théologie et la philosophie dans l’œuvre de Michel Servet), par Rafael BERMUDO DEL PINO, 2011, Ed. IFC et Instituto de Estudios Sijenenses "Miguel Servet" (Michael Servetus Institute), 228 p., 20,00 € (lien)


présentation de l’éditeur (traduit en français par Jean-Claude Barbier) :


La présente étude expose et clarifie le côté plus spécialement théologique et philosophique de la pensée de l’humaniste né à Villanueva de Sijena (Huesca), Miguel Servet. La création de l'univers et des entités naturelles, le rôle que jouent dans cette cosmogonie la trinité divine, la nature de l'âme humaine et la théorie de la connaissance de l'auteur sont quelques aspects qui sont abordés en détail. Mais, peut-être, plus significatif encore, est de souligner comment Servet voit l’empreinte, la marque, le symbole de la divinité dans toutes les créatures, ce qui donne une idée de leur lien intime avec le Créateur. Peu importe l'adjectif qui peut être utilisé pour caractériser cette théorie, pour certains un exemple subtil de panthéisme, l’essentiel est que nous rencontrions, dans cet exposé de Servet, une vision, qui peut être nouvelle et inspirante pour beaucoup, de concevoir la présence réelle de Dieu dans le monde.


Sergio Baches Opi, promoteur général de l’Institut Miguel Servet, message du 17 décembre 2011 (traduit en français par Jean-Claude Barbier)


michel servet rafael bermudo del pinoLa théologie et la philosophie de Michel Servet ont toujours été présentées comme faisant partie de la pensée «alambiquée» et «complexe» de l’humaniste aragonais, qualificatifs qui ont servi de prétexte pour justifier un traitement souvent biaisé et superficiel de son œuvre.


Pendant des années, l'Instituto de Estudios Sijenenses " Miguel Servet " (Michel Servet Institute) ® a comme l'un de ses principaux objectifs de promouvoir, directement ou en collaboration avec d'autres institutions, la publication d'études qui permettent, avec rigueur et un bon niveau didactique, d’approcher la théologie de Michel Servet et sa vision cosmologique, tout en s’adressant à un public non spécialisé grâce à un projet éditorial à moindre coût et d'une vulgarisation pertinente.


Rafael Bermudo del Pino est docteur en philosophie à l'Université de Séville, et depuis 2007 conseiller titulaire de l'Instituto de estudios sijenenses «Miguel Servet». C’est un grand connaisseur de la théologie de Servet, dont la profondeur de l’analyse et de la réflexion s’est manifesté dans une thèse universitaire. Le livre se compose essentiellement de deux parties. La première fournit une analyse détaillée des fondements de la pensée théologique de Servet. Il consacre une attention toute particulière à expliquer pourquoi, pour Servet, il était si important d’expliquer son interprétation du dogme de la Trinité et l'ajustement de ce mystère dans le plan divin de la création de l'univers.


La notion du Dieu éternel et créateur, son incarnation dans le Christ et la raison de cette manifestation humaine, ainsi que l’action essentielle de l’Esprit sous la forme d’air nécessaire à l’animation des êtres vivants et aux éléments naturels, sont expliqués avec simplicité. Comme le souligne l'auteur, pour Servet, ils font tous partis d'un plan divin qui souligne l'importance du Christ comme le mode principal et le plus parfait de la manifestation de la sagesse divine et l'archétype de toutes les choses créées.


Dans la seconde partie de son livre, Rafael Bermudo décrit comment cette sagesse éternelle, composée d'idées et de lumière, que nous appelons Dieu, crée le monde. Pour Servet, Dieu est le grand «producteur d’essence» ; celui qui communique son essence à toutes choses créées dans la nature et, en cela, on peut en conclure qu’elles participent toutes de l'essence divine.


Il ne fait aucun doute que, de cette cosmologie humaniste, on peut extraire des enseignements actuels de grande portée si on la relie au comportement – parfois irresponsable – de l’individu dans son environnement humain et naturel. Le traitement critique de l'accusation de «panthéiste» dont est traditionnellement accusé Servet est également brillant.


L'Instituto de estudios sijenenses "Miguel Servet " tient à souligner l'importance de cette publication et à remercier le Dr Rafael del Pino Bermude de ses efforts et de son dévouement à une œuvre qui est destinée à devenir un livre de référence pour quiconque veut entrer plus en avant dans la pensée originale et passionnée de cet humaniste si engagé dans la raison et la recherche de la vérité. Preuve de la pertinence de ce livre, le défi que notre Institut s’est lancé pour aboutir à sa prochaine traduction en anglais et en français dans un délai raisonnable.

 

ajout du 19 décembre 2011 - voir à ce sujet l'article de Fabien Girard sur son blog Liberté de croyance et anti-trinitarisme autour de Michel Servet et Sébastien Castellion, en date du 1er mai 2009 (lien) : " Quel panthéisme pour Michel Servet ? ", avec de larges citations de Roland H. Bainton (1953) - Michel Servet, hérétique et martyr 1553-1953 ; Georges Haldas (1975) - Passion et mort de Michel Servet ; et Pierre Domeyne (2008) - Michel Servet au risque de se perdre.

Repost 0
Published by d'après l'Instituto de estudios sijenenses "Miguel Servet" - dans à propos de Michel Servet
commenter cet article
17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 14:48

hlm.jpeg" Énigmatique Frère Roger ! " par Philippe Liesse. Texte publié par l'association Hors-les-Murs HLM (membre du réseau Pour un autre visage de l'Eglise et de la société PAVES, lien) dans le bulletin commun de ce réseau de PAVES (n°29, décembre 2011) ; reproduit ici avec l'autorisation de HLM et de l'auteur.


La littérature n’est pas en reste à propos de Frère Roger (1915-2005), le fondateur de la communauté de Taizé. C’est un personnage emblématique, un personnage charismatique, « père spirituel de notre temps » selon les propos du cardinal Kasper à l’occasion de ses funérailles.


frere_roger.jpgLe livre d’Yves Chiron * vient combler une lacune, celle d’une biographie fouillée. Ce travail, qui a engendré des réactions positives, mitigées ou négatives, permet en tout cas d’aller au-delà d’une certaine légende pour découvrir un homme à l’itinéraire spirituel étonnant et questionnant.

* paru aux éditions Perrin (Paris), dans la collection "Bibliographies", en février 2008, 414 p.


Frère Roger a des origines familiales qui ont pour le moins baigné dans le religieux. Son grand-père maternel, Louis Marsauche, était entré au séminaire en 1866. Il le quitta, après avoir été ordonné au sous-diaconat, car il refusait le dogme de l’infaillibilité pontificale proclamé en 1870. Il rejoignit l’Église vieille catholique et fut ordonné prêtre à Bonn par le premier évêque vieux-catholique allemand, Mgr Reinkens.


Du côté paternel, la dimension religieuse était tout aussi présente. Le père de Roger, Charles Schutz, fils unique d’un pasteur réformé, soutint sa thèse de licence en théologie à la faculté de Neufchâtel en 1902, et fut consacré pasteur pour l’Église nationale . Il restera pasteur de cette Église durant toute sa vie, même si son fils Roger sera plus tard étudiant en théologie dans la Faculté de l’Église évangélique libre.


En 1911, la famille Schutz s’installe au presbytère de Provence, un petit village qui domine le lac de Neuchâtel. C’est là que Roger y verra le jour, le 12 mai 1915. Il y connaîtra une enfance heureuse, marquée par la proximité avec la nature, les promenades dans les prés et la forêt : « La vie au jardin était poétique. J’aimais beaucoup suivre les saisons » .


Sa grand-mère, Louise Marsauche, occupa une place très importante dans la vie de Roger. Veuve en 1912, elle vint s’installer à Provence en 1919. C’est à ce moment qu’elle commença à fréquenter une église catholique, par esprit de réconciliation entre les chrétiens qui s’étaient entretués durant les quatre années de guerre. Cette intuition a manifestement marqué Frère Roger qui n’hésitera pas à écrire plus tard : « Cela a dû me donner dès l’enfance une âme catholique » (p. 23)


De son éducation, Frère Roger aimera citer la douceur de sa mère et l’autorité de son père. Il parlera de sa mère comme d’un témoignage de la joie et de la bonté du cœur. A propos de son père, il fera plutôt référence à sa sévérité et à son rigorisme auxquels il répondait par une obéissance qui ressemblait à de la soumission aveugle : « Jamais je ne me dressais contre sa manière de voir, jamais je ne protestais. Plus tard je l’ai compris : là aussi je me forgeais » (p. 25)


C’est à l’âge de 12 ans que Roger découvre, à travers la lecture de Port-Royal, ce qu’est une vie religieuse communautaire. Si les principales caractéristiques du jansénisme sont la rigueur et la résistance à Rome, Roger est fortement marqué par la vie des religieuses : « Si ces quelques femmes, peu nombreuses, […] ont eu un tel rayonnement d’Évangile, quelques hommes, réunis dans une communauté, ne le pourraient-ils pas aussi ? » (p. 29)


Élève au collège de Moudon, il fut troublé dans sa foi par un professeur de sciences, partisan des théories de Darwin. Comment croire encore en un Dieu créateur du monde ? Mais surtout, même si on ne met pas en doute son existence, comment pouvoir vivre une communion avec Lui ? Mais cette période d’incrédulité ne l’a pas enfermé dans l’agnosticisme, elle n’a fait qu’attiser sa soif de comprendre.


Il sera étudiant en théologie à la Faculté libre de Lausanne dans un premier temps, et ensuite il rejoindra la Faculté protestante de Strasbourg. La déclaration de guerre de 1939 vint bouleverser la vie, dans toutes ses dimensions. Le milieu étudiant que fréquentait Roger Schutz était surtout en recherche d’un resserrement des liens : « Nous découvrions une préoccupation commune […] : notre solitude, l’état d’isolement qui nous menaçait. Son rêve communautaire commençait à se former : tenter de former une communauté vivant dans le monde, où chaque membre fut lié par sa foi en Christ et par son adhésion à certaines règles. » (p. 29).

 

taize arrivee

Ce fut, un peu par hasard, la découverte du petit village de Taizé, des allers- retours entre la Suisse et la France, la consécration pastorale dans la collégiale de Neufchâtel. En 1944, Roger et ses amis reviennent à Taizé pour s’y installer et vivre dans la prière, le travail manuel et la communauté de biens.


Cette vie communautaire ne sera pas un long fleuve tranquille. Frère Roger, toujours en recherche, toujours en questionnement, va maintenir des relations privilégiées avec les différentes Églises, et en particulier avec l’Église catholique. Ce lien privilégié va parfois énerver le protestantisme d’origine des premiers frères de Taizé qui n’hésite pas à parler de catholicisation rampante. Mais, quand Frère Roger parle de l’Église une et catholique, « il ne désigne pas l’Église catholique romaine, mais l’ancienne Église catholique indivise, tronc commun d’où sont issues, par de tragiques séparations, les diverses branches que représentent l’Église catholique orthodoxe, l’Église catholique romaine, l’Église catholique anglicane, l’Église catholique réformée. De tels propos conduisirent certains de ses interlocuteurs catholiques à se méprendre sur son attirance pour le catholicisme. » (p. 108).


L’ambiguïté ne sera cependant pas levée, et elle persistera par la suite. Frère Roger et Frère Max Thurian participeront au Concile Vatican II, en tant qu’observateurs, et ils noueront de solides amitiés, notamment avec Helder Camara, Yves Congar, Jean XXIII, et plus tard Paul VI. Il est vrai que l’Église catholique conciliaire et post-conciliaire était attirée par l’audace et le renouveau prometteur de Taizé. Mais cela ne veut pas dire que les relations entre Taizé et Rome furent toujours au beau fixe. Il en est pour preuve l’essai d’implantation d’une communauté franciscaine à Taizé qui avorta après une brève expérience de huit ans (1964-1972).


Mais si Taizé séduit un certain monde catholique, les critiques vont s’amplifier. Elles vont s’agglutiner autour du problème de l’intercommunion. Frère Roger ne cessera de réclamer que Rome autorise l’intercommunion, au grand dam du monde protestant et du journal Réforme en particulier, dans lequel son directeur, le pasteur Finet écrivit : « Je dois bien dire que la liturgie de Taizé, dont j’apprécie l’esthétique et la beauté formelle, me détournent parfois de l’unique chose nécessaire. […] Je ne suis pas toujours convaincu que la pensée théologique de Taizé s’appuie uniquement sur l’Écriture sainte. » (p. 225)


En réponse aux critiques qui s’amoncellent, Frère Roger va répliquer que Taizé a toujours renoncé à créer une nouvelle Église : « À plusieurs reprises […] nous avons été sollicités à constituer une nouvelle Église. Mais une telle création aurait fait mentir notre recherche de réconciliation, notre passion de l’Église et de la vocation œcuménique. » (p. 298). Cependant, la conversion au catholicisme de Max Thurian et son ordination secrète vont provoquer des troubles au sein même de la communauté. Frère Roger et la plupart des frères de Taizé ressentiront très douloureusement cet événement. Frère Roger et Frère Max avaient écrit ensemble en 1946 : « Tout passage d’une Église à l’autre […] compromet le plus souvent la marche des Chrétiens vers l’unité. » (p. 344) On ne peut que se rappeler encore cette confession de foi de Frère Roger, prononcée à maintes reprises et malheureusement peu soulignée : « Pour ma part, à la suite de ma grand-mère, sans pour autant être un symbole de reniement pour quiconque, j’ai trouvé ma propre identité en réconciliant en profondeur le courant de foi de mes origines protestantes avec la foi de l’Église catholique. » (p. 327)


Le questionnement sur l’appartenance ecclésiale de Frère Roger va aller croissant d’autant plus que le monde entier le verra, à la télévision, communier aux obsèques de Jean-Paul II.


Ici, malheureusement, le biographe ne fait que citer l’une ou l’autre réaction qui ont la fâcheuse tendance de prendre le même chemin. Celui-ci peut se résumer dans la réponse apportée par le cardinal Kasper : « Frère Roger était "formellement catholique" » !


Ce n’est pas l’avis de Frère Aloïs, actuel prieur de Taizé, s’exprimant dans le journal La Croix du 13 avril 2008 : « Non, Frère Roger ne s’est jamais converti formellement au catholicisme. S’il l’avait fait, il l’aurait dit, car il n’a jamais rien caché de son cheminement. La démarche de Frère Roger n’a pas été comprise par tous, mais elle a été accueillie par tous ceux avec lesquels Frère Roger a patiemment construit une confiance au long des années. »  


Il reste que le travail d’Yves Chiron est impressionnant. Roger Schutz n’est pas idéalisé ou modélisé. Il est un personnage attachant, énigmatique, parfois troublant, d’une foi dynamique et remplie d’espérance. Un grand spirituel qui a les deux pieds sur terre. Certaines de ses approches théologiques peuvent poser question, comme celles de la présence réelle ou de la primauté de Pierre. La plus belle réponse était peut-être celle de Hans Küng, répondant aux frères Roger et Max qui lui demandaient, à Rome au moment du Concile, ce qu’ils devaient faire : « Rester tout bonnement protestants. » (p. 183).

Repost 0
Published by Philippe Liesse - dans interfaith
commenter cet article
17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 01:52

Plein Jour

L'association Plein Jour, qui regroupe des femmes vivant avec des prêtres catholiques, mais aussi des prêtres mariés, en est à son 15ème bulletin (décembre 2011 et tout scintillant pour la Noël), toujours d'une très grande densité et consistant (28 p. pour ce dernier numéro). Des témoignages, toujours très émouvants, des histoires de prêtres virés pour concubinage notoire (le dernier en date étant Rémi Bouriau, depuis le 29 août 2011 sur décision de l'évêque de Nantes), l'historique du célibat dans l'Eglise, etc.


Les bulletins, trimestriels, sont sur le site de l'association ( lien), mais aussi sur le site de partage http://ISSUU. Rechercher : "Plein Jour 15 A ", puis "Plein Jour 15 B". Il peut aussi être envoyé aux destinataires en format Word. La cotisation annuelle à l'association est de 15 euros. En prime, les bulletins sont agrémentés de dessins de Piem.

 

un peu d'histoire :

 

noel_au_couvent-copie-1.jpegSaint Augustin, contrarié étant jeune par une première liaison qu'il ne put prolongé du fait du refus de sa mère car la femme en question n'était pas de rang social suffisant, semble avoir eu un rapport au sexe assez complexe. Les manichéens, dont il était adepte, prônaient l'ascèse et le refus de la procréation ; prônaient même, pour certains, un idéal de virginité ; mais, paradoxalement, ils approuvaient le plaisir sexuel. Devenu chrétien en 386, il va changer du tout au tout : la relation sexuelle n'est permise que si elle aboutit à la procréation ; elle est déconnectée du plaisir et toute prudence contraceptive est (déjà !) condamnée. L'acte conjugal peut même conduire au péché mortel en cas de jouissance excessive (sic !).


Jusqu'en 500, le mariage des prêtres ne faisait guère problème, du moins pouvaient-ils continuer de s'occuper de leur famille si leur union était antérieure à leur ordination, mais la réforme grégorienne promulgée en 1073 par Grégoire VII met fin à cette tolérance. Il y aura toutefois des prêtres mariés jusqu'en 1450. Le Concile de Trente, en 1545, prenant le contre pied des Réformes protestantes, qui, elles, rétablissent le mariage pour le clergé et condamnent la vie monastique, va de nouveau serrer la vis.

Pour en savoir plus, voir l'article de l'historien Pierre Pierrard "Célibat ecclésiastique ; historique" (sur le site) et, par Jean Combe "Augustin engendre le péché originel" (bulletin n° 15).

Repost 0
Published by Actualités unitariennes - dans catholiques libres en action
commenter cet article

Articles Récents