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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 11:36

Nous avons tous été impressionnés par le succès de nos amis Franciscains avec leur initiative des Cercles du silence lien qui ont été fortement fédérateurs localement. Il faudrait y ajouter - moins anecdotique qu'on pourrait le penser - les rencontres occasionnelles suscitées ici et là et, quant à elles d’une façon purement festives ou relationnelles, par des membres du vaste réseau Facebook. Ceci montre que des moyens modernes de mobilisation existent et qu'elle sont à exploiter.

Or les positions vaticanes par rapport aux acquis de Vatican II touchent profondément l’opinion publique et suscitent un très net changement du paysage catholique français, ce dont témoignent les sondages d’opinion, voir notre article précédent. Ne serait-il pas temps de témoigner publiquement des propositions alternatives de nos mouvances chrétiennes libérales ?

"Faire Eglise autrement " est un thème partagé et débattu par plusieurs mouvements, notamment au sein de la Fédération des réseaux des parvis, laquelle réunit une cinquantaine de mouvements pour la plupart catholiques mais qui est ouverte à d’autres chrétiens (les unitariens en font partie, ainsi qu’un mouvement d’inspiration protestante).
Une application concrète sur " les parvis " d’églises pourrait avoir du succès.

En effet, si nos mouvances libérales ont des points faibles (effectifs insuffisamment nombreux, jusqu’à présent faible capacité de mobilisation, manque de renouvellement de leurs élites et donc vieillissement, disparition de mouvements locaux et nationaux qui s’essoufflent, etc.), elles disposent par contre de réseaux d’information multiples et bien pourvus d’adresses, également de sites et de blogs.

Elles ont aussi et surtout des choses à proposer avec la riche et originale expérience qu’elles ont de célébrations libres : la lecture des évangiles (une relation directe à Jésus sans langue de bois ou discours confessionnel), le partage de la parole où chacun peut prendre le micro et dire aux autres ce qu’il pense, ce qu’il croit, ce qu’il ressent (sur un parvis d’église, cela peut se faire AUSSI avec des passants qui s'arrêtent un temps), le partage du pain et du vin (jus de raisin pour certains) au nom de Jésus, là aussi sans exclusive avec invitation à tous, lectures de textes interpellant relatifs à l’actualité des Eglises, à l’avenir du christianisme, à la croyance en Dieu, etc.

En Belgique, des célébrations libres ont déjà eu lieu sur des places publiques, à l'initiative du réseau des Pavés (la Fédération "Pour une autre vie d'Eglise et de société"). Aux Etats-Unis, des congrégations unitariennes-universalistes ont invité le public à participer à la cérémonie des fleurs, lien.

Pour les mouvements catholiques contestataires, prendre ainsi l’initiative vaudrait mieux que de devoir sans cesse réagir à posteriori (et donc nécessairement avec un temps de retard) par rapport aux faits et gestes de la hiérarchie vaticane.

Rendez-vous donc sur les parvis d’église ! Je précise qu’il ne s’agit pas de faire cela à la sortie des lieux de culte, ce qui serait perçu comme de la provocation et diviserait l’opinion des croyants. Bien entendu, l’ambiance devra y être attractive, accueillante, positive, voir festive (eh oui, le culte est une fête en louage à Dieu !), et non point ronchonne et vindicative.

Evidemment une telle opération devrait se préparer longtemps à l’avance, avec acquisition de matériel sono, confection de banderoles, relations avec les journalistes locaux. Elle devrait aussi utiliser les ressources relationnelles des réseaux d’amis, entre autres Facebook - certains commentateurs ne nous prédisent-ils pas déjà que nos prochaines élections présidentielles se joueront sur ce réseau – ainsi que ceux de la blogosphère.

En tout cas, dans un monde de plus en plus sur-médiatisé, l’avenir est aux témoignages publics, aux actes symboliques partagés, aux rassemblements temporaires mais forts comme des points d’orgue, aux convictions dans le respect de la démocratie.

Ceci est un appel pour action afin de témoigner d'un christianisme moderne, ouvert, transconfessionnel et d'avenir. Contact pour tous ceux qui sont intéressés par cette perspective : pour l’instant le réseau de la Correspondance unitarienne en attendant qu’un collectif en prenne le relais.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans catholiques libres en action
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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 04:56

Les hommes politiques le savent très bien, bien qu’ils disent le contraire lorsque les sondages leur sont défavorables, l’opinion publique, incessamment relayée par les médias, mais aussi par la blogosphère et les multiples moyens modernes de communication, est reine. On évoque parfois des lynchages médiatiques ... comme naguère les hommes pieux lapidaient ceux qui étaient accusés de péché.

Or, jusqu’à présent, cette opinion publique s'était plutôt montrée bonne enfant vis-à-vis des instances religieuses. En septembre 2008, 86% des catholiques pratiquants réguliers avaient encore une bonne opinion de leur pape, 65% pour l’ensemble des catholiques, et 53% pour tous les Français – somme toute très bons scores quand on pense à la réputation déjà bien établie de rigueur doctrinale et d’ultra conservatisme qu'avait le cardinal Ratzinger, vite confirmée par ses premières maladresses en tant que pape (le discours de Ratisbonne, le voyage au Brésil où il a heurté la sensibilité des Amérindiens en louant l’évangélisation musclée du continent par les Espagnole et les Portugais, etc.). On aurait pu déjà s'attendre à des résultats médiocres. La désillusion, déjà bien présente chez les militants, tardait à venir dans l'opinion.

Cette fois-ci, après son discours contre les préservatifs dans l’avion en allant au Cameroun (ce mardi 17 mars) , c’est la chute vertigineuse (non pas de l’avion, mais des scores) : respectivement 52% (86 six mois plus tôt), 29% (contre 65) et 23% (contre 53), d'après un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui publié ce samedi 21 mars, réalisé par téléphone les 18 et 19 mars auprès d'un échantillon de 1 012 personnes représentatif de la population française.

Désormais, les sondages - qui fourrent leur nez partout - posent carrément la question du maintien de l’actuel pape au Vatican ! S'ils sont 54% à vouloir qu'il reste au Vatican, les catholiques de France sont 83% à estimer que l'Eglise doit modifier son discours et ses positions sur l'avortement pour tenir compte des changements intervenus dans la société. Ils veulent également que l'Eglise change son discours et ses positions sur la contraception (85%), le remariage des divorcés (77%), l'homosexualité (69%). Ce sondage du CSA sera publié dimanche ; il a été effectuée du 19 au 20 mars (soit après les propos du pape) auprès d'un échantillon de 620 catholiques représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Après les propos en Angola contre l’avortement thérapeutique, qui également touchent à l'humanitaire, on peut s’attendre à une autre dégringolade.

Il faut dire que ces propos extrémistes du pape ont, pour la première fois, soulevé une vague de protestations de la part d’hommes politiques, de ministres et de présidents.
Rébellion de l’opinion publique, des sociétés civiles, des catholiques, voir même de plusieurs évêques qui commencent à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas !

Nous sommes assurément à un tournant de l’histoire religieuse de nos pays tant Occidentaux que du Sud (à commencer par le Brésil).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la Contre-Réforme
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 13:34

Folie
le billet de Michel Théron dans Golias

"Le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison".
Cet aphorisme paradoxal de Chesterton signifie que le fou raisonne très bien : la seule différence est qu’il le fait en partant de bases fausses. Il se vérifie bien souvent, par exemple dans le fait-divers que nous venons d’apprendre.


C’est l’excommunication, au Brésil, d’une mère de famille dont la fille de neuf ans a dû avorter après avoir été violée par son beau-père. La décision de l’évêque de Recife a été approuvée par le Vatican.
Ce comportement scandaleux est d’une grande logique, dès lors qu’on sacralise la vie de façon inconditionnelle. Évidemment on n’a nul égard pour celle qui la porte en elle, pas plus que pour ce que sera la vie de l’enfant à naître. À l’immaturité évidente de la mère ici s’ajoute le traumatisme de ce crime qu’est le viol. Mais de tout cela on ne se soucie pas, puisqu’on a été cohérent avec le principe qu’on a posé au départ.

La logique et la rationalité même sont bien différentes de l’intelligence. Ainsi la fille de Philippe II roi d’Espagne avait fait le vœu de ne pas changer de chemise avant que la ville d’Ostende fût prise. Elle tint parole, et ainsi fut totalement logique et rationnelle dans l’accomplissement de son vœu – mais aussi bien sûr tout à fait stupide de l’avoir fait.

La folie est dans la psychorigidité qui, une fois le principe posé, nous le fait considérer comme intangible, et ordonner notre conduite de façon qu’elle en dérive automatiquement et mécaniquement. S
acraliser inconditionnellement la vie est une absurdité. Rien de plus vivant par exemple qu’une tumeur. Pourtant en proliférant elle peut détruire la vie, par l’incapacité même où elle est de mourir : les cellules ne peuvent plus opérer leur suicide normalement programmé, leur apoptose.

ndlr (Actualités unitariennes) : La position du pape, ici mise sur le dos du capitalisme par le  dessinateur espagnol Matiz - sans doute par simple alignement sur la pensée dominante dans certains milieux - ne relève-t-elle pas plutôt d'un mode de pensée fréquent que ce soit dans les milieux ultra conservateurs ou ultra progressistes, laquelle génère les fanatismes, les exclusions, et finalement nombre de conflits ?

Les Eglises devraient se souvenir que dans sa réalité vécue la vie est constamment changeante, et exige que nous accommodions notre regard à des contextes toujours différents. Aucun principe posé a priori ne tient devant cela. Lao-Tseu dit fort bien, au début du Tao Te King : " La voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. "

Michel Théron

© Golias Hebdo, n°  72 - Semaine du 19 au 25 mars 2009 - lien
reproduit ici avec l'autorisation de l'auteur et de la revue 

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Published by Michel Théron - dans la Contre-Réforme
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 20:14

L’Instituto de Estudios Sijenenses "Miguel Servet" ouvrira son année académique le dimanche 19 avril à 12 h, à la Maison natale de Michel Servet, à Villanueva de Sijena (Province d’Aragon).

Le Dr Antonio Gascon, médecin et conseiller de l’Institut donnera une conférence sur l’œuvre médicale de Michel Servet. Une seconde conférence sera donnée par Adolfo Roitman, directeur du Sanctuaire du Livre au Musée d’Israël, à Jérusalem ; il fera part des recherches concernant les rouleaux de la Mer Morte découverts à Qumran en 1947. Cette seconde conférence a bénéficié de la collaboration
de la Casa Sefarad Israel (
lien
)
et de l’Asociación Tarbut Sefarad  (
lien).

Portail de la Maison natale de Michel Servet à Villanueva de Sijena. Photographie Jean-Claude Barbier

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Published by Instituto de estudios sijenenses Miguel Servet - dans à propos de Michel Servet
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 19:36
"Le schisme de la hiérarchie catholique" par Ivone Gebara, théologienne brésilienne, paru dans la revue Adital, traduit en français par Claude Lacaille.

 

Les derniers évènements concernant l’interruption de grossesse d’une fillette de neuf ans au Pernambuco (Nord-Est du Brésil) a mis en évidence un fait qui était déjà présent depuis longtemps dans l’Église catholique romaine. Les évêques ont perdu le sens du gouvernement par rapport aux défis de l’histoire et de la foi de la communauté et ils s’estiment plus fidèles à l’Évangile de Jésus que la communauté elle-même. Pour maintenir une compréhension centralisatrice et anachronique de leur fonction et de la théologie correspondante, ils se sont éloignés de nombreuses souffrances et douleurs concrètes des personnes surtout des femmes. Ils ont fini par être les défenseurs de principes abstraits, d’incertaines hypothèses et ont même prétendu être les défenseurs de Dieu. Cet évènement de distanciation est ce que j’appelle schisme. Les évêques, autant au niveau national qu’international (et ici j’inclus aussi le pape, comme évêque de Rome) sont devenus schismatiques par rapport aux communautés chrétiennes catholiques, c’est-à-dire qu’ils ont rompu avec une grande partie de celles-ci en diverses occasions. L’incident relatif à la prohibition de l’interruption de grossesse de la fillette dont Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque d’Olinda et Recife s’est fait un protagoniste en est un exemple irréfutable. Sans doute y a-t-il de nombreuses personnes et groupes qui pensent comme lui et renforcent son schisme. Cela fait partie du pluralisme dans lequel nous vivons toujours.

 

La hiérarchie de l’Église, servante de la communauté des fidèles, ne peut sur certaines questions s’éloigner du sens commun et pluriel de la vie de foi. Elle ne peut également dans des affaires de for intérieur et même de groupe se substituer à la conscience, aux décisions et au devoir des personnes. Elle peut émettre une opinion, mais non pas l’imposer comme une vérité de foi. Elle peut s’exprimer, mais non pas forcer les personnes à assumer ses positions. En ce sens, elle ne peut instaurer une guerre sainte au nom de Dieu pour sauvegarder des choses qu’elle juge être volonté et prérogative divine. La tradition théologique dans la ligne prophétique et sapientielle n’a jamais permis qu’un fidèle, même évêque, ne parle au nom de Dieu. Et cela parce que le dieu dont nous parlons en notre nom est à notre image et ressemblance.  Le Mystère Sacré qui traverse tout ce qui existe est inaccessible à nos jugements et à nos interprétations. Le Mystère qui habite en tout n’a justement pas besoin de représentants dogmatiques pour défendre ses droits. Notre parole n’est rien de plus qu’un balbutiement d’approximations et d’idées changeantes et fragiles, même concernant l’ineffable Mystère. C’est dans cette perspective également qu’on ne peut non plus obliger l’Église hiérarchique à devenir, par exemple, la promotrice de la légalisation de l’avortement, mais que simplement elle n’empêche pas une société pluraliste de s’organiser en accord avec les nécessités de ses citoyennes et citoyens et que ceux-ci aient le droit de décider de leurs choix.

 

Les communautés chrétiennes ainsi que les personnes sont plurielles. Dans un monde d’une telle diversité et complexité comme le nôtre nous ne pouvons pas admettre que seulement l’opinion d’un groupe d’évêques, hommes célibataires et avec une formation limitée au registre religieux, soit l’expression de la fidélité à la tradition du mouvement de Jésus. La communauté chrétienne est davantage que l’Église hiérarchique. Et la communauté chrétienne existe dans la réalité de multiples communautés chrétiennes, et celles-ci sont également constituées de nombreuses personnes, chacune ayant son histoire, ses choix et ses décisions propres devant la vie.

 

Je suis impressionnée par l’anachronisme des postures philosophiques et éthiques épiscopales, en commençant par les évêques brésiliens et jusque dans les instances romaines comme on peut le lire dans l’entrevue donnée par le cardinal Giovanni Batista Re, président de la Congrégation pour les évêques, à la revue italienne Stampa, laquelle concorde avec la position des évêques brésiliens.  Les temps ont changé. Il est urgent que la théologie des évêques sorte d’une conception hiérarchique et dualiste du christianisme et perçoive que c’est dans la vulnérabilité face aux douleurs humaines que nous pourrons être plus près des actions de justice et d’amour. Bien sûr nous pourrons toujours nous tromper même quand nous pensons avoir raison. C’est le lot de la fragile condition humaine.

 

Je crois que nos entrailles ressentent en premier lieu les douleurs immédiates, les injustices contre les corps visibles et c’est face à celles-ci qu’il nous incombe d’intervenir tout d’abord. La consternation et la commotion provoquée par la souffrance de la fillette de neuf ans ont été grandes. Et cela parce que c’est à cette vie présente et actuelle, à cette vie de fillette devenue femme violée et violentée parmi nous que nous devons en premier lieu respect et assistance. Ainsi comme membre de la communauté chrétienne, je salue l’attitude du Dr. Rivaldo Mendes de Albuquerque et l’équipe de CISAM de Recife ainsi que la mère de la fillette et toutes les organisations et personnes qui lui sont venues en aide en ce moment de souffrance qui certainement laissera des marques indélébiles dans sa vie.

 

Certains lecteurs diront que ma position n’est pas la position officielle de l’Église catholique romaine. Mais d’ailleurs, que signifie aujourd’hui la parole officielle? Qu’est donc l’Église officielle? L’institution qui se présente comme la représentante de son dieu et ose condamner la vie menacée d’une fillette? L’institution qui se considère sans doute comme la meilleure observante de l’Évangile de Jésus?

 

Je n’identifie pas l’Église à l’Église hiérarchique. La hiérarchie n’est qu’une infime partie de l’Église. L’Église est la communauté de femmes et d’hommes disséminée de par le monde et attentive aux personnes tombées sur les routes de la vie, aux porteurs de souffrances concrètes, aux cris des peuples et des personnes en recherche de justice et de soulagement de leurs douleurs aujourd’hui. L’Église est l’humanité qui s’entraide à supporter ses douleurs, à soulager ses souffrances et à célébrer ses espérances.

 

Continuer à excommunier, à inclure et à exclure, semble de plus en plus favoriser la croissance de relations autoritaires, irrespectueuses de la dignité humaine, surtout quand cela surgit d’institutions qui prétendent enseigner l’amour du prochain comme loi suprême. De qui Mgr José Cardoso et certains évêques se sont-ils faits les prochains dans ce cas-ci? Des fœtus innocents, diront-ils, ceux précisément qui ont besoin d’être protégés contre l’ « holocauste silencieux » commis par des femmes et leurs alliés. En réalité, ils se sont faits prochains du principe qu’ils défendent et se sont distanciés de la fillette agressée et violentée tant de fois. Ils ont condamné qui a recueilli cette fillette tombée sur la route de la vie et ont sauvegardé leurs lois et la volonté de leur dieu. Ils croient que l’interruption de grossesse de la fillette serait une atteinte à la seigneurie de Dieu. Mais les guerres, la violence sociale croissante, la destruction de l’environnement ne seraient-elles pas également des atteintes qui mériteraient davantage dénonciation et condamnation?

 

Pardonnez-moi si, sans vouloir juger les personnes, mais devant l’inconsistance de certains arguments et l’insensibilité aux problèmes vécus par la fillette de neuf ans, je suis prise aux entrailles d’une espèce de colère solidaire.

 

En fait, un schisme historique est en train de se construire et de croître dans différents pays. La distance entre les fidèles et une certaine hiérarchie catholique est marquante. L’incident relatif à l’interruption de grossesse de la fillette de Pernambuco n’est qu’une action d’autoritarisme entre tant d’autres et de méconnaissance de la complexité de l’histoire actuelle que la hiérarchie a commis.

 

Dans la mesure où ceux qui se croient responsables de l’Église prennent leurs distances de l’âme du peuple, de ses souffrances réelles, ils établiront un nouveau schisme qui accentuera encore plus l’abîme entre les institutions de la religion et les vies simples du quotidien avec leur complexité, leurs défis, douleurs et petites joies. Les conséquences d’un schisme sont imprévisibles. Il suffirait d’apprendre les leçons de l’histoire du passé.

 

Je termine ce court texte en rappelant ce qui est écrit dans l’Évangile de Jésus de différentes manières. Nous sommes ici-bas pour vivre la miséricorde entre nous. Et tous, nous avons besoin de cette miséricorde, unique sentiment qui nous permet de ne pas ignorer la douleur des autres et nous aide à porter les lourds fardeaux des uns et des autres.

 

Texte envoyé à la Correspondance unitarienne par Philippe de Briey, le 15 mars 09

 

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Published by Yvone Gebara - dans la Contre-Réforme
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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 19:12
Ce sont des chrétiens judaïsants ** originaires de la Russie qui se sont séparés de l’Eglise orthodoxe russe au XVI - XVIII°s. Ils ne reconnaissent pas le dogme de la Trinité et les historiens les classent comme unitariens ***.
en anglais : * Molokan,** Sabbatarian, ** Unitarian ; en espagnol : Molokanes

Eux-mêmes se désignent comme "chrétiens spirituels". A partir des années 1670, leurs compatriotes les ont désignés comme "moloko" (buveurs de laits) car, ne pratiquant pas les 200 jours fériés et de jeûne décrétés par l'Eglise orthodoxe, ils continuaient tranquillement à boire le lait de leur élevage !  Ils ont adopté ce sobriquet en se référant à un verset de la Première épître de Pierre "Ecartez donc toute malice, toute ruse, hypocrisie, envies, toutes les calomnies, et comme des enfants nouveaux-nés désirez ardemment le pur lait de la parole , pour que vous croissiez par lui pour le salut, si vous avez goûté que IHVH est bienfaisant(traduction André Chouraqui).

L'appellation de "moloques" est utilisée en Turquie et reprise par l'encyclopédie Wikipedia. Ndlr : nous l'utiliserons, quant à nous, comme adjectif, par exemple "les chrétiens moloques", par contre nous dirons les molokanes afin de tenir compte de l'internationalisation de cette appellation.

Voir nos articles précédents sur les hérétiques de l'Eglise orthodoxe de Russie


Molokanes en Géorgie au XIX° siècle / mariage au XX° siècle

Ils ont été déplacés aux frontières de l’Empire russe (Sibérie, Caucase, Turquie, etc.) sous l’impératrice Catherine II (années 1830), puis autorisés par Nicolas II (en 1903) à émigrer dans les pays étrangers (Canada, Etats-Unis, Mexique, Uruguay, Australie, etc.). Aujourd’hui, on peut les estimer à quelques 50 000 fidèles.

Au sein de cette diaspora, certains ont pu réussir, comme par exemple les viticulteurs russes de la vallée de Guadalupe en Basse Cafifornie au Mexique qui prirent le relais des Jésuites qui y étaient installés pour déservir la célèbre Mission catholique consacrée à la Virgen qui avaient été fondée par les dominicains. Lien. C’est le cas entre autres des vins Bibayoff de renommée mondiale. Lien  



Avec l’aide de la diaspora, les molokanes ont construit un centre communautaire mondial en Russie, en piémont nord du Caucase ("Molokan Center" sur la carte). Lien. La Russie encourage leur retour en leur pays natal, comme par exemple pour les molokanes de Géorgie qui sont invités à s'installer dans la province de Krasnodar.


Lire aussi nos autres articles sur les chrétiens moloques et les hérétiques de l'Eglise orthodoxe russe dans la rubrique "Europe" de ce site.
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Published by Jean-Claude Barbier - dans les molokanes
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:48

Les molokanes * sont apparus dans la seconde moitié du XVIème siècle, vers 1550, durant le règne d'Ivan Le Terrible (1533-1584), et ont pris leur essor au début du siècle suivant.
* par francisation du mot Molokans qui les désigne en anglais. En russe Молока́не (moloko) qui signifie “ lait ”, ceci par allusion au fait que les molokanes, paysans et éleveurs, buvaient du lait les jours de jeû
ne de la majorité orthodoxe. En Turquie, ils sont appelés les moloques.

La région de Tambov a été le berceau de la nouvelle foi, avec Mathieu Simon Dalmatov (au XVI° siècle), puis Siméon Uklein (au XVIII°). Les populations Mordves, établies à l'ouest de la Volga et occupant un territoire qui s'étend de l'Ukraine à l'Asie centrale, embrassèrent la nouvelle foi, lui assurant un bassin géographique initial.


femmes erzianes en tenue traditionnelle ; jeune fille moloque en veste de cuir rouge

Les Mordves sont un peuple de langue finno-ougrienne soumis en 1551 par Ivan IV le Terrible après la prise de la ville tartare de Kazan. Ils sont 1,1 million de personnes, dont 28% résident dans la Mordovie (où ils constituent 33% de la population). Ils sont majoritairement orthodoxes et luthériens, avec quelques moloques. En fait, leur appellation ethnique recouvre deux entités : les Mokchanes proviennent du bassin de la rivière Mokcha (ils incluent les peuples Karataï) et les Erzianes qui, eux, proviennent du bassin de la rivière Soura (et qui incluent les peuples Chochka et Terioukhanes).

Les molokanes étaient 91 500 au recensement de la population russe de 1909 dont plus de la moitié en exil en Sibérie (31%) et dans le Caucase (23%). Voir carte. Ils ne sont plus que 50 000 aujourd’hui répartis dans de nombreux pays. Il existe de petites communautés dans plusieurs pays en dehors de la Russie et Sibérie : en Géorgie, Arménie (où ils sont 5 000), Azerbaïdjan, et en Turquie* ; en Iran, en Syrie (sans doute à partir du Caucase), en Mongolie et en Chine (sans doute à partir de la Sibérie), au Canada (Colombie britannique, Alberta) et aux Etats-Unis (San Francisco et Sacramento en Californie, Arizona, Oregon, Montana, Wyoming, Washington, Alaska), en Amérique du Sud (vallée de Guadalupe au Mexique, Brésil, Uruguay), enfin quelques familles en Australie. Certains reviennent volontiers en Russie dont ils ont gardé la langue.
* La plus importante communauté réside dans le nord-est de l'actuel Etat turc (dans la province de Kars où ils furent déportés en 1876-77 lorsque ce territoire fut conquis par les Russes sur la Turquie) , ainsi qu'à Istamboul et à Ankara ; ils parlent peu le turc, préférant encore le russe.

congrégation moloque en Russie au début du XX° siècle

Contact :

aux Etats-Unis. A.J. Conovaloff, courriel


Documentation :
en français,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Moloques,
http://actua.unitariennes.over-blog.com/categorie-1204765.html
en anglais,
http://molokane.org,
http://en.wikipedia.org/wiki/Molokan (ndlr - attention : la référence aux Bogomiles y est tout à fait fantaisiste / the reference to Bogomils is quite fanciful).
en espagnol,
la communidad rusa en Mexico,
http://www.folklorico.com/peoples/baja-norte/rusos.html

Les unitariens - qui sont eux-aussi des chrétiens hérétiques ! - se sentent en toute sympathie avec cette communauté. Nous souhaitons que des liens s'établissent entre nous.

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:20

Un centre communautaire mondial a été construit en 1997 à Kochubeevskoe, au sud de la ville de Stavropol, en Russie, au piémont nord du Caucase. Pour une mouvance qui a été toujours décentralisée et géographiquement dispersée par l'exil, ce centre, soutenu principalement par les migrants qui ont réussi à l’extérieur, est susceptible de fidéliser ceux-ci et de redonner un second souffle de style moderniste à cette vieille religion chrétienne. Lien.


vue générale du Centre communautaire mondial vue sous deux angles

Les molokanes font leur culte dans leurs maisons et n'ont donc pas de lieux de culte distinctes, sauf ici au niveau de leur centre mondial. L'architecture de leur salle de réunion témoigne de l'originalité de leur mouvement (pas de coupole comme chez les orthodoxes, pas de néo-gothique comme chez les luthériens, etc.).


prière à Dieu au Centre communautaire mondial


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Published by Jean-Claude Barbier - dans les molokanes
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:03

Ce mouvement, scripturaire, est centré sur la Bible et rejette les ajouts orthodoxes : le pouvoir de Droit divin du Tsar, mais aussi le culte des icônes, les fastes de l' Eglise, l'organisation épiscopale, les fêtes des saints. Ils refusent aussi le service militaire. Ces paysans chrétiens boivent du lait lorsque les orthodoxes, eux, font leurs jeûnes (d'où leur appellation de " buveurs de lait " !).

Le mouvement est aussi judaïsant et reprend à son compte les prescriptions alimentaires du Lévitique dont les nourritures impures comme le porc ; et il présente certaines ressemblances avec la cacheroute juive. Ils rejettent la croyance en la Sainte-Trinité et ne pratiquent pas le baptême par l'eau (est-ce à dire qu'ils préfèrent le baptême par le feu de la Pentecôre ?). En cela, ils s'inscrivent dans la judaïsation endogène de nombreux groupes.


Mais contrairement aux doukhobors, ils vénèrent la Bible : le culte consiste à lire les Ecritures et à chanter des cantiques qui en sont inspirés.

Depuis leur création, les molokanes ont donné naissance à de nombreux groupes religieux porteurs de variantes (Molokan-Subbotniki, Jumpers, molokanes du samedi, vodianie, molokanes du Don, Maksimists, etc.). Les plus nombreux en Russie actuelle seraient les Postoiannye (inchangés), qui se présentent comme les plus fidèles aux traditions moloques des origines.

Aujourd'hui encore les Molokans-Subbotniki, le groupe des Subbotniks d'origine moloque, conservent quelques particularités vis-à-vis des autres Subbotniks, comme le refus du Talmud, mais les références à Jésus semblent avoir disparues de leurs croyances, et on ne peut plus les considérer comme chrétiens.
Les communautés qui adhèrent totalement au judaïsme orthodoxes, y compris le Talmud, s'auto-désignent souvent (encore que cela semble varier selon les communautés) comme Gery, une forme similaire à l'hébreu Gerim : les convertis.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans les molokanes
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 19:55

A chaque élection, c’est l’effervescence – ou plutôt le " grenouillage " – au sein des partis politiques : décisions par le haut (pudiquement appelés " arbitrages ") et bouderies, voire rébellions en bas. Le système veut que les élus, même s’ils ont été méritants, ne soient pas assurés de se voir à nouveau présentés par leur parti. " On " peut leur préférer un autre genre (pour respecter le quota des sexes à 50%) ou encore les écarter au profit d’un parachuté ou leur préférer un autre candidat local plus en cours auprès des instances dirigeantes (eh oui ! les bandes, çà existent dès lors qu’il y a centralisation d’un pouvoir)*. Adieu carrière, mais aussi tout le travail de relations et de dossiers que le brave élu a pu faire durant son mandat.

* Voir par exemple sur le site du journal Libération la critique actuelle du PS par des élus qui se trouvent écartés par la nouvelle direction de leur parti : "Au PS, on touche le fond sur les européennes", rubrique " Politiques ", le 6 mars 2009. Lien


Qu’un élu soit changé après débat de sa section politique local, c’est là le jeu d’une démocratie ; mais il s’agit de tout autre chose : un diktat venu des sphères dirigeantes des partis. A ce jeu, nos députés – pourtant bel et bien élus par le peuple (et, rappelons le, pas par les seuls militants de leur parti) – ne sont plus que des fonctionnaires de leur parti, éjectables à moindre échéance électorale, non par résultat du scrutin, mais, à priori, selon les stratégies de leur hiérarchie politique. Le système est si bien établi et admis que les candidats qui se présentent comme " indépendants " sont taxés de tricheurs car cachant leur véritable identité et se refusant de jouer le jeu démocratique !

Quid, me direz-vous, du renouvellement des élites, de la fin des cumuls de multiples fonctions, de l'hégémonie de baronnies locales ? Certes ces questions interpellent, mais l’éthique démocratique veut qu’elles soient traitées avec des méthodes transparentes et en respectant les personnes. Elles peuvent parfaitement l’être lors de débats locaux et non par des oukases jacobins.

La démocratie au sein d’un parti politique n’est pas seulement une affaire de programme, ni même de personnalité du chef (ou de la cheftaine), mais bel et bien des processus décisionnels mis en œuvre en leurs seins. De vertueux démocrates clament leur foi à toute occasion, mais pratiquent ni plus ni moins le jeu des factions, les noyautages, le clientélisme ; bref, c'est le grand écart !




Martine Aubry et Ségolène Royal dessinées par Gérard Eleouët, toutes pimpantes lors du congrès de Reims où chacune, haute en couleurs, défendait, avec le talent qu'on leur connaît, ses convictions ; puis, après, au lendemain des prestations publiques, Martine Aubry seule à la tête de l'appareil, en institutrice d'école primaire, couleur sépia qui convient aux choses du passé, disciplinant sa classe d'élèves ... L'envers du décor ! La vie interne des partis politiques serait-elle donc si tristounette ?
Les caricatures de G. Eleouët peuvent être vues sur son blog personnel "Staricature", ou encore sur celui des "
Grandes gueules". 

Il en va aussi des évêques dans les Eglises catholiques (la romaine et les parallèles), bien qu’ils continuent à être présentés comme de braves pasteurs qui, comme Jésus, consacrent leur vie à leurs brebis. Ceci dit, il suffit d’une décision venue d’en haut pour que l’évêque se retrouve dans un autre diocèse, voire un diocèse qui n’existe plus – virtuel – comme celui de Partenia en antique Tunisie pour Mgr Jacques Gaillot en 1995, et qu’il doive en conséquence (en berger d’un jour, en mouton obéissant) abandonner ses fidèles brebis !

En économie, les entreprises familiales cèdent le pas devant les sociétés anonymes et le pouvoir passe aux mains de PDG nommés par quelques gros actionnaires et bombardés à l'occasion " capitaines d’entreprise " avec juteuses prébendes.

Dans la vie associative, l’entrisme d’activistes extrémistes parfaitement rôdés à cet exercice mène parfois / souvent à des mainmises sur des associations de la société civile qui sont alors politisées, " récupérées " d’une façon unilatérale.

Allons nous donc, dans tous les secteurs, vers une société où le local perd son autonomie, vers une société de "fonctionnaires" ?

Au rythme où va cette captation des énergies entrepreneuriales et des initiatives locales, il ne restera bientôt plus que certaines communautés religieuses, telles les Eglises locales du protestantisme gérées par des conseils presbytéraux jaloux de leurs prérogatives. Les unitariens se rattachent à cette tradition d’autant plus que la plupart d’entre eux sont héritiers, sur le plan ecclésial, du congrégationalisme : la communauté qui a fondé une Eglise locale en reste propriétaire, même si les générations suivantes modifient les orientations initiales (comme dans le cas des congrégations unitariennes-universalistes).

Ors, les projets pensés, mûris, concrétisés par un individu ou un groupe ont une cohérence, une volonté, une ténacité envers et contre tout. Ils sont effectivement têtus, savent survivre ou se reconvertir, ne ménagent pas leur peine ni leur temps, savent se réjouir lorsque les fruits arrivent. Ils sont du côté des paysans et des artisans et non des multinationales irresponsables vis-à-vis de ceux qui sont attachés à un terroir, à une patrie, à une tradition.

Respectons le travail d’autrui, encourageons nos entrepreneurs locaux dans toutes les sphères de notre vie sociale, soyons attentifs à ceux à qui nous avons délégué des responsabilités (et pas seulement pour les critiquer à tout bout de champ !), valorisons nos propres ressources en tout domaine. Ainsi y aura-t-il davantage de continuité dans les efforts, et moins de bougeotte selon l’orientation des vents, de la mode à penser, des arrivistes de tout bord qui arrivent effectivement au pouvoir ... et servent d’abord leur propre coterie.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans vive l'inter-convictionnel !
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