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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 11:10

La Pentecôte : et si le Souffle était en nous ?

par Charles Nicol
prédicateur laïc de l’Eglise réformée de Nantes et Loire-Atlantique, secteur Saint-Nazaire,
prédication du dimanche 18 mai 2008 au temple de Saint-Brévin l’Océan,
publié en article à la Une dans le bulletin n° 91, mai 2009, de la Correspondance unitarienne.

La Pentecôte ! […] quelle curieuse histoire que ce "Saint-Esprit" qui vient dont on ne sait où, sous forme de flammèche sur la tête des apôtres. Essayons d’y voir plus clair. Il faut bien reconnaître que chez les protestants, la Pentecôte ne fait pas vraiment recette. La tradition libérale réformée ne cache pas son scepticisme - moi le premier- à l’égard de ce passage raconté dans les Actes des apôtres et qui devient dogme au IIème siècle. Ce scepticisme a même divisé les protestants au XVIème siècle et envoyé certains d’entre eux au bûcher comme ce malheureux Michel Servet.

Pour commencer mon propos, il faut aussi admettre que beaucoup ne connaissent pas la réelle signification et l’origine de cette fête qui est juive avant tout. On venait de loin pour célébrer à Jérusalem la Pentecôte. Elle avait lieu au temps des premières moissons, cinquante jours après la pâque, d’où son nom grec qui signifie 50.


Ces 50 jours qui séparent Pâques de la moisson étaient aussi chez les juifs, un temps fort pour commémorer la promulgation de la loi, des dix commandements, donnée par Dieu à Moïse au Sinaï. Dans l’Ancien testament, la première partie de notre Bible, il s’agit alors de remercier Dieu, de se souvenir du long exode, de remercier la moisson fruit de l’alliance entre un Dieu créateur de toutes choses et les hommes. C’était un moment important durant lequel il était rappelé que l’alliance ne pouvait être rompue sinon le pire pouvait se produire : sécheresse, inondation, famine… La Pentecôte était aussi la fête du travail des hommes, une sorte de 1er mai de l’époque. Bref tout avait été donné par Dieu à Pâques, lorsque le peuple d’Israël se mit en marche pour fuir l’Egypte. La Pâque était la célébration de la libération du peuple hébreu. C'est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C'est le passage de l'esclavage à la liberté. C'est la renaissance du peuple d'Israël, comme le printemps est la renaissance après l’hiver.

Pâques, c'est le triomphe de la liberté sur l'esclavage. Pâques, c'est la fête de la libération, la fête de la liberté. Maintenant à nous de faire un effort et de récolter la moisson qui nous est offerte.
 

Pour les premiers chrétiens, ce qui se passe est un peu différent même si la Pentecôte revêt cette même symbolique. A Pâques, Dieu a donné son fils Jésus. Mais sans lui, les apôtres et disciples sont perdus, isolés, déconcertés parfois. Ils ont peur de l’extérieur. Ils sont désarmés, sans la force de la parole de Jésus. Il n’est plus là ; que faire ? Repliés sur eux-mêmes, effrayés à l’idée de propager les paroles du Christ, ils étaient voués à une disparition quasi certaine. Et dans cet épisode de l’Acte des apôtres, Dieu intervient. Quoi en penser ?
 
Ascension et Pentecôte, peinture de Françoise Burtz

Ce qui a été appelé " le Saint-Esprit ", est avant tout le souffle de Dieu, ce souffle qui nous met en marche, qui nous donne du courage, que nous percevons parfois ou pas du tout la plupart du temps. Les Hébreux avaient le Livre. Les premiers chrétiens n’ont rien. Les évangiles ne sont pas encore écrits. Les Eglises ne sont pas organisées. Plus tard, les auteurs du Nouveau testament se sont inspirés du judaïsme : ils ont retrouvé une fête juive en lui donnant une nouvelle signification. Ce n'est pas le don de la Bible que le christianisme célèbre mais le don de l’Esprit. Le judaïsme est une religion du livre ; le christianisme est dorénavant une religion de l’Esprit.

N’oublions pas en effet que les autorités religieuses ont condamné Jésus parce qu'ils lui reprochaient que sa parole n’était pas fidèle à la loi de la Bible. Il ne s'agit pas de condamner l’Ancien testament, mais de comprendre que l’Esprit est plus important que le Livre. A cet instant, plutôt qu'une religion, le christianisme est avant tout une spiritualité.

Avec le christianisme, on change radicalement la façon de concevoir Dieu. Jésus est le dernier prophète, l'homme qui fait descendre Dieu sur Terre. Celui qui aime Dieu mais n'aime pas son prochain n'aime pas Dieu. L'amour de Dieu n'est rien sans l'amour du prochain. La Pentecôte, c'est avant tout l’Esprit de fraternité. Un être saint, c'est un être de grande bonté, un être qui aime son prochain plus que tout. C'est l’Esprit d'amour qui nous anime et nous fait aimer notre prochain comme nous-mêmes. Célébrer la Pentecôte, c'est rendre grâce à l’Esprit de fraternité, esprit d'amour fraternel, amour universel qui agit en nous comme une force extraordinaire. C'est cet amour qui fait transporter des montagnes !

Pour comprendre l’Esprit de Jésus, il suffit de lire la parabole du Bon Samaritain.
Jésus réprouve les prêtres, qui disent ce qu'il faut faire mais ne sont pas capables d'aimer leur prochain.

Dans l’épisode de la Pentecôte, les apôtres se mettent à parler dans toutes les langues. Ils nous rappellent ainsi par ce beau symbole, que le monde n’est pas uniforme et que certaines grandes puissances feraient bien de s’en inspirer. Ils nous rappellent aussi que pour aller vers autrui, il faut aimer le monde et chercher à comprendre, à connaître ce qui nous entoure et rencontrer l’étranger. Et il est vrai - c’est bien naturel - que nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas. Ici c’est tout le contraire qui se produit. Non seulement les apôtres reprennent confiance en eux-mêmes mais Dieu leur manifeste sa confiance. De nos jours on appellerait cela un contrat de confiance.

Ce contrat nous rappelle aussi que notre destin est entre nos mains. Fini de compter tout le temps sur les autres ou sur Jésus. Fini de croire que Dieu détient tout entre ses mains. Il n’est pas là. Ce Dieu là autrement serait un Dieu liberticide, un Dieu de superstition. Fini d’invoquer Dieu quand ça ne va pas et de l’oublier quand tout va bien ou mieux.

Notre Dieu, est un Dieu optimiste, confiant dans les hommes. Il n’attend pas de nous que nous soyons des adorateurs d’idole ni des peureux, mais des femmes et des hommes veillant à conduire le mieux possible nos vies et nos familles.

Le souffle de Dieu est en nous ! C'est à nous d'aimer l'autre ! C'est à nous de faire le premier pas ! Cessons de réclamer un esprit qui nous vienne du ciel ! Aide-toi et le ciel t'aidera ! Aime et tu seras aimé ! Aime avant de chercher à être aimé !
  

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Published by Charles Nicol - dans le temps des évangiles
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