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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 02:07

LesPiedsDansLeBenitier.pngLes Pieds dans le Bénitier, par Anne SOUPA et Christine PEDOTTI, paru en novembre 2010 aux Presses de la Renaissance.

 

 

Suite à la malheureuse phrase « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, mais d’avoir quelque chose dans la tête », prononcée à la radio en novembre 2008 par l'archevêque de Paris Mgr André Vingt-Trois, Anne Soupa et Christine Pedotti ont créé au départ le « Comité de la jupe », puis par la suite, la « Conférence catholique des Baptisé (e) s Francophones » (CCBF), dont le site (lien) est régulièrement alimenté par des articles de réflexion, en liaison avec l'actualité religieuse, et enrichi par de nombreux commentaires.

 

Elles ont décrit leur cheminement ainsi que les motivations et les objectifs de leur action dans le livre « Les pieds dans le bénitier », qui a eu un grand succès et a permis de médiatiser leur engagement. Mêlant citations bibliques, références théologiques et phrases-choc, les deux essayistes dressent le portrait d’une Église catholique à bout de souffle.


Fortes d’un travail approfondi sur le baptême, elles revendiquent pour tous les laïcs une entière liberté de parole et de pensée : « Il ne s’agit pas d’obéir au pape, à son directeur spirituel ou au Catéchisme de l’Église catholique, il s’agit de nous laisser ajuster, modeler par la parole de Dieu. » Ce constat posé, sévère mais toujours argumenté, Anne Soupa et Christine Pedotti exposent leur objectif – « veiller au maintien d’un catholicisme à la fois critique et ouvert » – et la stratégie de la CCBF : « Ni partir, ni nous taire. Ne rien demander et espérer tout. »

 

présentation de Christine Pedotti par elle-même, sur le site de la Conférence catholiques des baptisés de France (CCBF) :


Je suis catholique, comme mes ancêtres, nés les uns dans l’âpre terre ardennaise, les autres dans le nord de l’Italie. Il paraît même que l’un des Italiens fut un célèbre garibaldien. De l’enfance à aujourd’hui, l’Église catholique a toujours été ma maison, mon héritage. Cet héritage, je l’ai reçu comme un cadeau et je me sens heureusement redevable de ce que j’ai reçu ; une foi qui fait tenir debout sur la Terre, la certitude d’être aimée au-delà de tout mérite, et la conviction que cette joie est à partager.

J’ai eu des engagements pastoraux, en catéchèse d’abord, puis comme responsable des aumôneries du Quartier Latin, et j’ai reçu une formation théologique dans la cadre de la Formation des Responsables du diocèse de Paris.

J’ai aussi fait des études d’histoire et de sciences politiques. J’ai découvert que j’avais le goût de l’écriture en participant à la création du journal Grain de Soleil. Puis en concevant et écrivantThéo Junior, j’ai découvert ma vraie passion professionnelle et je suis devenue éditeur. J’ai dirigé le département religieux des éditions Fleurus-Mame pendant 13 ans et j’ai aussi créé des livres pour la jeunesse non-confessionels, comme de « Le Dico des Filles ». J’ai toujours continué à écrire, principalement pour la jeunesse, toute la série « Théo » et quelques autres ouvrages, et plus récemment, j’ai publié, avec un ami, un polar, « La longue patience du sanglier », qui est un hommage à ma terre natale.

Et aussi, et surtout, je suis mariée depuis 28 ans avec un type formidable qui semble adorer mes enthousiasmes et mes passions, et qui les accompagne.

 

Le comité d’animation de « Croyants en Liberté pour une Eglise du dialogue", contact Georges Heichelbech, 24 rue des Cigales, 57200 Sarreguemines ( courriel), organise une journée avec Christine Pedotti : "Les pieds dans le bénitier Comment promouvoir la culture du débat dans l’Eglise ? Cette rencontre se déroulera au foyer Sainte-Constance à Metz de 9 h à 17 h, le Samedi 14 janvier 2012


Alors que bon nombre de personnes préfèrent quitter l’Eglise plutôt que d’y rester, en disant que c’est peine perdue de vouloir la réformer, Christine Perotti nous dira pourquoi a-t-elle choisi d’y rester, de ne pas se taire et qu’espère-t-elle, pour elle-même, pour les générations futures et pour la Conférence catholique des Baptisé (e) s Francophones ?

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Published by Croyants en liberté à Metz - dans communautés religieuses en débat
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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 00:54

Depuis les années 1990, les 144 paroisses unitariennes de Transylvanie, en Roumanie, ont trouvé des congrégations partenaires aux Etats-Unis et au Canada (au total pas moins 161 partenariats à la date de  janvier 2010). L’Unitarian Universalist Partner Church Council gère également des partenariats avec les unitariens du pays kashi (en Inde), aux Philippines et en Afrique ; au total 200 congrégations nord-américaines sont engagées dans cet effort. En plus, de nombreux voyages sont organisés dans ces pays qui bénéficient de cette aide et des bourses sont offertes aux séminaristes et ministres du culte pour suivre des études dans les facultés de théologie unitarienne aux Etats-Unis.

 

Saluons cette grande générosité des congrégations nord-américaines.

 

Source : The partner church movement today : Almost 200 North American UU congregations have partner churches in other parts of the world. By Christopher L. Walton (9 janvier 2010), lien.

 

uupcclogo.gif

Unitarian Universalist Partner Church Council  (UUPCC)

Connecting congregations around the world

to foster personal transformation, congregational partnerships, and community capacity building (lien). 

 

Lire le livre de la révérende Gretchen Thomas “Walking in Others' Shoes” (Marcher dans les chaussures d’autrui) sur le partenariat avec les paroisses de l’Eglise unitarienne de Transylvanie ( lien ).

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Published by Actualités unitariennes - dans U aux Etats-Unis
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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 08:26

Transformant son Eglise adventiste en Eglise unitarienne en 2001, après un séjour aux Etats-Unis, Patrick Magara Onchomba est l’introducteur de l’unitarisme en pays kisii au Kenya. Son Eglise, dénommée depuis l’Unitarian Universalist Church of Kenya (UUCK), de confession chrétienne, s’est considérablement développée géographiquement. Son siège est localisée à Etondo (au sud de la ville Kisii) dans la partie méridionale du pays de même nom ; mais, au sein d’un habitat dispersé, elle a su multiplier les petites congrégations jusqu’à une centaine ; puis, en juillet et août 2008, ses responsables ont entrepris des prospections dans les ethnies voisines : dans la vallée du Rift, à Halleluyah près d’Eldoret (dans une zone inter-ethnique) et, plus au nord, à Kodia en pays Soumourou (des éleveurs Nilo-hamitiques), enfin à Kericho en pays des Kipsgis (apparentés aux Massaïs) et chez les Massaï proprement dit. Les Actualités unitariennes en avaient rendu compte dans un article du jeudi 14 août 2008 « l’Eglise unitarienne-universaliste du Kenya devient pluri-ethnique » (lien). 


Kenya--map_web_mapquest.kisii_kuria.GIFUne nouvelle expansion vient d’être franchie par cette Eglise dynamique, cette fois-ci en direction du sud, avec la nomination de deux évêques, l’une (car c’est une femme) à Transmara (bishop Judith Cherono Ngeno), et le second (bishop Joël), de l’autre côté de la frontière, à Kigonga du district de Tarime en pays kuria. Ils ont été nommés par le fondateur de l’UUCK (Mgr Patrick Magara Onchomba), qui s’était lui-même déclaré évêque. Il s’agit donc d’une importante décentralisation de cette Eglise de façon à mieux assister des congrégations locales très dispersées.


Comme les Kisii, les Kuria sont des populations bantous et donc linguistiquement proches (la langue des Kisii est le gusii et celle des Kuria, le kuria) ; ils se ressemblent également physiquement. Ils vivent en plus dans un même paysage de collines verdoyantes de la rive est du lac Victoria, permettant à la fois des activités agricoles et pastorales * avec un habitat de fermes. Au-delà des particularismes ethniques, il y a donc une très bonne continuité.

* les Kuria du Kenya sont plus agriculteurs et ceux de Tanzanie penchent davantage vers le pastoralisme ; dans le district de Serengeti, les activités sont nettement pastorales.

 
Les Kuria (ou Abakuria) sont de part et d’autres de la frontière. Au Kénya, où ils sont environ 174 000 avec Migori (province de Nyanza, au sud du pays kisii) comme principal centre ; et environ 435 000 en Tanzanie dans la région de Tarime et de Serengeti (qui sont des districts de la région Mara) ; soit un ensemble de 609 000 habitants au recensement de 2006.
 
Les Kuria sont réputés des anthropologues pour la beauté de leur musique, l’initiation de leurs adolescents avec circoncision des garçons et mutilations génitales des filles, et aussi par un type de mariage entre deux femmes (permettant aux femmes stériles d’avoir quand même une descendance grâce aux rejetons de leur conjointe !). Ils se répartissent en quinze sous-groupes ou clans avec des variations dialectales, mais qui ne gênent nullement l’intercompréhension. Le Swahili sert de langue utilitaire.
 

various-artists-tanzanie-chants-des-wagogo-et-des-kuria-comSur les Kuria :
Paul Asaka Abuso, A traditional history of the Abakuria : ca. A.D. 1400-1914, Kenya Literature Bureau, Nairobi, 1980, 194 p.
Tanzanie - Chants des Wagogo et des Kuria, Maison des Cultures du Monde, Auvidis, 1992 (lien) - Chants, vièles et sanzas des Wagogo avec le soliste Hukwe Ubi Zawose « chanteur habité, maître incontesté de la sanza… un flot d'émotions sans cesse renouvelées » (Le Monde de la Musique). En fin de disque, quatre chants Kuria accompagnés à la lyre (lien). En vente sur Amazone.fr

 

Voir notre carte ethnique du Kenya (lien).

 

Pour plus ample information sur cette Eglise, voir nos articles sur l'unitarisme au Kenya dans la rubrique « en Afrique » (lien).

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 04:02

aperitif_unitarien_a_rome.jpgLe groupe des unitariens du Centre de l'Italie, à savoir Rome et sa région, convie ses adhérents, sympathisants et amis à un apéritif à Rome. Il réunit à la fois des chrétiens unitariens et des unitariens-universalistes. Selon la terminologie unitarienne, il se présente comme un "calice", c'est-à-dire une assemblée locale qui, lorsqu'elle se réunit, procède à l'allumage du calice (lien).

 

Le même groupe a lancé un cercle de "Croissance spirituelle" pour des échanges où l'exemple de Jésus servira de référence. Ce cercle est soutenu par la "Communion unitarienne et universaliste" du Lazio et l'Unitarian Ministries International ( lien).

il_calice_del_centro.jpg

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 11:08
par Michel Roussel, membre de l'association David et Jonathan, message du 24 novembre 2011
La chaîne de télévision Arte vient de diffuser un reportage sur les gays palestiniens. Leur situation est désormais bien connue (le cinéma israélien s'en est fait l'écho). Réprimés, rejetés par leur entourage, certains fuient en Israël. Considérés comme clandestins, ils y sont arrêtés, interrogés et si on n'a rien à leur reprocher, expulsés dans les Territoires. Là, de retour à leur point de départ, ils peuvent être condamnés à mort car on n'arrive pas à croire, ou ils n'osent pas dire, qu'ils sont partis en raison de leur homosexualité et ils sont accusés de haute trahison avec l'ennemi israélien.

On évoque des cas de liaisons entre un Israélien et un Palestinien. Voilà qui rappelle étrangement la situation en Algérie française. Outre, des couples mixtes, des "amitiés particulières" se nouaient entre les deux communautés. Ce qui fait que souvent les femmes qui embrassaient la cause de l'Indépendance algérienne étaient traitées de nymphomanes, accusées de ne s'engager aux côtés du FLN qu'en raison de leur appétit sexuelle vis à vis des Arabes (les mots étaient plus vulgaires, mieux vaut ne pas les reprendre) et les hommes de pédés. L'idéologie coloniale a pris des détours étonnants. Le film "The bubble" est au coeur de ce sujet.


Pour en revenir aux Palestiniens, des associations israéliennes admirables (au même titre que celles qui combattent aux côtés des Palestiniens, femmes en noir, mouvement non violent....) essayent de leur procurer un titre de séjour provisoire et de les faire partir en Europe ou aux Etats-Unis car ils n'ont leur place ni en Israël (c'est là qu'ils seraient encore le moins mal), ni en Palestine occupée. On a du mal à imaginer en Europe, qu'à côté de la politique indigne et criminelle du gouvernement Netanyahou, la société civile israélienne fait preuve d'une telle vigueur et d'un tel dynamisme, elle a fait émerger notamment le mouvement des Indignés et on se rend bien compte que ce pays se trouve plus ou moins dans la même situation que ses voisins (classe politique corrompue et proportionnelle intégrale qui entraîne une multiplicité de partis qui donne du pouvoir aux plus organisés : islamistes dans les pays arabes et en Israël trahison éhontée du parti travailliste s'alliant avec la Droite extrême [...]. 

Alors que faire face à ces pays musulmans, où les homosexuels sont plus nombreux qu'en Occident - qui répriment nos frères (certains en théorie, d'autres allant jusqu'à la mort, voire l'opération comme en Iran). On ne peut plus se contenter de dire que le Coran, dans la lignée de la Bible, ne condamne que les rapports sodomiques par la violence, ou les hommes efféminés et les femmes masculines et que c'est la tradition, rapportant des dits du prophète (sunna) qu'il n'a surement jamais prononcés, qui les réprime. La solidarité internationale doit intervenir  mais comment ? ONU, organisations régionales, pétitions, manifestations... On est un peu démuni puisque, même dans un pays où le chef suprême est soupçonné d'homosexualité (l'ancien sultanat d'Oman), le code pénal réprime les rapports entre hommes.
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Published by Michel Roussel - dans l'homosexualité
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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:47

Il y a transgression et transgression. Celle des anarchistes est un rejet de toutes les contraintes étatiques ; celle des libéraux se fait au nom de la liberté individuelle de pensée ; celle des "indignés" et des révolutionnaires proclament un nécessaire changement de système ; celle des opposants ou des réactifs se fait contre les positions d'une partie dominante ; etc.

 

eglise_en_gr_ve__mouvement_le_cursillo_.jpgY-a-t-il une façon chrétienne de la transgression ? Déjà, nous connaissons les actes prophétiques posés par certains croyants qui estiment rappeler ainsi la volonté de Dieu ; ou bien encore des actes individuels revendicateurs comme celui de Martin Luther avec ses 95 thèses affichées en 1517 sur la porte de l'église de Wittenberg en Alemagne. Ici, Paul Tihon, théologien, prêtre de l'ordre des Jésuites, pose les fondements d'une transgression non plus individuelle mais collective, sans volonté d'échapper à l'institution mais au contraire pour la stimuler et la réformer, sans esprit de dissidence mais au contraire en voulant maintenir la communion et même l'élargir, ceci en s'appuyant sur l'exemple des prêtres catholiques autrichiens. Et, faut-il le rappeler, une trangression bien entendu non-violente dans l'esprit évangélique.

 

Belle réflexion publiée en Belgique à La Libre Belgique (LLB), journal catholique devenu à tonalité progressiste, sous le titre " Des transgressions légitimes ? "  que nous reproduisons ici en remerciant Edith Kuropatwa de nous l'avoir envoyée.

 

Le christianisme unitarien, qui fut la "benjamine" des Réformes protestantes du XVIème siècle, provient d'une contestation du calvinisme, puis s'est détaché de l'arianisme, du socinianisme, enfin du biblicisme. Il a ainsi acquis toute une culture de l'évolution, mais, dans son cas, la transgression est autorisée puisqu'incluse dans la liberté de penser, le refus de tout credo, et l'organisation de la communauté locale à sa convenance selon la tradition congrégationaliste (partout adoptée hormis l'Eglise unitarienne de Transyvanie, Eglise historique datant de 1568 et qui a un évêque à sa tête).


Paul Tihon :

 

L’ « Appel à la désobéissance » lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens et qui, en quelques semaines, a recueilli plus de 300 signatures, cet appel n’a pas fini de provoquer des remous, suscitant adhésions et condamnations. Celles-ci ne viennent pas forcément des autorités ecclésiastiques.


Le cardinal Christoph Schönborn, O.P., l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Église, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’ « Appel à la désobéissance » rejoignent les convictions – et, pour certains d’entre eux, la pratique – de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.


Rappelons-les en bref : - 1. À chaque célébration, prier pour la réforme de l’Église ; - 2. Ne plus refuser l’eucharistie aux croyants de bonne volonté, qu’ils soient divorcés remariés ou qu’ils appartiennent à d’autres églises chrétiennes ; - 3. Réduire le nombre des célébrations présidées par des prêtres parachutés dans des communautés qu’ils ne connaissent pas ; - 4. Appeler « Célébration eucharistique sans prêtre » les célébrations de la Parole avec distribution de la communion; - 5. Ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion (Religionslehrerinnen) ; - 6. Revoir l’image du prêtre, pour que chaque paroisse ait un responsable, homme ou femme, marié ou non, à temps plein ou non ; - 7. S’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.


Pour les « acteurs de terrain », ces sept points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse parlent d’un « vent de rébellion », les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’un « large soutien dans l’opinion » - en tout cas dans nos pays. Un commentaire sur Facebook : « On attend les prêtres belges. Il est temps. Nous vous suivrons ».


L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, est un ancien vicaire général de Schönborn et curé d’une des paroisses de Vienne. Il s’est expliqué sur ce qui a motivé cet appel public à l’insubordination. Le préambule de l’ Appel est clair sur ce point : « Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome ». On peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques en rupture avec la discipline officielle, mais de les afficher, de façon à amener, si possible la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain concret de la pastorale, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale.


Peu de commentateurs ont pris la peine de s’interroger sur l’opportunité d’une telle initiative et sa légitimité en perspective chrétienne. Pour l’opportunité, on peut juger que dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, il est salubre de se rappeler que l’Esprit souffle où il veut et pas seulement sur les membres de l’appareil ecclésiastique. Et donc, de ne pas automatiquement considérer l’initiative comme « l’oeuvre du démon ».


Quand la société et la culture changent, leur évolution impose des ajustements pour que l’Eglise puisse continuer à exercer sa mission. Mais l’initiative des innovations requises provient rarement des autorités en place. D’une manière générale, dans les sociétés en changement rapide comme sont les nôtres, le droit est en retard sur la réalité des faits. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction progressive de « coutumes contraires au droit ». Ces « transgressions » s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque là, « faites-le, mais ne me demandez pas ma bénédiction ». Dans le meilleur des cas, la tolérance tacite prend la forme d’un feu vert assorti de limites : « D’accord, à titre d’expérience ».


Et la légitimité ? Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience. En pratique, pas mal de « chrétiens engagés » se trouvent sur des terrains où de telles transgressions s’imposent. Ils ne disposent pas toujours des repères pour s’y avancer paisiblement. Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : - la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté ; - la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures ;- le souci de rester cohérent avec le projet initial ; - enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle.


On imagine bien que, dans la pratique, de tels choix de transgression n’excluent pas la prise de risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : la « réception » ou non-réception de l’innovation qui transgresse les règles en vigueur – ce qui demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et « recevront », ou non, nos essais plus ou moins tâtonnants.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 15:10

Les artistes proclament qu’ils ont besoin d’une liberté totale pour créer, mais les lois – par exemple en France – préservent  le droit des personnes contre la calomnie, la médisance, la diffamation ; et condamnent la profanation des symboles (nationaux, religieux), des lieux de culte, des cimetières, des monuments historiques ou encore de bâtiments publics qui sont emblématiques pour la nation. Or, afin de créer le buzz, d’effectuer une percée médiatique, certains artistes ou humoristes ou publicitaires (les récentes affiches de Bennetton montrant des personnalités s’embrassant sur la bouche .. en signe de paix, bien entendu !) veulent franchir les lignes. Ils sont appuyés en cela par toute une frange de la population qui relativise les effractions, fait preuve d’un laxisme des plus total, se réjouit parfois de ce vent d’anarchisme, fait de la liberté d’expression un absolu, etc.


Les croyants parlent volontiers de blasphème lorsqu’ils ressentent que leur Dieu ou leur religion est attaqué. Ils ont le droit de le dire sur la voie publique par une manifestation – mais bien entendu sans violence, ni intrusion intempestive dans des locaux, ni attentat. Mais plus largement, et au niveau civique, il s’agit bien souvent d’un manque de respect – et ils doivent donc être protégés par la loi.


C’est en ce sens que nous avons ici critiqué la photographie « Piss-Christ » dont l’auteur faisait manifestement de la provocation en s’attaquant à un symbole chrétien (lien).

Pour la même raison,  nous dénonçons la pièce de l’argentin Rodrigo Garcia « Golgota Picnic », car le Golgotha fut un lieu de crucifixion non seulement pour Jésus mais pour bien d’autres victimes. Rappelons que, en l’an 4 (ou après), pas moins de 2 000 Juifs furent ainsi suppliciés le long des chemins de la Galilée à la suite d’une révolte messianique. Selon les évangiles, Jésus fut lui-même crucifié avec deux autres « larrons ». Le titre de cette pièce de théâtre, d’emblée, est une dérision de ce lieu vénéré par les chrétiens.

* Voir la présentation de cette pièce par le journal La Croix, où il est dit que c’est « un grand fatras » (lien)

golgota-picnic.JPGGolgotaPicnic2.jpg

La scène se situe au Gogotha et se trouve bizarrement jonchée d'hamburgers en évocation de la multiplication des pains. Sur l'affiche du théâtre du Rond-Point qui, à Paris, va jouer la pièce, Jésus crucifié se trouve lui-même dans un hamberger ! Le spectacle y est annoncé comme "une épopée drôle, décalée et débordante" (fichtre !). Bref, on ne voit pas trop bien ce que l'auteur cherche à nous dire !

 

La dérision des lieux historiques de souffrance n’est pas admissible. Non seulement les chrétiens doivent protester, mais aussi les juifs puisqu’il s’agissait des leurs qui y ont souffert. Et pourquoi pas un Dachau-Picnic ou un Auschwitz-Picnic ; avec tous les anti-sémites qu’il y a dans nos sociétés, cela aurait assurément du succès ! Et pourquoi pas un Kerbala-Pinic, histoire de faire bouger les chi’ites qui commémorent chaque année cette défaite de 680 où Husayn, le fils cadet d’Ali et troisième imâm, trouva la mort. Ou encore, plus près de chez nous, un Verdun-Picnic en clin d'oeil humoristique aux Poilus qui sont désormais tous morts ?


Ce sont là des dérisions totalement gratuites, des attaques de symboles, que nous ne devons pas confondre avec des critiques des religions qui, elles, sont motivées par des évènements précis et qui relèvent de la liberté de penser. La différence est nette et, par exemple, nous avons soutenu le numéro de Charlie-Hebdo contre la charia car celle-ci est effectivement un système inacceptable pour tout Etat qui se veut démocratique et que des déclarations d’hommes politiques en Tunisie et en Libye venaient de la remettre sur le devant de l’actualité (lien). Dans ce cas là, l’humour satirique s’attaque à un système. Il en est de même lorsqu’on se moque du Vatican et des déclarations papales, ou d’autres systèmes religieux qui veulent régenter le monde.


Nous renvoyons dos-à-dos ceux qui hurlent au blasphème chaque fois que des gens extérieurs osent toucher à leur religion, et AUSSI ceux qui pensent devoir défendre inconditionnellement les artistes, les humoristes et les publicitaires à tout prix, sous le prétexte qu’il ne doit pas y avoir de censure. Que vaut en effet l'art du vivre ensemble sans le respect des croyances religieuses et philosophiques, sans le respect des patrimoines ethniques, sans le respect des minorités ? La laïcité ne doit-elle pas savoir gérer la bonne cohabitation entre les divers milieux convictionnels, en sachant désarmer les agressivités gratuites qui, naguère, menaient tout droit aux pogroms et aux guerres civiles.

 

Mais quelles limites fixer à ceux qui manquent manifestement de respect aux autres, et qui d’ailleurs s’en foutent complètement, qui en font même ouvertement un fonds de commerce, dans une société moderne qui a perdu bien de ses points de repère, qui peine à élaborer une nouvelle morale citoyenne, qui craint avant tout les abus de pouvoir et qui hésite à sanctionner les dérives ?

 

Sans un tel travail de redéfinition des valeurs, il y aura approfondissement de la crise morale et culturelle, voire anomie sociale, hétérogénéisation et mise en opposition des valeurs et finalement éclatement du lien sociétal, chacun faisant désormais ce qu’il lui plaît et se défendant comme il le peut avec des manifestations violentes, des recours aux avocats, ou autres actions en désespoir de cause. L'Etat protège-t-il encore ses citoyens ?

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Published by Jean-Claude Barbier - dans christianophobie
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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:55

Ralph-Waldo-Emerson-bis.jpegThéologien, doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris et rédacteur en chef du mensuel Evangile et liberté, auteur de nombreux ouvrages, Raphaël Picon vient de traduire en français le célèbre discours que Ralph Waldo Emerson adressa en 1838 aux étudiants de la Faculté de théologie d’Harvard (fondée en 1636 à Cambridge dans le Massachusetts). Son intérêt pour le philosophe américain, initiateur du mouvement transcendantaliste des années 1830 aux Etats-Unis, date déjà de plusieurs années puisque, dans le cadre du Fonds Ricoeur accueilli par la Faculté de théologie protestante de Paris, il avait organisé, le 1er octobre 2007, une journée « Autour de la Divinity School Address », en compagnie de son collègue Olivier Abel, lui aussi intéressé par ce philosophe. Nous en avions alors rendu compte dans les Actualités unitariennes (lien)


Cette traduction, publiée par les éditions Céline Defaut, est présentée sur notre site documentaire La Besace des unitariens dans l’article « Lorsque Ralph Waldo Emerson s’adressait aux étudiants » (lien)


Pour en savoir plus sur Ralph Waldo Emerson, voir la rubrique à son nom dans cette même Besace (lien)

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Published by Actualités unitariennes - dans U aux Etats-Unis
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 16:49

Michel Mathe, écrivain français de la région de Toulouse (né à Tarascon-sur-Ariège en 1963), s’inspire, pour ses romans et pièces de théâtre, de personnages dramatiques de l’histoire : Raymond IV, comte de Toulouse, contre Simon de Montfort ; Michel Servet accusé par Jean Calvin et défendu par Sébastien Castellion au XVI° ; Jules César Vanini * exécuté au début du XVIIème siècle ; Jean Calas, défendu par Voltaire, au XVIII°.

* Lucilio Vanini, dit Giulio Cesare Vanini, né en 1585 à Taurisano dans la Terre d'Otrante, et exécuté à Toulouse le 9 février 1619, a été un philosophe et naturaliste italien, proche du courant libertin. Voir sa biographie sur Wikipedia ( lien).


Dans le cadre d’un grand rassemblement « œcuménique » (mais en fait au seul niveau inter protestants) qui avait réuni à Strasbourg les 30 octobre et 1er novembre 2009 quelques 10 000 fidèles, la Fédération protestante de France avait organisée une représentation de la pièce de Michel Mathe "Le calice de Calvin, controverse à Genève", au Temple protestant du Bouclier de Strasbourg ( lien).

 

Il s’agit bien entendu d’un calice d’amertume qui trouble la mémoire collective sur Calvin. Comme l’œil de Dieu poursuivit Caïn jusque dans sa tombe pour le crime de son frère Abel, Calvin, dans sa réputation, est poursuivi – que dis-je – harcelé par son rôle d’infâme inquisiteur qui mena le savant et théologien humaniste Michel Servet sur le bûcher. De son vivant même, des protestants comme Sébastien Castellion, s’étonnèrent que des protestants puissent imiter les catholiques en pratiquant l’Inquisition.

 

le_calice_de_calvin.jpgCette pièce de théâtre, écrite en 2009, a été mise en scène par Jean-Pierre Schlagg, avec les acteurs Alain Moussay et Tobias Kempf, représentant Jean Calvin et Sébastien Castellion. La scène se passe à Genève dans le cabinet de travail du grand réformateur ; les deux protagonistes s’y entretiennent la veille de la mort de Michel Servet. Il s’agit bien entendu d’une fiction car Sébastien Castellion était alors à Bâle, ayant quitté Genève à cause de ses désaccords d’avec Calvin et parce que celui-ci lui barrait l’accès au pastorat. Dans une vidéo, France 3 et Culture Box avaient alors filmé une répétition ( lien). 


Nous remercions Fabien Girard, éditeur du blog « Liberté de croyance et l’anti-trinitarisme autour de Michel Servet et de Sébastien Castellion » (lien) de nous avoir informé de  l’existence de cette pièce

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Published by Actualités unitariennes - dans à propos de Michel Servet
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 14:50

Entretien de  Henri Pena-Ruiz , philosophe, lors d'une émission de France Culture "les retours du dimanche", le dimanche 6 novembre 2011   ; transcrit et diffusé par Monique Cabotte-Carillon.  

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Comment comprendre aujourd’hui la résurgence du mot blasphème ?


Le blasphème a toujours existé, le blasphème en tant que manquement à la règle morale qu’une religion dicte pour ses adeptes. Mais cette définition stipule clairement que c’est pour ces adeptes qu’il y a blasphème. Bayle , qui était croyant, disait : « il n’y a de blasphème qu’au regard de la divinité que je révère, si je suis croyant ». Pour tous les autres, qui ne reconnaissent pas cette divinité, le blasphème ne saurait être un délit. Aujourd’hui, ce qui pose problème, ce n’est pas une nouvelle apparition du blasphème, c’est  l’apparition de la volonté de transformer le blasphème qui n’existe que pour les croyants d’une religion déterminée en un délit public. Autrement dit, le croyant a tout à fait le droit de considérer que le blasphème existe pour lui et qu’il est une faute morale. En revanche, il n’a pas le droit, à partir de cette considération qui lui est personnelle et particulière, d’ériger une règle publique et de s’ériger lui-même en juge de ce qui serait une faute au sens universel.


Que penser du comportement des intégristes catholiques qui prétendent que l’art contemporain raille la religion chrétienne mais n’ose pas (ou très peu) s’attaquer avec autant de virulence aux autres religions monothéistes ?


Ils se trompent. Les trois monothéismes peuvent être l’objet de la dérision, de l’ironie. Ainsi, un cinéaste juif, Amos Gitaï, tourne en dérision la religion juive orthodoxe dans le film Kadosh. Les caricatures danoises de Mahomet ont tourné en dérision le prophète de l’islam.


Par ailleurs, ces intégristes catholiques confondent le respect de la liberté de croire – non négociable – et le respect des croyances, ce qui est très différent. Ce qui est respectable, c’est la liberté qu’a un croyant de croire, ce n’est pas le contenu de ses croyances. Si je prétends soustraire mes croyances à la critique d’autrui, je mets en cause la liberté. Ces gens-là, en voulant pénaliser la caricature de certaines croyances glissent d’un principe de droit légitime (le respect de la liberté de croire) à un principe illégitime (le  respect des croyances) qui n’existe pas dans un pays de liberté. Les croyances, comme les idéologies, comme toute opinion, doivent être susceptibles d’être critiquées, tournées en dérision, sans qu’il y ait là le moindre délit.


Si le délit de blasphème n’existe plus en France, l’Irlande a publié le premier janvier 2010 une loi qui réactualise le droit de la presse et qui crée, dans son article 36 un délit de blasphème puni d’une amende de 25 000 euros. Peut-on se trouver dans ce cadre-là en France aujourd’hui ?


Je le crains. Les trois monothéismes : le christianisme, le judaïsme et l’islam sont profondément divisés au niveau de leurs adeptes. Ceux-ci sont majoritairement d’accord avec les règles de la laïcité, mais il y en a quand même un certain nombre qui, dans chaque monothéisme, voudraient bien établir un statut de droit public pour les religions et, à partir de là, créer de nouvelles normes qui restaureraient les anciennes. Par exemple, pour le catholicisme, une association de catholiques intégristes s’était créée : droit et liberté. Elle avait prétendu, par exemple, que le film de Scorcese : la dernière tentation du Christ devait faire l’objet d’une mise en cause juridique parce qu’il « blessait » les croyances des chrétiens. Si quelqu’un se sent blessé dès que sa croyance est mise en cause, c’est là l’ouverture d’un nombre interminable de procès. Les protestants « burn again »,à savoir « nés à nouveau » en Arkansas, aux Etats-Unis d’Amérique, sont blessés parce qu’on enseigne en biologie la théorie de l’évolution selon Darwin alors qu’ils interprètent littéralement le texte biblique qui dit : Dieu créa les animaux selon leur espèce ; ils affirment que cela « blesse » leur interprétation de la bible et demandent que cela soit interdit. On a cette tentation qu’il faut combattre, car  elle est profondément hostile à la laïcité (d’ailleurs elle se déguise parfois en défense d’une laïcité prétendue « ouverte », tentation de remettre en cause la stricte indépendance de la loi commune par rapport à la foi particulière de certains,de la part notamment de ceux qui voudraient changer certains articles de la loi de 1905.


N’y a-t-il pas quelques questions à poser aux « victimes » de ces actions ?


Le directeur du théâtre de la ville a rédigé une pétition, largement signée, dans laquelle il remarque que ces individus s’empressent de déclarer blasphématoire, de façon automatique, des spectacles qui ne sont dirigés ni contre les croyants, ni contre le christianisme. Deux lignes de défense existent. L’une consiste à dire : « mais ce n’était pas blasphématoire », ce qu’avait affirmé Scorcese à propos du film : « La dernière tentation du Christ », ce qui est sans doute trop faible, car on serait tenté de répondre : quand bien même ce serait blasphématoire, cela ne doit pas faire l’objet d’un délit. Effectivement, je crois qu’aujourd’hui existe une pression telle – de certaines religions- que des personnes se croient obligées de se défendre non pas en s’appuyant sur le principe républicain de la laïcité qui distingue la loi commune de la foi particulière, mais en essayant d’argumenter en disant : « mais je n’ai pas voulu blasphémer ». La seule ligne de défense est de s’appuyer sur un principe de dé-liaison, de découplage radical de la loi commune et de la foi de certains.


Que penser de ces concepts de christianophobie, d’islamophobie… ?


 Je me méfie beaucoup de ces concepts. Après tout, on a le droit d’avoir peur d’une religion. La phobie, c’est la peur, la peur panique. Je ne vois pas pourquoi on devrait culpabiliser les gens d’avoir peur d’une religion, qu’ils aient tort ou raison, je ne vois pas en quoi ce serait un délit. Il faut quand même reconnaître le droit de critiquer une religion comme il faut reconnaître le droit de reconnaître le droit de critiquer une idéologie. Vous avez des gens qui ont peur du communisme, d’autres ont peur du libéralisme quand ils estiment que le communisme – ou le libéralisme- n’est pas une bonne chose. On ne va pas les agresser en disant : ce n’est pas bien, vous ne respectez pas les communistes ou vous ne respectez pas les libéraux. Si jamais on généralise ce principe qui érige en une sorte de délit, de « phobie » la critique d’une religion ou d’une idéologie, plus aucun débat ne sera possible. Il faut rappeler que Diderot a été l’objet d’une censure lorsqu’il a publié la Religieuse. Je crois que l’émancipation de la culture c’est la liberté.


Je voudrais aussi préciser à propos des chrétiens : il faut savoir que des chrétiens (j’ai sous les yeux un texte de l’Observatoire Chrétien de la Laïcité) sont aux antipodes de ces quelques manifestants. Je lirai simplement une phrase : « L’Observatoire Chrétien de la Laïcité souligne que dans une société démocratique qui respecte la liberté de pensée le blasphème en tant que tel n’est pas un délit. En accuser quelqu’un n’a de sens que du point de vue de certaines croyances : il ne saurait concerner qui ne partage pas ces croyances ». Il est important de rappeler cela. Ce n’est pas une affaire d’athées qui voudraient s’ériger en critiques des chrétiens comme croyants, c’est une affaire de personnes qui, étant laïques, considèrent que la loi commune à tous ne peut pas dépendre de la croyance particulière à certains.

 

Voir sur le même sujet le communiqué de presse de l'Observatoire des chrétiens pour la liberté (OCL) sur les intégrismes religieux ( lien). Ecoutez aussi un MP3 intitulé "Blasphème" : le point de vue de Michel Théron dans un billet donné à Golias-Hebdo et diffusé ensuite par la radio montpelliéraine FM+ (lien)

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Published by Henri-Pena Ruiz - dans christianophobie
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