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Extrait de « Patience et passion d'un croyant », 1990, éd. DDB, pages 66-68, envoyé à la Correspondance unitarienne par Antoine Girin. Publié dans le bulletin n° 127, mai 2013, de la Correspondance unitarienne consacré à Charles-Henri Matile, lui-aussi "homme de la terre" (lien).

marcel legaut bergerCe qui m'a le plus apporté, ce n'est pas la vie paysanne en elle-même, mais le fait d'accomplir ce que j'avais à faire. Cependant la vie paysanne a ses vertus propres. C'est une certaine manière d'être, une certaine familiarité avec les choses - chien, troupeau, champs, arbres... - qui journellement nous entourent, dont on use avec sobriété, avec le souci de les économiser, de les faire durer, de les accroître ; une certaine solidarité et même une communion avec ce qui naît, pousse, vit et meurt dans le grand silence et l'anonymat fraternel de la nature ; cette terre, qui me nourrit, où je suis enraciné, où je suis chez moi, au sein de laquelle je suis enfoui, où mon corps sera enseveli, mais que je transcende par ce que je suis. De là, une vigueur, une rusticité, une sobriété de vie où le soin et l'ordre règnent, soutiennent aux heures de fatigue par une présence maternelle. Sans conduire à l'abondance, elles évitent le gâchis, le gaspillage, ces affronts au labeur de 1'homme, ces péchés qui préparent la pénurie, et peut-être les famines de demain. De là aussi, quand on s'exprime, des images qui viennent spontanément à l'esprit, sur les lèvres, un ton personnel, une présence. J'ai connu ici des êtres qui marquaient les lieux de leur présence et dont le souvenir y est ineffaçablement attaché, comme s'ils en avaient fait partie non seulement pendant leur vie, mais encore maintenant, même lorsque, à cause de leur absence, tout s'ensauvage là où ils avaient tant travaillé et peiné. Eh oui ! durant trente ans, j'ai mené cette vie paysanne. J'ai ralenti mon effort dans les dernières années. J'ai tenu les terres dans l'espoir que mes enfants m'y succéderaient. Un de mes f1ls a repris les Granges, deux autres Val-Croissant. (…)

Le rôle d'un pays comme celui-ci est de favoriser la conversion intérieure. Devant les dimensions de la nature, on prend conscience de sa petitesse, mais aussi de la grandeur spécifique de son humanité. Là où l'homme travaille, la nature la plus sauvage prend un visage fraternel. Sans doute, on ne trouve pas ici l'excitation que donne la ville, ce style, ce brillant. Mais la profondeur demande le silence. Ici il est plénier comme en plein ciel, ce ciel de Provence immense, profond, lumineux. (…)

Mais n'améliorons pas le tableau. Il faut dire honnê-tement que je n'étais pas placé dans les conditions d'insécurité des autres paysans. J'avais hérité de mes parents et de mes beaux-parents une certaine fortune. J'avais d'autre part demandé à être mis en congé de l'Université, ce qui m'avait été accordé. - L'Admi-nistration est plus compréhensive à l'égard des « fonc-tionnaires d'un certain grade» qu'envers les lampistes. Je conservais ainsi mes droits à une retraite, qui s'est montrée tellement plus copieuse que celle d'un paysan d'ici ! Cela m'a permis de donner à mes enfants une éducation et des possibilités d'avenir qu'un paysan est rarement en mesure de procurer aux siens. Il est nécessaire de préciser cela, afin de ne pas farder la réalité.

Beaucoup de jeunes d'aujourd'hui rêvent d'un retour à la terre. Ils voient le dessus du problème. Mais la vie est faite des dessous. Il faut qu'ils le sachent. Même en vivant pauvrement on est obligé de prévoir l'avenir. Il n'y a que dans les monas-tères riches où les moines vivent pauvrement, qu'on n'est pas obligé de le faire. Il est difficile de trouver un équilibre dans sa manière de vivre quand on vient de la ville, car les mœurs paysannes ne sont pas spon-tanément naturelles pour un citadin, ou alors on vit en farfelu ; ce n'est pas sérieux, cela ne dure pas long-temps. Ce qui paraît normal à celui qui est enraciné depuis toujours dans le pays met le citadin en porte--à-faux s'il se force à s'y conformer. La vie paysanne, elle aussi, est rude et contraignante. En somme, rien de moins facile, rien de moins idyllique. Mais au vrai, ces jeunes n'ont pas tort, et s'ils réus-sissent, ils ont raison. Peut-être la voie qu'ils s'efforcent de réouvrir se montrera-t-elle à plus ou moins longue échéance une impasse. Qui peut l'assurer devant les problèmes gigantesques que posent les civi-lisations citadines et industrielles ? Mais du moins peut-on affirmer que de telles voies, même si elles sont conduites à échouer, aideront ceux qui s'y consa-crent à atteindre à une profondeur humaine et à une foi dont le monde, de toute façon, aura besoin pour surmonter les situations critiques qui se présenteront dans l'avenir.

Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 08:45
- Par Marcel Légaut - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Le bulletin n° 127 de la Correspondance unitarienne, de mai 2013 (lien), est tout entier consacré à Charles-Henri Matile, protestant libéral de sensibilité unitarienne-universaliste du canton de Neuchâtel en Suisse.

 

Suite à notre article sur ce site où nous le présentions comme "un homme de la terre" avec, en écho, la référence à Marcel Légaut (lien), ce bulletin de la Correspondance unitarienne comporte un extrait du livre de ce dernier auteur "Patience et passion d'un croyant" qu'il publia en 1990, et que nous avons mis en ligne sous le titre "Marcel Légaut : les vertus de la vie paysanne" (lien).

 

Emile Mihière s'est montré sensible au "plaidoyer pour une religion d'avenir" de l'auteur.

 

Dans un style alerte et lisible pour tous, l’auteur du « Miroir des Eglises », ancien enseignant, nous expose son point de vue et ses expériences sur la réalité du monde, des religions qui nous proposent chacune à leur manière l’idéal d’une vie et d’une pensée qui, pour la plupart du temps, ne tiennent pas la route scientifiquement, ni même raisonnablement.

Si l’auteur s’en prend avec un humour vigoureux à toutes les institutions qui disent posséder « La Vérité », il souligne plus fortement encore les convergences positives qui aboutissent au Dieu universel au-dessus et parfois en dehors de nos « boutiques » cléricales. « Dieu », une source de vie aimante qui nous accompagne de notre naissance jusqu’à la mort et (pourquoi pas) au-delà …

Cette énergie divine, diffuse dans les textes dits sacrés des diverses religions, n’est-elle pas aussi inscrite dans notre patrimoine génétique, nous incitant à œuvrer ensemble, que nous soyons croyants ou incroyants, pour un monde juste et fraternel, suscitant des hommes de bonne volonté …

 

Et Jean-Claude Barbier évoque la correspondance commencée en janvier 2012 qu'il a eue avec Charles-Henri Matile : "Les mots de l'auteur".

 

charles-henri_matile_CH-fond.jpgConstatant la forte déchristianisation en cours en Suisse romande comme dans d’autres pays de l’Europe occidentale, tant chez les catholiques que chez les protestants, Charles-Henri Matile, au terme d’une vie active (il va vers les 70 ans) comme enseignant, s’appuie sur son expérience, ses lectures et ses réflexions personnelles pour prôner une « théologie sans œillères », loin des cercles religieux bien pensants et unanimistes (qui, bien qu’en nette perte de vitesse, n’en continuent pas moins, pense-t-il, à être protégés « d’une façon intéressée par les médias et les politiciens »).

Charles-Henri Matile : randonnée en ski.

Sa fibre est résolument populaire : « Ce n’est pas pour moi que j’ai écrit Le  Miroir des Eglises, mais  pour vous, pour le peuple, pour tous les gens qui se posent des questions ». Il a écrit dans « un langage aussi simple et accessible que possible ; donc pas à l’intention d’intellectuels concepteurs de théories sinueuses auxquelles les gens ne comprennent rien ! ».

Son livre ne manque pas d'optimisme puisqu’il vise un changement de nos mentalités : « Au travers d’une conception d’un christianisme réellement ouvert qui ne cherche pas à proclamer La Vérité, il contient quelques vérités pas toujours dans  la ligne  inamovible d’une certaine société bien pensante et religieusement correcte ». Une œuvre  destinée  à secouer l’inertie d’une société qui baigne dans un matérialisme béat, égoïste et suffisant. En perspective, ni plus ni moins, « le développement d’une charte, espèce de manifeste éthique de tolérance au service de la liberté et de la paix religieuse ».

Son livre est la synthèse de nombreuses questions que les gens se posent sur leurs problèmes existentiels  et sur les Eglises qui ont de plus en plus de peine à convaincre. A l’exemple de sa vie, il est encyclopédique : « Des avis et réponses sur Dieu, les Eglises, la vie, la mort, l’éducation, l’environnement et la société, entre autres », mais il donne aussi des informations sur l’histoire religieuse : l’histoire du christianisme, de ses origines à la mosaïque d’Eglises actuelles,  sur l’histoire de l’Eglise protestante neuchâteloise de 1848 à nos jours (un point fort de son livre), sur l’islam et les religions asiatiques. Finalement, le lecteur y trouvera par touches successives « une analyse du phénomène religieux ».

Qu’on ne s’y trompe pas, ce livre sous son aspect touche à tout révèle non seulement un fort bon sens, mais aussi une bonne culture de l’auteur ainsi que le prouvent ses nombreuses citations. Ce livre est certes éclectique, mais il invite à un vagabondage curieux où l’on redécouvre des choses que l’on croyait connaître.

En prime, et c'est le projet de livre qui lui confère une bonne architecture interne, une vision élargie, au-delà du seul christianisme. Une « foi de camisard » comme aime le rappeler l’auteur, mais désormais ouvert sur le monde entier. D’où une bonne présentation de l’interfaith (l’inter-convictionnalité ; la mise en commun et le partage des spiritualités de l’Humanité) si chère à l'unitarisme-universalisme américain. Nous en avions déjà parlé dans nos Actualités unitariennes du 22 janvier 2012 : « Dialogue inter religieux et principes universels : une proposition de Charles-Henri Matile ». Nous reprenons volontiers avec lui sa devise préférée : « L’union dans la diversité pour un monde meilleur ».

 

Bibliographie :

 

- « Le miroir des Eglises », par Charles-Henri Matile, août 2012, Editions à la Carte, Genève, 150 p. ,

Fr. 28.00 (francs suisse) + frais de d’envoi. Vous pouvez commander le livre auprès de l’éditeur ou encore auprès de l’auteur : Charles-Henri Matile, avenue Robert 55 ; CH 2052, Fontainemelon NE, canton de Neuchâtel, Suisse, courriel (lien) ; tél. 0041 / (0)32 853 31 55, en versant 30 francs suisse par CCP 34-156081-0 (ce qui fait environ 25 euros).

 

dans La Besace des unitariens, à la rubrique : « sur le protestantisme libéral »

- « Après le départ de Ferdinand Buisson : le témoignage d'un protestant de Neuchâtel », par Charles-Henri Matile, message du 29 mars 2012 mis en ligne le 19 avril 2012 (lien).

dans les Actualités unitariennes, à la rubrique « A contre courant, le temps des prophètes »

- « Dialogue interreligieux et principes universels : une proposition de Charles-Henri Matile », par Jean-Claude Barbier, mis en ligne le 22 janvier 2012 (lien).
- « Le miroir des Eglises : un livre pour mieux regarder l'avenir », par Jean-Claude Barbier, mis en ligne le 21 février 2013 (lien).
- « Charles-Henri Matile : un homme de la terre », par Jean-Claude Barbier, mis en ligne 21 février 2013 (lien).
- « Charles-Henri Matile : les mots de l’auteur d’après une correspondance avec lui », par Jean-Claude Barbier, Correspondance unitarienne n° 127, mai 2013, mis en ligne le 8 mai 2013 sur cette page,
- « Charles-Henri Matile : son plaidoyer pour une religion d’avenir », par Emile Mihière, Correspondance unitarienne n° 127, mai 2013, mis en ligne le 8 mai 2013 sur cette page.

Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 07:28
- Par la Correspondance unitarienne - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Comme toute idéologie, le progressisme est volontariste et militant. Il attire à lui car il invite au progrès, au dépassement des moeurs et des coutumes jugés archaïques, à l’ouverture aux influences étrangères estimées plus évoluées, plus « modernes ». Il est généreux, voulant le mieux être de toute l’Humanité. Il défend des valeurs qu’ils jugent universelles. Il milite pour les combats dits « de Gauche », mais il est très largement partagé par beaucoup de gens qui peuvent voter à Droite. A son actif, on lui doit historiquement de grands et longs combats et des progrès décisifs. Toutefois, comme toute idéologie ne doit-il pas être soumis à la critique de la raison ?


Des succès parfois mitigés
Le divorce, oui, mais quid de l’instabilité matrimoniale qui fait souvent d’un mariage une comédie humaine de courte durée ! L’avortement, certes oui, mais quid des avortements à répétition qui sont pratiqués par certaines jeunes filles comme contraception ! La suppression de la peine de mort, mais que fait-on des récidivistes dangereux ! Le traitement médicamenteux des violeurs, mais que fait-on lorsqu’ils refusent ou cessent leur traitement ? Etc. Tout se passe comme si les progressistes abandonnaient la partie dès que la loi était votée, comme s’ils s’en désintéressaient après l’acquis, volant au secours d’autres causes, et occultant les incidents de parcours. Pas de service après-vente ! Ce sont des conquérants qui ne doutent pas des bienfaits de leurs victoires et non point des gestionnaires …


Parfois, la négation des réalités
Volontariste, désireux de modifier l’état des choses, dénonçant les mentalités installées, le progressisme en oublie de tenir compte des réalités. Il s’enfonce alors parfois dans des négations qui font fi à la fois du bon sens et des connaissances scientifiques.
Tour à tour on nous a doctement expliqué que tous les bébés naissaient égaux en intelligence et que c’étaient les milieux sociaux plus ou moins aisés, plus ou moins cultivés, qui faisaient toute la différence ; or les tests d’intelligence montrent des différences énormes et que les petits Mozart existent tout autant dans les milieux pauvres – l’observation courante le savait déjà fort bien.
On nous a aussi expliqué, toujours doctement, que le caractère, lui aussi, dépendait tout entier de l’éducation, mais force est de reconnaître que, au sein d’une même famille, la diversité existe bel et bien et est parfois extrême. La génétique nous explique d’ailleurs comment chaque individu résulte effectivement d’une combinaison particulière à partir des gènes transmis par les parents. Les études actuelles sur le monde animal vont dans le même sens.
Les théories anglo-saxonnes du « Gender » - le Genre en français – partant du constat que les valeurs traditionnelles d’une société et la culture influencent notre façon de vivre notre sexualité – ce qui est tout à fait vrai – en arrivent à nier tout substrat biologique, comme quoi ce serait la façon d’élever nos enfants et nos choix culturels qui détermineraient notre orientation sexuelle. Dans certains milieux féministes on éduque désormais les enfants en prenant soin d’éviter toute « discrimination », d’une façon indifférenciée par rapport au sexe de l’enfant : plus de rose ni de bleu, mais aussi plus de robes pour les filles et surtout plus d’armes pour les garçons ! et ces derniers obligés de faire pipi assis sur la cuvette des WC et invités à jouer avec les poupées.
On nous a prédit la fin du patriotisme, des appartenances particulières ; on nous a invité à une universalisation de la citoyenneté, et voilà que des rebelles identitaires se multiplient allant jusqu’aux drames liés à des immigrations mal digérées (affaire Mérah en France, affaire des deux frères tchétchènes à Boston aux Etats-Unis, etc.). Apprenons plutôt à mieux vivre nos identités héritées ou choisies et à vivre ensemble avec nos différences.
Au nom de la liberté, le progressisme veut accepter tous les mouvements, toutes les organisations, mais voilà que les courants les plus sectaires, les plus extrémistes, et les terroristes de tout poil s’engouffrent dans la brèche, révélant ainsi la fragilité de nos systèmes démocratiques libéraux.


La permissivité libérale
L’individu est roi, à commencer d’ailleurs par les enfants, et bien sûr les élèves dans nos établissements scolaires. Haro sur l’autorité qui est tout de suite soupçonnée d’être excessive, d’avoir enfreint les droits élémentaires (ce qui s’avère vrai dans certains cas, mais ce qui, de loin, n’est pas « automatique »). La répression est condamnée et les récidivistes ont toujours le droit à une nouvelle chance, sinon plusieurs ! Les droits à ceci et à cela se multiplient et on n’ose plus parler des devoirs, ce qui est une rupture du contrat social tel que le concevait par exemple Jean-Jacques Rousseau. Bien sûr, on condamne les excès trop voyants ; mais on se garde bien de réformer le système mis en place malgré ses ratées et d’exiger concrètement leurs devoirs aux citoyens.

 
L’effet de mode
Si vous ne suivez pas la mode, vous êtes classé comme ringard, conservateur, réactionnaire, etc. L’évolution des mœurs – quelle qu’elle soit – est non seulement permise, mais encouragée, valorisée comme espace d’innovation. Suivre devient une nécessité, indépendamment du contenu. C’est ainsi qu’on trouve toujours de bons arguments pour autoriser la prostitution, la consommation de drogues, la pornographie, le matraquage publicitaire poussant à la consommation, etc. Le profil de « bobo » s’est installé dans les milieux urbains, toujours plus à Gauche que les autres malgré son standing aisé.


La diabolisation des réfractaires
Gare à ceux qui ne marchent pas dans le même sens ! Le courant progressiste se veut populaire, au nom du peuple, et ne peut pas accepter que certains traînent les pieds, fassent des objections, voient autrement. Ils sont tout de suite traités de tous les noms. Cela devient une marche forcée ! Or, les changements de mœurs souhaitables et souhaités font l’objet de propositions et l’on entre alors dans une phase politique. A ce niveau, il est bien normal de discuter en toute démocratie des meilleures solutions, de celles qui peuvent être acceptées par la majorité des gens, qui ont des chances de durer. Le progressiste n’en a cure et va de l’avant, au pas de charge, quitte à scinder la société en deux. Il suit son évidence qui est celle – pense-t-il – des droits universaux … et qu'il veut imposer à tous et à toutes au nom d'une égalité des droits qu'il assimile à une uniformisation des statuts.

 

veilleurs-pour-la-famille.jpg

 

Aux partisans du « mariage pour tous », les veilleurs pour la famille, qui se réunissent chaque soir sur les Invalides à Paris et dans d'autres espaces verts en province, opposent une action non-violente (en rupture avec les catholiques intégristes de Civitas) pour exprimer leur attachement au droit des enfants à avoir un père et une mère qu’ils connaissent (et si possible avec qui ils puissent vivre). Valeurs refuge diront les progressistes. Quoiqu’il en soit, il est possible que la vague libertaire partie des révoltes estudiantines de 1968 marque le pas et que le balancier de l’Histoire reparte dans l’autre sens. Tout courant social, même les mieux intentionnés, s’accompagne en effet d’excès et d’effets pervers qui suscitent une réaction, d’où cette dynamique de balancier qui appelle à un rééquilibrage. On aurait tort de la sous-estimer. Ndlr - ajout du 4 mai 2013 : ces manifestations persistent bien après que la loi ait été votée et s'amplifie à Paris et dans des villes de province, voir le journal La Croix (lien).


En voulant élargir le mariage actuel aux couples homosexuels, le gouvernement français a touché à ce que de nombreuses personnes considèrent – à tort ou à raison - comme un fondement de notre société, d’autant plus que – en filigrane – se profile la légalisation à plus ou moins long terme des mères porteuses et des pères relégués au statut de simples géniteurs. Des voix isolées ont pensé qu’il eut mieux valu faire un statut matrimonial adapté aux seuls couples homosexuels, compte tenu de leur spécificité, lequel aurait certainement été mieux accepté.


Il ne nous appartient pas bien sûr de dire qui a tort ou qui a raison tant le débat est complexe et qu’il y a des arguments valables des deux côtés. Mais constatons que, parmi les manifestants, il y a une très forte majorité de jeunes. Sont-ils catholiques, chrétiens évangéliques, bourgeois, conservateurs, réactionnaires, extrémistes ? Le journal La Croix remarque que cela fait penser aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) que le pape catholique arrive à mobiliser lors de grands show internationaux – et que les jeunes mettent d’abord à profit pour le plaisir de se rencontrer entre eux ; on peut penser aussi à la reprise des pèlerinages qui drainent bien au-delà des seuls croyants.


Est-ce une « nouvelle Droite décomplexée » cette fois-ci hors parti, en quelque sorte populiste, indépendante, branchée directement sur Internet ? Je dirais volontiers qu’ils sont d’abord eux-mêmes, qu’ils ne se laissent pas conter par les partis politiques et les organisations religieuses, qu’ils ne sont pas blasés ni indifférents, qu’ils sont capables d’indignation, de faire la fête autour de valeurs qui leur sont chers, de persévérer dans l’action. Une émergence qui a surpris bien des observateurs ; qui s’amplifie au nez et à la barbe des médias qui y sont majoritairement très défavorables ; certains parlent même de vague.


En tout cas, la Non-violence est pour tout le monde et nous ne pouvons que saluer cette forme de manifestation pacifique (indépendamment de son contenu) en espérant qu’elle pourra contribuer à mettre fin aux dérapages violents et aux actes odieux d’homophobie qui sont survenus ces dernières semaines.


Comme tout article d’auteur, je n’engage que moi-même dans ce texte. Jean-Claude Barbier

Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 11:06
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Il fait penser indéniablement à un Marcel Légaut (lien) optant pour une vie rurale : « Je me sens plutôt un homme de la terre avec assez d’instruction pour le métier que j’ai exercé [instituteur] . C’est pour des gens comme moi que j’écris. J’ai passé ma vie dans un village du Val de Ruz entre Neuchâtel et la Chaux de Fonds et je ne pourrais pas m’imaginer en ville !  Il me vient maintes idées en soignant mon jardin, en promenade, en faisant du  ski de fond ou en coupant mon bois ».

charles_henri_matile_fendant_du_bois.jpg

Ne nous y trompons pas ! ces hommes ont une longueur d’avance sur bien de milieux intellectuels plus classiques dont certains sont complètement coupés des réalités, dans leurs bulles abstraites. Karl Marx l’avait déjà pensé : l’artisan et l’ouvrier, avec leurs mains, ont une meilleur connaissance des rapports sociaux car ils les vivent à la base ; … bon, il avait oublié semble-t-il les paysans qui pourtant, eux aussi, travaillent de leur main !
 

D’ailleurs le terme d’intellectuel ne s’adresse pas forcément aux diplômés de nos enseignements, mais suppose que la personne soit capable de produire des idées nouvelles, d’écrire des textes originaux, qui ne soient de simples duplicata. L’intellectuel est tout sauf un perroquet ! Combien de supposés intellectuels qui bavardent, se contorsionnent, retombent toujours sur leur pied avec des argumentaires à ne plus en finir, fuient les questions gênantes, sélectionnent les informations qui leur plaisent, manquent manifestement de courage, font preuve d’une générosité démagogique. Oui, retrouvons le bons sens et le contact direct avec les réalités de ce monde, avant d’écrire quoi que ce soit !


Charles-Henri Matile est un homme de cette trempe, habitué aux longs hivers de sa Suisse natale, connaissant bien les histoires locales de son canton, méditant à la Jean-Jacques Rousseau durant ses longs périples en ski ou lors de ses promenades champêtres, lisant avec curiosité le soir au coin du feu. Un homme de grand cœur parlant un langage direct, parfois rude à entendre car ce qu’il dit est de l’ordre des convictions.


Lisez son livre car il vous étonnera par sa force (lien) !

Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 10:19
- Par Jean-Claude Barbiers - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

charles_mathilde_le_miroir_des_eglises_couverture.JPGLe miroir des Eglises, par Charles-Henri Matile, août 2012, Editions à la Carte ( lien), Genève, 150 p. , Fr. 28.00 (francs suisse) + frais de d’envoi
Vous pouvez commander le livre auprès de l’éditeur ou encore auprès de l’auteur : Charles-Henri Matile, avenue Robert 55 ; CH 2052, Fontainemelon NE, canton de Neuchâtel, Suisse, courriel (lien) ; tél. 0041 / (0)32 853 31 55, en versant 30 francs suisse par CCP 34-156081-0 ou à son compte bancaire à la Banque Cantonale Neuchâteloise (BCN) à CH-2053 Cernier (canton de Neuchâtel),  n° H010 130 05 (ce qui fait environ 25 euros).

Présentation de l’éditeur en 4ème de couverture :
Né le 9 janvier 1943 à Fontainemelon, dans le Val-de-Ruz, Charles-Henri Matile est demeuré attaché à sa terre et a profité de sa retraite pour mettre le style sobre, intelligible et non moins élaboré qu’il a tenté d’inculquer à nombre d’élèves, au service de la spiritualité et de la paix dans le monde.
Au travers du développement d’un manifeste pour une fraternité humaine, un christianisme de tolérance, la liberté de conscience et le respect des croyances les plus diverses, l’auteur s’attache à démontrer que toute religion crédible découle nécessairement de l’Energie universelle qui soutient la vie et la création, et dont Jésus a été l’un des plus illustres ambassadeurs auprès de l’Humanité.
L’effort entrepris pour distinguer l’authentique de l’invention dans la religion devrait ne pas laisser le lecteur indifférent, sinon apporter des réponses aux questions d’une foule de gens que les Eglises ne parviennent plus à convaincre et pourtant en quête de spiritualité.
En tous les cas, Le Miroir des Eglises invite à réfléchir et arrive à point nommé pour s’associer au 300ème anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau.

Et pour l’auteur :
Plus précisément, LE  MIROIR DES EGLISES c’est :
- une analyse du phénomène religieux,
- l’image d’un christianisme altéré par l’histoire,
- une critique des Eglises dont les gens se détournent de plus en plus,
- des informations sur l’histoire de l’Eglise  neuchâteloise,
- une référence culturelle et spirituelle indispensable pour les gens qui ne veulent plus confier leurs enfants à l’Eglise !
- un plaidoyer pour un christianisme réellement ouvert, la liberté de conscience et le respect d’autrui,
- un effort pour distinguer la spiritualité de la religion,
- faire la part des choses sur cet islam qui défraye la chronique,
- un rappel de l’alternance universelle du yin et du yang,
- une synthèse de l’éthique commune aux grands sages de l’Humanité,
- une suite de réflexions sur la société, l’économie, l’éducation et l’environnement,
- le développement d’une charte au service de la paix dans le monde,
- une œuvre destinée à secouer l’inertie d’une société qui baigne dans un matérialisme béat, égoïste et suffisant.
- un livre écrit dans un langage accessible, loin des théories sinueuses d’intellectuels auxquelles les gens ne comprennent rien !

 

Jean-Claude Barbier : les mots de l'auteur à partir d'une correspondance (depuis janvier 2012) avec lui

 

Constatant la forte déchristianisation en cours en Suisse romande comme dans d’autres pays de l’Europe occidentale, tant chez les catholiques que chez les protestants, l’auteur, au terme d’une vie active (il va vers les 70 ans), s’appuie sur son expérience, ses lectures et ses réflexions personnelles pour prôner une « théologie sans œillères », loin des cercles religieux bien pensants et unanimistes (qui, bien qu’en nette perte de vitesse, n’en  continuent pas moins, pense-t-il, à être protégés "d’une façon intéressée par les médias et les politiciens").

 

Sa fibre est résolument populaire : « Ce n’est pas pour moi que j’ai écrit Le  Miroir des Eglises, mais  pour vous, pour le peuple, pour tous les gens qui se posent des questions ». Il a écrit dans « un langage aussi simple et accessible que possible ; donc pas à l’intention d’intellectuels concepteurs de théories sinueuses auxquelles les gens ne comprennent rien ! »


Son livre ne manque pas d'optimisme puisqu’il vise un changement de nos mentalités : « Au travers d’une conception d’un christianisme réellement ouvert qui ne cherche pas à proclamer La Vérité, il contient quelques vérités pas toujours dans  la ligne  inamovible d’une certaine société « bien pensante et religieusement correcte ». Une œuvre  destinée  à secouer l’inertie d’une société qui baigne dans un matérialisme béat, égoïste et suffisant. En perspective, ni plus ni moins, « le développement d’une charte, espèce de manifeste éthique de tolérance au service de la liberté et de la paix religieuse ».


Son livre est la synthèse de nombreuses questions que les gens se posent sur leurs problèmes existentiels  et sur les Eglises qui ont de plus en plus de peine à convaincre. A l’exemple de sa vie, il est encyclopédique : « Des avis et réponses sur Dieu, les Eglises, la vie, la mort, l’éducation, l’environnement et la société, entre autres », mais il donne aussi des informations sur l’histoire religieuse : l’histoire du christianisme, de ses origines à la mosaïque d’Eglises actuelles,  sur l’histoire de l’Eglise protestante neuchâteloise de 1848 à nos jours (un point fort de son livre), sur l’islam et les religions asiatiques. Finalement, le lecteur y trouvera par touches successives « une analyse du phénomène religieux ».


Qu’on ne s’y trompe pas, ce livre sous son aspect touche à tout révèle non seulement un fort bon sens, mais aussi une bonne culture de l’auteur ainsi que le prouvent ses nombreuses citations. Ce livre est certes éclectique, mais il invite à un vagabondage curieux où l’on redécouvre des choses que l’on croyait connaître.


En prime, et c'est le projet de livre qui lui confère une bonne architecture interne, une vision élargie, au-delà du seul christianisme. Une « foi de camisard » comme aime le rappeler l’auteur, mais désormais ouvert sur le monde entier. D’où une bonne présentation de l’interfaith (l’inter-convictionnalité ; la mise en commun et le partage des spiritualités de l’Humanité) si chère à l'unitarisme-universalisme américain. Nous en avions déjà parlé dans nos Actualités unitariennes du 22 janvier 2012 : « Dialogue inter religieux et principes universels : une proposition de Charles-Henri Matile » (lien).

Nous reprenons volontiers avec lui sa devise préférée : l’union dans la diversité pour un monde meilleur / In der Vielfalt verbunden für eine bessere Welt

Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 09:01
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

parmentier_portrait_au_culte.jpg Nous avons ouvert sur le site "Unitariens français", qui est le média officiel du Conseil des unitariens et universalistes français (CUUF), une rubrique permettant de regrouper et de publier tous nos documents concernant Roger Parmentier (1918-2012). Cette rubrique est à son nom. Nous y renvoyons bien volontiers nos lecteurs : ils y trouveront des photos inédites, une bibliographie, des articles, des témoignages, etc. (lien).

 

Nous vous conseillons aussi le site "Protestants dans la ville" de Gilles Castelnau qui présente aussi une rubrique à son nom (lien), sans oublier le propre site de Roger Parmentier "Guetteurs rebelles" (lien) qui est toujours maintenu ouvert.

 

En décembre 2012, la famille de Roger a diffusé auprès de ses amis un "cahier" de 32 pages récapitulant tous les témoignages reçus.

 

Photo vue sur le site "Les cathares, images d'hérésie" (lien), prise lors de la bénédiction du mariage de Gwendoline (historienne du catharisme) et Raphaël au Temple de Pamiers en Ariège, été 2012 ; sans doute l'une des dernières photos prises de lui.

Mardi 19 février 2013 2 19 /02 /Fév /2013 19:06
- Par Actualités unitariennes - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

C’était un rendez-vous donné à tous ses amis pour le dimanche 14 octobre. Il est mort le vendredi 22 septembre avant d'avoir pu réaliser ce geste rassembleur au soir de sa vie ...

Ndlr - nous remercions Roger Gau, l'un des destinataires de cette lettre circulaire, de nous en avoir fait copie.

 

roger_parmentier_derniere_lettre.JPG Chers Amis.


Enfant des Bordes sur Arize, né pendant la guerre de 14-18 (çà ne nous rajeunit pas !), j’ai des choses importantes à vous dire, de vive voix. C’est pourquoi je vous invite le dimanche 14 octobre à 11 heures au temple des Bordes (lieu commode pour sa position). Ceux qui le souhaitent pourront déjeuner sur place en apportant leur repas (stationnement sur la grande place, avant la passerelle). La rencontre se poursuivra dans l’après-midi, à partir de 14h 30 avec ceux qui n’auront pas pu venir avant.

Une coutume africaine est très intelligente : quand un grand vieillard est à la fin de ses jours, on réunit autour de lui, famille, amis, connaissances, tout le village, pour qu’il fasse connaître ce qu’il pense de sa vie et de l’existence. C’est formidable. Je voudrais faire la même chose, même si, comme tout le monde, je ne sais ni le jour ni l’heure (si je suis consulté, je demeure disposé à continuer !). Mais il vaut mieux prendre ses précautions.

Je suis né le 25 juillet 1918. Mon père, Alphonse Parmentier, né près de Lille, mutilé de guerre, « gueule cassée », était sorti trois jours de l’enfer des tranchées pour se marier à Paris en 1917 et, si j’ai bien compris, « me mettre en route ». Blessé à plusieurs reprises, il était venu en convalescence aux Bordes, chez son ami Camille Delord et avait trouvé à son goût, lui catholique, élevé chez les Jésuites, la fille du pasteur des Bordes, Laure (1891-1932), dont le seul frère, Roger Peloux, avait été tué à 20 ans au début de la guerre. On m’a donné son prénom.


A mon tour, je suis devenu pasteur après avoir été élève officier d’infanterie à Cherchelle, puis d’aviation à l’école de l’Air de Versailles, puis de Rabat) et ayant fait mes études de théologie à Paris sous l’Occupation et participé à un réseau de renseignement de la Résistance. J’ai commence par être pasteur volontaire à Sétif, en Algérie, où venaient d’avoir lieu les terribles évènements du jour de la victoire, le 8 mai 1945. Le reste, je vous le raconterai peut-être le dimanche 14 octobre.


Mais ce n’est pas surtout de ma vie que j’aimerais vous parler, mais d’une découverte extraordinaire dont j’ai été informé, il y a une dizaine d’années. Je n’aimerais pas disparaître en emportant ce secret, car il devrait enchanter aussi bien chrétiens que non chrétiens, croyants aussi bien que non religieux. C’est pourquoi, je suis heureux de vous inviter chaleureusement le dimanche 14 octobre.


Soyez assurés de mes sentiments chaleureux à votre égard. Roger Parmentier
P.S. Pouvez-vous me rendre le service d’inviter vos amis ? Merci.

Pasteur à Sétif, Philippeville, Rodez, Montreuil, Créteil (pasteur « au travail » comme les prêtres-ouvriers), chargé d’enseignement à l’université Paris 12 et à l’ENAP


Secrétaire national adjoint au Secours populaire
Co-animateur de la Commission Proche-Orient du Mouvement de la paix
Président de consistoire et Secrétaire du Conseil régional de l’ERF, Région parisienne
Secrétaire national de la Conférence chrétienne pour la paix (relations avec l’Est européen)
Militant syndical et politique (FEN et PSU)
Spécialisé dans les " actualisations " des évangiles
Auteur de 23 ouvrages, dont 18 édités à l’Harmattan, 3 autres sont en chantier.


J’ai épousé Annette Monod (décédée) qui m’a donné 6 fils, puis Agnès de Saint-Blanquat (également décédée), qui m’a donné une fille.

 

Avant ce qu'il voulait être un rassemblement autour de lui, il devait faire une conférence le lundi 1er octobre à Toulouse sur la source "Q", l'un de ses thèmes favoris. Il en avait entre autres averti Roger Gau qui nous a communiqué en copie le mot que Roger Parmentier avait ajouté, à son intention, à la circulaire d'information. Roger Parmentier avait envoyer ces deux lettres circulaires (celle-ci pour le 1er octobre et celle ci-dessus pour le 14 octobre) peu de temps avant sa mort puisque Roger Gau les a reçues le vendredi 22 septembre, le jour même du décès de leur auteur.

roger_parmentier_conference_a_toulouse.jpg

à Roger Gau - cher ami, je vais faire un exposé sur la source Q des paroles de Jésus, lundi 1er octobre, à 17h 30 au Vieux Temple de Toulouse, 70 rue Pargaminière. Si vous pouvez participer, j'en serais très heureux. A bientôt, peut-être ... Sentiments très cordiaux. R.P.

 

Roger Gau - À tout ce qui a été dit après le décès de Roger Parmentier (lien), je voudrais ajouter ce qui suit. Dans un courrier du 22 septembre courant, j'ai reçu son invitation qui est donnée ci-dessus. C’était pour moi et mon épouse une grande joie de le rencontrer, mais le destin en a décidé autrement. Aujourd'hui, ces mots, écrits de sa main, je veux vous les faire partager.

Lundi 1 octobre 2012 1 01 /10 /Oct /2012 19:45
- Par Roger Parmentier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

roger_parmentier_portrait.jpg On le croyait éternel depuis si longtemps qu’il vitupérait contre nos engagements trop insuffisants à son goût, lui le prophète saisi par l’esprit de Jésus. A 94 ans, il avait atteint l’âge des cheveux blancs qui ne changent plus de couleur ; un peu voûté mais toujours droit, inflexible dans ses exigences ; toujours persuadé qu’il nous montrait le vrai chemin, qu’il fallait nous mobiliser en toute hâte. Il avait eu la douleur d’enterrer sa compagne et plusieurs de ses enfants. Et puis voilà que son ami et coreligionnaire, le pasteur Simon Sire, vient de m’annoncer, ce soir, qu’il n’était pas de l’éternité, mais bien humain comme tout un chacun.


Une voix s’est éteinte, et quelle voix ! Peu importe que l’on soit d’accord ou non avec ses analyses, avec ses textes, avec ses interventions ; c’était une voix ! Nous l’aimions y compris pour ce que l’on pouvait penser être parfois des excès. Nous l’aimions car la religion chrétienne s’éteint doucement avec nos prudences, nos contorsions d’intellectuels, nos lâches fuyances aussi et que l'on a besoin de prophètes comme lui.

 

Il ne fréquentait plus sa paroisse ne pouvant plus supporter le langage bigot et les proclamations dogmatiques et naïves, d’un autre temps, le rabâchage de vérités toute faites soit disant venues de Dieu lui-même alors qu’elles ne sont que des propos de clercs exerçant leur influence, leur pouvoir institutionnel ; ou encore – il me les avait montrées dans un petit temple le plus près de chez lui, celui de Rieubach, au sud du Mas d'Azil  - les inscriptions murales peintes nous rappelant les versets fondamentaux dans la pure tradition fondamentaliste.


On l’aimait, bien qu'il se soit fait quelques ennemis avec sa façon de tout bousculer, aussi avec ses engagements courageux en faveur des musulmans d’Algérie réclamant leur indépendance, en faveur de l’islam trop souvent méconnu et diffamé, et d’une façon générale en faveur des exploités et des pauvres.


Il avait entrepris de sauver l’héritage chrétien en réécrivant les évangiles, en réactualisant la Bible comme il le proclamait. Il réunissait ses amis et sympathisants lors de stages annuels à son domicile, dans une maison bourgeoise à la campagne, au hameau de La Raynaude. Il voulait nous faire comprendre que le vrai message de Jésus avait été occulté depuis des siècles et des siècles et qu’il nous fallait désormais le redécouvrir dans toute sa brillance, de toute urgence car il s’agissait d’un trésor pouvant sauver notre avenir. Rude impatience, mais c’était pour nous qu’il se levait avec sa voix de prophète, comme un Jean Baptiste des temps modernes.

 

Il avait essayé un come back dans la commune ouvrière de Montreuil où il avait été pasteur et où de nombreux fidèles se souviennent encore de lui et lui témoignent leur affection. Il les avait réunis dans une chapelle catholique mis à sa disposition ... à l'écart du temple où les ouailles sont majoritairement de milieux bourgeois.


Récemment, il avait proposé de venir à Bordeaux, à l’occasion d’une réunion de synode régional et il avait proposé de faire une conférence en marge de cette rencontre, mais il ne donna pas suite à ce projet n’ayant pas reçu l’assurance d'un auditoire. Eh oui, surtout pas de vagues ... et Roger Parmentier, avec sa franchise habituelle, en faisait !

 

Il devait se rendre à Toulouse, au Vieux Temple, pour une conférence sur la source "Quelle", l'une de ses références favorites pour dénoncer la déviation du message de Jésus depuis. Il en avait averti notre ami unitarien Roger Gau, l'un de ses admirateurs qui se réjouissait de faire ainsi sa connaissance


Ce soir, je suis triste, d’une part parce que je l’avais plusieurs fois rencontré et apprécié, mais aussi parce qu’il nous faut des prophètes ; oui des prophètes qui, par définition, dérangent la tranquillité de leurs coreligionnaires et leurs compatriotes en s'adressant sans cesse à nos consciences ! Demain matin, je téléphonerai à son ami Emile Mihière, lui aussi pasteur ERF à la retraite, et nous partagerons notre tristesse. Et puis nous prendrons la route ensemble depuis Bordeaux pour aller à l'enterrement de Roger ...


Il s’était rapproché de notre mouvance unitarienne, d’une part parce qu’il pensait que Jésus n’était pas Dieu incarné, que le Jésus métaphysique était une pure invention des évangélistes et de Paul, mais aussi, je pense, parce que nous avions publié plusieurs de ses textes sans hésitation, au nom de cette liberté de penser que nous honorons car faisant partie du meilleur de l’humain. Au nom même de cette valeur nous lui avons ouvert nos colonnes sans que nous ayons à dire si nous étions ou non d’accord car, chez nous, chacun a le droit de s’exprimer dès lors que ce soit un cri sincère qui sorte des tripes, même si ce cri rompe le consensus car – pour nous – l’expression est individuelle et non communautaire. Mieux, ses textes étaient les bienvenus car toujours toniques ! Il restait malgré tout protestant d’abord, motivé à réformer son Eglise et la mentalité des siens, mais de plus en plus il s'adressait plus largement à tous ceux qui ont reçu le message de Jésus afin qu'ils le fassent fructifier et en appelait à la conscience de tout le monde.


Il aura bien entendu le droit aux sobres entrefilets des bulletins protestants, comme il est de coutume, mais, ici, chez les unitariens, c’est de l’expression de notre chagrin et d'un hommage dont il a pleinement le droit. Il a écrit de nombreux livres, nous continuerons à les lire et, j’en suis sûr, son souvenir restera longtemps parmi nous.

Samedi 22 septembre 2012 6 22 /09 /Sep /2012 23:26
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

emile_mihiere.jpg Emile Mihière, 2011, « Tous les chemins ne mènent pas à Rome », Paris, L’Harmattan, 160 pages, collection « Graveurs de Mémoire », 15,50 €, sorti en février ; compte-rendu de Jean-Claude Barbier


L’article de Wikipedia en français sur l’anarchisme chrétiens (lien) cite un certain nombre de penseurs connus : Léon Tolstoï (1828-1910) , Teilhard de Chardin (1881-1955), Ammon Hennacy (1893 – 1970), Théodore Monod (1902-2000), Emmanuel Mounier (1905-1950), Jacques Ellul (1912-1994), Jean Cardonnel (1921-2009), Ivan Illich (1926 - 2002). On pourrait aussi penser à la belle indépendance d’un Charles Péguy (1873-1914), à la rébellion d’Alfred Loisy (1857-1940) contre son Eglise, etc.


Emile Mihière cite quant à lui, dans son livre, Jésus et le dominicain "rouge" Jean Cardonnel. Mais il aurait pu en citer beaucoup d’autres. Oralement, lui et moi, nous avons évoqué le pasteur belge Pierre Bailleux (1942-2008) (depuis E. Milhière a mis par écrit sa rencontre passionnée avec lui, lien) et le pasteur Roger Parmentier (1918 - ). C’est dire qu’il se situe dans une lignée qui revendique un anarchisme au sens noble du terme, en référence à Jésus, ou du moins un prophétisme dénonçant les hypocrisies humaines et institutionnelles et nous rappelant aux exigences évangéliques.


Cet anarchisme n’est pas seulement fait de coups de gueule, de saintes colères, ou encore de gestes iconoclastes. Ce sont là, en effet, des faits qui peuvent très bien restés isolés et témoigner seulement d’une forte personnalité. Mais au delà des évènements saillants que l’on aime se raconter comme des exploits – et Emile Mihière, avec son regard facétieux des bons tours joués, n’est pas avare de nous en donner dans son livre – c’est toute une philosophie, un positionnement vis-à-vis de soi et de la société. C’est en cela que son livre est précieux : l’auteur est d’une race qui non seulement n’a pas la langue de bois, mais qui n’a pas froid aux yeux. A l’heure où une nouvelle pensée unique est entrain d’envahir tant la vie religieuse que politique, son témoignage a valeur de décharge électrique.


Comment peut-on définir cet anarchisme ?


Il y a d’abord l’affirmation que la vérité doit être dite quoi qu’il en coûte. Fini la crainte du qu’en dira-t-on qui paralyse tant nos sociétés bien pensantes. Il n’y a pas là question de compromis, même s’il faut perdre son emploi professionnel et mettre sa famille en précarité – et l’auteur connaîtra en conséquence une véritable itinérance à ce niveau : prêtre catholique, puis pasteur protestant, puis au sein même du protestantisme des changements d’affectation car son franc parler ne plait pas forcément aux ouailles, que ce soit dans le cadre d'une fonction pastorale ou d'aumônerie. Et lorsqu'il exercera au civil des soins de santé, il ne durement pas plus de 6 mois !


L’affirmation que les individus sont au-dessus des institutions. Celles-ci non seulement ont leur pesanteur sociologique, mais elles sont accaparées par les forts, les violents, les riches, par ceux qui détiennent le pouvoir sur les autres. L’auteur dénonce sans cesse le césaro-papisme qui, à partir de l’empereur Constantin, a tant dévoyé le christianisme.


Non seulement, il y a critique virulente des institutions existantes, mais désintéressement pour en créer de nouvelles afin de supplanter les anciennes. L’action individuelle est seule valable et c’est la prise de conscience des uns et des autres qui, progressivement et à terme changera le monde.


Ainsi que Jésus nous l’a enseigné, la foi chrétienne consiste à se mettre au service des autres en les aimant. Tout naturellement, le chrétien se retrouve du côté des plus pauvres et adhère à la théologie de la Libération. Aux riches, il convient de leur rappeler qu’il leur fait abandonner leurs privilèges.


Au programme aussi de cet anarchisme, un pacifisme absolu, avec un désarmement unilatéral à la clef et la conviction que les peuples sauront finalement imposer la paix à leurs dirigeants bellicistes. Jean-Jaurès est bien entendu, après Jésus, le héros de cette utopie.


L’anarchisme chrétien conduit à la liberté de penser, au respect des humanistes qu’ils soient croyants ou non croyants. Tout naturellement, il conduit à un christianisme de transgression fait de bon sens (pourquoi par exemple ne pas marier un couple sous le prétexte qu’un conjoint est catholique et l’autre, protestant), de rejet d’un intellectualisme qui justifie des concepts totalement abstraits, voire des « mystères », d’un dépassement des clivages hérités de l’histoire au nom d’un amour universel.


Tout naturellement, ces anarchistes rejoignent à leur façon la grande tradition unitarienne, non dogmatique et libérale. C’est en effet la seule tradition chrétienne qui, non seulement les accepte, mais qui les valorisent car – c’est Jésus qui, selon les évangélistes, le disait lui-même - que serait la foi si elle n’était plus le sel de la terre, le piment dans les repas, la lumière dans les ténèbres ?
* Voir notre Cahiers Michel Servet, n° 13, « Les inspirés pas toujours compris », paru en juin 2010, 34 p. (lien).


« Tous les chemins ne mènent pas à Rome », que ce soit d’ailleurs la Rome de l’Eglise catholique romaine qui s’imagine – s’illusionne – détenir seule la Vérité, ou bien celle du protestantisme calviniste à Genève (où l’auteur fit des études de théologie afin de devenir pasteur), ou encore celle des syndicats présidant dans les rues de grandes manifestations qui ressemblent somme toute à des offices religieux avec leur rituel – eux en étant bien sûr le clergé !


Inclassables, vous dis-je, ces anarchistes chrétiens !


Ndlr - Le livre d’Emile Mihière a aussi fait l’objet d’une brève recension par Vincens Hubac, pasteur ERF au Foyer de l’âme à Paris, dans la revue Evangile et Liberté, d’avril 2012, n° 258.

Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 12:12
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

jose_comblin.jpg Extrait de l’exposé « Église : crise et espérance » fait par José Comblin, théologien âgé alors de 87 ans et résidant au Paraíba (Brésil), dans le cadre du congrès de théologie organisé à l’occasion du 30  anniversaire de l’assassinat de Monseigneur Romero *. C’était le 18 mars 2010 à l’Université centroaméricaine José Simeón Cañas (UCA), dans la capitale de la République d’El Salvador, San Salvador. 

* voir notre article du 29 avril 2011 « Le Pape blanc (Jean-Paul II) et le Saint rouge (Mgr Oscar Romero) » ( lien).


L’enregistrement audio de cet exposé a été transcrit par Enrique A. Orellana F. et diffusé d’abord dans les « Cuadernos Opción por los pobres », du mouvement chilien Théologies de la libération. Le texte a été mis en ligne le 7 octobre 2010 par la revue Dial - Diffusion de l’information sur l’Amérique latine. Fondée en 1971 par une équipe réunie autour de Charles Antoine, cette revue met à la disposition d’un public francophone des articles sur l’Amérique latine écrits par des Latino-Américains. Elle paraît en ligne depuis novembre 2006 ( lien)
  
Biographie :

 

Joseph Comblin, plus connu sous le nom de Padre José Comblin est né en 1923 à Bruxelles et est mort le 27 mars 2011 à Simões Filho, dans la région de Bahia au Brésil). Ordonné prêtre en 1947, il est diplômé en théologie à l'Université catholique de Louvain et est envoyé comme missionnaire au Brésil en 1958. Il commence à enseigner la chimie et la physique, puis il devient assistant à la JOC. De 1962 à 1965, il est au Chili, puis il retourne ensuite au Brésil, à l’Institut de théologie de Recife, à l'invitation de Dom Helder Camara. Missionnaire naturalisé brésilien, il fut l’une des grandes figures du christianisme d’Amérique latine (voir sa biographie dans l’encyclopédie Wikipedia,  lien).

Ses derniers livres traduits en français  :
 

« Vatican en panne d'Evangile : l'Eglise des pauvres, est-ce pour demain ? », traduit du portugais par Hervé Camier, éd. L'Harmattan , Paris, collection "Questions contemporaines", paru en février 2004.
« Où en est la théologie de la libération ? L’Eglise catholique et les mirages du néolibéralisme », aux éditions l’Harmattan, en juin 2003.

 

Un nouveau franciscanisme latino-américain


" En Amérique latine quelque chose est apparu : nous avons connu un nouveau franciscanisme, c’est-à-dire une nouvelle étape, mais radicale, de vie évangélique. Quand situer sa naissance ? J’ai parlé des évêques qui y ont participé, qui ont animé Medellín et de l’option pour les pauvres : ce sont les Saints Pères de l’Amérique latine. S’il faut dater l’origine du nouvel évangélisme de l’Église latino-américaine, je dirais – n’oubliez pas – le 16 novembre 1965. Ce jour là, dans une catacombe de Rome, 40 évêques, en majorité latino-américains, sous l’impulsion de Helder Camara, se sont réunis et ont signé ce qui s’est appelé le « Pacte des catacombes ». Ils s’y engageaient à vivre dans la pauvreté qu’il s’agisse de nourriture, de transport, de logement. Ils s’engagent ; ils ne disent pas ce qu’il faut faire, ils s’engagent et effectivement par la suite, ils l’ont fait, une fois de retour dans leurs diocèses. Et aussi : à donner la priorité à ce qui concerne les pauvres dans toutes leurs activités, ce qui revenait à laisser beaucoup de choses de côté pour se consacrer en priorité aux pauvres, soit tout un ensemble d’éléments qui vont dans ce sens. Voici ceux qui furent les animateurs de la Conférence de Medellín. Là est née la nouvelle étape.


Ils bénéficièrent d’un contexte favorable : à cette époque l’Esprit Saint avait inspiré nombre de personnalités évangéliques. Les communautés ecclésiales de base avaient déjà fait leur apparition. Il y avait déjà des religieuses intégrées aux communautés populaires. Mais peu nombreuses et qui donc se sentaient marginalisées au milieu des autres. Medellín leur a donné une sorte de légitimité et en même temps un plus grand dynamisme et les communautés se sont multipliées. Est-ce que cela a atteint toute l’Église latino-américaine ? Non, bien évidemment. Il s’agit toujours d’une minorité. Un jour, je me souviens, on a demandé au cardinal Paolo Arns – un saint, nous avons eu d’excellentes relations d’amitié –, un journaliste lui avait demandé : « Vous, monsieur le cardinal, ici à São Paulo vous avez bien de la chance, toute l’Église est devenue l’Église des pauvres, les religieuses sont toutes au service des pauvres : quelle merveille ! ». Et là Dom Paolo a répondu : « Eh oui, ici à São Paulo 20% des religieuses sont allées dans les communautés de pauvres ; 80% sont restées chez les riches ». C’était beaucoup. Aujourd’hui il n’y en a pas 20%.


Ce fut une époque de création, une de ces époques comme il s’en produit parfois dans l’histoire marquée par une empathie très grande avec l’Esprit. Il nous revient de vivre cet héritage : c’est un héritage qu’il faut maintenir, conserver précieusement car rien de semblable ne va ressurgir. Parfois on m’interroge : « Pourquoi les évêques ne sont-ils pas comme à cette époque ? ». Parce que cette époque est exceptionnelle ; dans l’histoire de l’Église, c’est une exception : de temps en temps il arrive que l’Esprit Saint envoie des exceptions."

Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 04:49
- Par Joseph Comblin - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Roger Parmentier, Jésus n'est pas ressuscité mais le roi est nu, la dent d'or n'existe pas, Paris, l’Harmattan, collection Religion, avril 2001, 62 p., 9,50 euros, lien

roger_parmentier_resurrection.jpg Alors que nombre de chrétiens libéraux tournent autour du pot et se contentent de parler de « résurrection spirituelle » ou de réalité spirituelle à propos de la résurrection de Jésus – bien que le débat ne porte pas sur l’avenir post-mortem de l’âme du défunt, mais précisément sur la résurrection physique de Jésus telle qu’elle est affirmée par les évangiles, l’auteur, pasteur de l’Eglise réformée de France à la retraite, ose franchir le Rubicon et parler ouvertement de la mort de Jésus.


« Jésus n'est pas ressuscité. Cette affirmation prodigieuse et invraisemblable conteste une autre affirmation, "Christ est ressuscité", qui nous a été imposée depuis deux mille ans. Si, par exemple, le judaïsme et l'islam ont été combattus, c'est principalement à cause de leur refus de cette doctrine obligatoire. Si l'on enlève ce pilier fondamental, tout le système doctrinal s'effondre. L'originalité du présent exposé est d'être réalisé par quelqu'un dont la vocation de pasteur a été reconnue par son Eglise. Roger Parmentier est le spécialiste des "actualisations" de la Bible. » (présentation du livre par l’éditeur).


" Si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine », disait Paul (1 Co 15:14).


Cela va effectivement à l’encontre du kérygme des premiers chrétiens, mais, pour Roger Parmentier, s’appuyant entre autres sur l’exégèse de François Vouga - À l’aube du christianisme, une surprenante diversité (Ed. du Moulin 1986. 94p.) - ce sont les hellénistes chrétiens, à savoir les judéo-chrétiens de la diaspora, fortement hellénisés – dont Etienne fut un des meneurs - qui, avec l’aide missionnaire de Paul et le succès de ses épîtres, imposèrent finalement leur point de vue au détriment des premiers témoins qui, eux, ne parlaient pas de résurrection et fondaient leur foi sur l’enseignement du Maître.

 

Pour l'instant, peu de chrétiens osent comme Roger Parmentier, affirmer la mort terrestre de Jésus. Roger Parmentier et Roger Gau * pensent que les disciples se sont exaltés et ont été victimes de leur imagination, déniant la réalité et se convainquant d'une résurrection en référence à des textes messianiques. C'est "la rumeur de Jérusalem" dont parle l'évangile du Matthieu grec : selon Mt 28, 11-15, les autorités juives soudoyèrent les soldats " avec une forte somme d'argent " pour que ceux-ci disent que les disciples sont venus dérobés le corps. " Les soldats, ayant pris l'argent, exécutèrent la consigna, et cette fable s'est colportée parmi les Juifs jusqu'à ce jour " (v. 15).  Cette hypothèse fait des disciples des affabulateurs, des menteurs devant l'Histoire.

 

* Roger Gau, " Chrétien unitarien : Jésus n’est pas Dieu, Dieu merci " ( lien).

 

La sincérité et le bon sens des apôtres et des disciples sont au contraire préservés dans les hypothèses avancées par Michel Benoît : ce seraient les esséniens, hommes habillés en blanc que les femmes trouvèrent sur place, qui vinrent chercher le corps (Jésus et ses héritiers ; mensonges et vérités, Paris, Albin Michel, , 2008, 153 p. ; voir aussi son blog, lien) ; et par Jean-Claude Barbier : c'est la famille qui aurait récupéré le corps, d'où la présence de Marie et de Jacques le frère de Jésus à l'évènement de la Pentecôte, alors que cette famille fut absente voire même hostile durant son ministère public (voir la rubrique "le tombeau de Jésus" dans les Etudes unitariennes,  lien).

Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 12:39
- Par Actualités unitariennes - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

pour la canonisation de Mgr Oscar Romero d'Amérique, évêque martyr de San Salvador, les foules de toutes les nations convergent vers Rome ... dix ans après la béatification du pape Jean-Paul II qui fut son contemporain et qui ne le soutint pas dans son combat pastoral pour la libération de son peuple.

 

vatican_manifestations.jpeg

Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 10:26
- Par Actualités unitariennes - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

oscar_romero_1.jpg Oscar Arnulfo Romero Galdámez, né à Ciudad Barrios, dans le Département de San Miguel, au Salvador en août 1917, est ordonné prêtre le 4 avril 1942. Il est nommé évêque suppléant de San Salvador en 1970 ; puis, quatre ans après, il est envoyé comme évêque dans la région cafetière de Santiago de María ; enfin, en 1977, il revient à San Salvador comme archevêque. Il a alors la réputation d’un ecclésiastique studieux et modéré.


Comment est-il devenu un évêque « rouge » ? En mars 1977, son ami, le père Rutilio Grande, est assassiné par la Garde nationale, qui l'avait étiqueté " communiste subversif ". Dans ces dernières années 70, ce sont les prémices d’une guerre civile qui sévira dans son pays pendant plus de douze ans avec des centaines de milliers de morts. Du haut de sa chaire, il dénonce les assassinats et les disparitions de tous ceux qui veulent un monde plus juste, qui dénoncent les abus et s’insurgent contre un gouvernement entièrement au service des riches possédants.


Au printemps 1979, l’évêque, menacé de toutes parts, se rend à Rome, mais « Il ne trouva auprès du pape Jean-Paul II ni écoute, ni soutien. Profondément déçu, il dit : «Je ne pense pas revenir à Rome une deuxième fois. Le pape ne me comprend pas.» Jean-Paul II n’avait pas prêté attention à la photo d’un prêtre indien récemment assassiné, ni aux documents sur la persécution des chrétiens par les sbires des nantis. Au lieu de ça, le pape se contenta de l’exhorter à une coexistence harmonieuse avec le gouvernement salvadorien. »

« Je vivais alors à Managua au Nicaragua (...). Une religieuse me confia qu'elle avait rencontré à Madrid Oscar Romero qui revenait en 1979 d'une visite au Vatican. Il semblait détruit, affligé après l'audience que lui avait accordé le pape, a-t-il dit.
L'archevêque de San Salvador avait confié qu'il ne s'était jamais senti aussi seul qu'après cette rencontre. Il avait toujours été un modéré, mais il était indigné par le fait que les paysans autorisés à prendre possession de terres par la réforme agraire doivent affronter des gens en armes. Il avait mis à leur disposition la radio du diocèse où furent dénoncées des atrocités et violations des droits de l'homme, le meurtre de syndicalistes. Il apporta toute cette documentation au Vatican. Le pape se montra froid, il prit la documentation et la mit de côté en faisant ce commentaire: « j'ai dit mille fois que l'on ne m'apporte pas autant de documents que je ne pourrai lire ». (témoignage du théologien italien, Giovanni Franzoni* dans une interview à l'AFP, reproduit dans Romandie News, lien).

* Le père Franzoni, ancien abbé de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, fait partie d'un groupe de théologiens entendus lors du procès en béatification de Jean Paul II, qui exposa des arguments contraires à celle-ci.


Non soutenu par sa hiérarchie et ses collègues, l’archevêque devint une proie facile. Le 24 mars 1980, durant l’eucharistie dans la chapelle de l’hôpital de la Divina Providencia, un tueur à gages, commandité par Roberto d'Aubuisson, militaire et leader des escadrons de la mort. le visa en pleine poitrine, devant l'autel où il célébrait.


oscar-romero_icone.jpg En 1996, Jean-Paul II se rendit sur sa tombe et lui rendit hommage. La même année, un procès de béatification de l’archevêque de San Salvador fut ouvert.


Tout récemment, ce 27 avril 2011, constatant que ce procès est bloqué par le Vatican, des théologiens contestataires ont lancé un appel pour sa relance ; appel signé notamment par l'évêque français Jacques Gaillot et le théologien suisse Hans Küng. Pour la vox populi, l’archevêque martyr est déjà le saint Oscar Romero d’Amérique. Un « Appel œcuménique  à l’occasion du 1er mai 2011 » circule présentement dans divers pays pour « Commémorer la canonisation du martyr Saint Oscar Romero par les pauvres de ce monde » à cette date. Il a été traduit en français et publié dans le bulletin n° 3, avril 2011, de Nous sommes aussi l’Eglise (NSAE). Il a été signé par la Fédération des réseaux du Parvis (dont les chrétiens unitariens sont membres).


Alors, ce 1er mai, qui est la Fête du Travail (et des travailleurs !) dans le monde entier, sera-t-il aussi la date de la béatification contestée * de Jean-Paul II ou bien celle de l’archevêque martyr ? Un face à face post mortem qui ne manquera pas d'inspirer les dramaturges ... et d'interroger les consciences chrétiennes.


* Comment un pape qui a soutenu en Amérique latine les régimes les plus autoritaires et les plus répressifs vis-à-vis des classes populaires, qui a encouragé l’Opus Déï et noyauté le Sacré collège de prélats de cette obédience (lesquels ont élu Benoît XVI comme une lettre à la poste !) (lien), qui a combattu la théologie de la libération et mis à l’écart nombre de théologiens de cette orientation, qui a interdit l’usage du préservatif et l’a répété entre autres aux foules africaines pourtant décimées par le Sida, comment un tel pape peut-il être présenté comme un modèle de sainteté ?

Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 19:24
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Jesus-qui-accueille.jpg Contre les tortures, les maltraitances et les exécutions capitalesl’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) pourrait utilement proposer que le « vendredi saint », le jour terrible où Jésus a été malmené, humilié, crucifié, devienne pour nous le jour solennel de protestations contre les tortures, les humiliations, les exécutions capitales. Il semble évident que cela aurait un grand retentissement et que sur le plan spirituel ce serait une évocation très profonde, nous motivant à la solidarité spirituelle et donc à l’action.

    Roger Parmentier, disciple de Jésus,
    pasteur de l’Eglise réformée,
    Animateur biblique (Actualisations de la Bible)

Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 19:05
- Par Roger Parmentier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

"Guetteur rebelle", au singulier, pour la référence Internet du site (lien), et cela correspond bien au tempérament, à la vie et aux activités du pasteur Roger Parmentier, avec un élargissement à d’autres puisque le bandeau du site met « guetteurs rebelles » au pluriel !
Le site est très bien fait. En plus d’une profession de foi en accueil, le lecteur trouvera une biographie de l’auteur à la rubrique « ACTUEL » (pour Actualisation de la Bible), (lien)


parmentier.site.jpg

 

Le lecteur trouvera tous les livres, émissions de radio et autres documents que l’auteur laisse pour nous alors qu’il a maintenant plus de 90 ans. Une très belle œuvre dont les Actualités unitariennes se sont souvent faites l’écho (taper Roger Parmentier ou Parmentier dans le moteur de recherche).

Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 19:04
- Par Actualités unitariennes - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Les appartenances sociales, la défense des intérêts que ce soit les siens ou ceux des autres, les engagements pour des causes, les militances religieuses et/ou politiques, ont tendance à segmenter la société en véritables lobbies, chacun se mobilisant pour « sa » cause qu’il croit bien entendu juste, fondée et supérieure aux autres, à savoir les « bonnes analyses », les "bons choix" et « la bonne cause », les autres choix étant bien entendu diabolisés. La lutte des classes selon la dynamique marxiste en est un parfait exemple. Il en résulte un manque de vue d’ensemble, bref le nez sur le guidon même lorsque le bateau coule avec tout le monde à bord !


On a reproché aux acteurs religieux ce manque total de démocratie, cette arrogance à placer leur Eglise ou religion particulière au-dessus des lois humaines (au nom de leur dieu !). Les partis politiques, qui – sans avoir de programme sur une question donnée – se permettent de critiquer les propositions des autres, si ce n’est de nier carrément les faits – sont aussi de parfaits modèles de pharisianisme. Enfin, voilà que certains humanitaires, monopolisant la générosité, s’estiment devoir faire de la politique.


Or la démocratie c’est d’abord le respect de la pluralité existante au sein de la société, y compris des minorités ; elle requiert du savoir faire dans la connaissance des dossiers car les questions s'avèrent plus complexes qu'une concersation de bistrot ; en négociation afin que chacun s’y retrouve dans un programme ; elle tend au consensus, à défaut à un vote de forte majorité ; elle sait revendiquer les droits mais aussi rappeler les devoirs.

 

Les groupes sociaux, les catégories, les communautés ethniques et autres, les mouvances et courants d’idée doivent à la fois être respectés, écoutés avec attention et conviés à un débat collectif et à un effort de synthèse.


Trop de militants se transforment en lobbymen inconditionnels à la cause et aux personnes dont ils défendent les intérêts : celles-ci n’auraient plus que des droits ! ben, voyons, çà va mieux quand on caresse les gens dans le sens du poil ! Au moins on est bien accueilli parmi eux ; mais cela s’appelle de la démagogie (et parfois, ne soyons pas dupes, de la manipulation et du prosélytisme).


L’Etat providentiel - du moins son modèle français - est entrain de s’écrouler dans l’anomie la plus totale (et donc la zizanie) car les personnes qui émargent aux assistances diverses ne sont nullement tenues d’offrir une contrepartie en intégration sociale, en participation civique, en éducation de leurs enfants, en effort professionnel. Or les excès de mai 68 sont de plus en plus visibles et l’idéologie libertaire a atteint, sinon dépassé ses limites. Ne serait-il pas temps de passer à une démocratie civique et responsable ?


Il arrive que l’opinion publique, par bon sens et surtout plus sensible aux excès, ne suive pas du tout - à tort ou à raison - les associatifs, les élites politiques et les médias à la Une. On s’en étonne alors. Y aurait-il donc chez le brave peuple qu'on invoque tant des éclairs de lucidité qui ne serait pas les mêmes que pour les élites qui donnent habituellement le ton et la mesure ?

Samedi 7 août 2010 6 07 /08 /Août /2010 18:55
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

michel theron portraitparu dans Golias Hebdo, mis en ligne avec l'autorisation de l'auteur, lequel est membre du comité de rédaction de cette revue.


Elle est affirmée et vantée dès le début de la Bible. Ainsi dès la Genèse Dieu crée, dans les eaux, les airs, et sur la terre, toute espèce vivante qu’il trouve bonne, bénit et engage à se multiplier : 1/20-25. Aucune exclusive donc, et les écologistes d’aujourd’hui se retrouveraient sans nul doute dans cet accueil de bienvenue, chaleureux et inconditionnel, réservé à tout ce qui vit.


Cependant le malin génie qui me souffle souvent à l’oreille des initiatives incongrues et iconoclastes m’a poussé à ouvrir mon "Rituel romain", en latin, édité à Tournai en 1952. À côté des bénédictions diverses et applicables à tout usage, y compris les plus insolites (bénédiction de navire, de véhicule de toute sorte, y compris de voiture de pompiers, de sismographe destiné à prévenir des tremblements de terre, etc.), j’y ai trouvé des formules de malédiction ou d’exorcisme, destinées à éloigner les « rats, sauterelles de diverses espèces, les vers, et autres animaux nuisibles », qui constituent des « pestes » dévorant les récoltes : p. 626. La demande n’y va pas par quatre chemins : « Où que vous alliez, soyez maudits, diminuez en nombre jusqu’à ce que plus rien ne reste de vous en nul lieu ! » : p. 627.


Nous voilà donc au rebours du « croissez et multipliez-vous » de la Genèse. Un tri est donc fait entre tout ce qui vit, pour séparer ce qui sert l’homme et ce qui, au moins le pense-t-il, lui nuit. Apparemment le Dieu biblique des origines n’avait pas prévu ce scénario.


Gageons que François d’Assise n’aurait pas aimé ces formules anthropocentriques de « déprécation », lui qui écrivit le Cantique des créatures, les unissant toutes dans un commun accueil. Pourquoi ne pas parler à sa suite de « mon frère le pou », et de « ma sœur l’araignée » ? Mais de même qu’à son éloge de la pauvreté nous avons préféré l’activité capitaliste de son père, riche commerçant, de même à la bénédiction de tout ce qui vit nous préférons encore l’anathème et l’hostilité.

 

C’est bien dommage, car, toute question religieuse mise à part, la biodiversité est bénéfique. Les scientifiques qui l’étudient nous montrent bien qu’il suffit de la gérer, que tout sert d’une façon ou d’une autre dans un biotope donné, et que la notion d’espèce nuisible ou de mauvaise herbe est dépourvue de sens.

Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 04:32
- Par Michel Théron - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

michel_theron_portrait.jpgparu dans Golias Hebdo, mis en ligne avec l'autorisation de l'auteur, lequel est membre du comité de rédaction de cette revue


Il a fort mauvaise presse aujourd’hui, où l’on ne parle que de droits, qu’on ne cesse de revendiquer. Pourtant un minimum de réflexion montre que droits et devoirs sont inséparables. Tout rapport entre les hommes repose sur un pacte tacite : tout devoir crée un droit, et tout droit suppose un devoir. On ne peut penser l’un sans l’autre. Est devoir une obligation dont la non-observation lèse l’autre partie entrant dans le contrat.


Les parents ont le devoir de subvenir aux besoins de leurs enfants, jusqu’à ce qu’ils soient en état de se suffire à eux-mêmes. Si par malheur ce moment n’arrive jamais, dans le cas des grands handicapés par exemple, ce devoir ne s’éteint jamais. En contrepartie, les parents ont le droit d’être obéis de leurs enfants. Ces derniers ont de leur côté à la fois le droit d’exiger l’assistance de leurs parents, et le devoir de leur obéir – je ne dis pas de les respecter, car le respect est un sentiment, qui ne se commande pas : on dit très bien : « inspirer le respect ».


Si je suis attaqué par un malfaiteur, j’ai le droit d’exiger du policier qu’il me vienne en aide, et lui a le devoir de le faire. En contrepartie, si je commets une infraction, le policier a le droit de me sanctionner, et j’ai le devoir de me conformer à la sanction.


Aujourd’hui, l’aveuglement ou la superficialité des esprits sont tels que le devoir apparaît souvent comme une limite insupportable, une part de destin à récuser. Voyez aussi ce qui est arrivé à l’ancienne idée de noblesse. Est noble initialement celui qui s’impose un but, plus élevé que ce qu’il est lui-même, par lequel il se sent jugé, parfois condamné. Noble celui qui se donne des devoirs : « Noblesse oblige ». Non pas celui qui se donne ou revendique des droits.

 

Mais une fois oublié le fait que chaque droit est l’envers d’un devoir, on n’a pensé qu’à jouir de ses droits, vus dès lors comme prérogatives ou privilèges sans contrepartie. Toute la tragédie de la noblesse héréditaire est là : la vraie noblesse, disait pourtant Molière dans Dom Juan, ne consiste pas dans le nom que l’on porte, mais dans les actions que l’on fait. Cet oubli, qui a perdu l’ancienne noblesse, ne le fait-on pas encore aujourd’hui ?

Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 04:20
- Par Michel Théron - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

" [...] Il y a de plus en plus de catholiques qui n’attendent plus l’autorisation de leur hiérarchie pour exprimer publiquement ce qu’ils pensent être fidèle au projet évangélique de Jésus.


C’est avec la même sérénité que nous poursuivons depuis la Pentecôte 1991 notre travail de Libre pensée chrétienne.  D’éminents théologiens nous éclairent sur le chemin de notre recherche et un des aspects les plus importants de notre entreprise est de mettre leur travail à la portée de ceux et celles qui n’y ont pas accès, pour différentes raisons.


Ainsi, par exemple, des personnes qui fréquentent des musulmans dans la vie quotidienne se trouvent souvent confrontées à la question du monothéisme.  En effet, comment pouvons-nous espérer convaincre ces musulmans - et c’est la même chose pour les juifs – que nous sommes monothéistes si nous continuons à exprimer notre foi dans le langage de la dogmatique trinitaire de Nicée-Constantinople ?


[...] Plus que les musulmans et les juifs, ce sont sans doute les agnostiques et les incroyants qui nous incitent à cet effort d’actualisation du message chrétien dans notre culture contemporaine.  Car toutes les religions sont confrontées au même problème : leurs ‘fondamentalistes’ pensent que, pour être fidèles au message de leur foi, il faut aussi l’exprimer dans les formes ou dans le langage de leurs sources de référence. Autrement dit, ils étendent le caractère sacré de l’expérience mystique de leurs ‘fondateurs’ à ces prophètes ou visionnaires eux-mêmes et à leurs paroles et gestes.  On retrouve ce phénomène de ‘sacralisation’ vis-à-vis des Saintes Ecritures, de la Sainte Tradition, et même de l’institution confessionnelle à laquelle on appartient.  Dans le cas de l’Eglise – non seulement catholique – c’est particulièrement remarquable : notre Mère la Sainte Eglise, Sa Sainteté le Pape, etc…


Finalement, un aspect majeur de l’échec fréquent du dialogue croyants/incroyants réside dans le déplacement des notions de sacré ou de transcendance.


Souvent les religions ont dénié à l’humanité son caractère sacré si elle ne passait pas par les modalités confessionnelles qu’elles avaient absolutisées.  Souvent, encore aujourd’hui, le discours religieux limite le champ de la transcendance aux expériences mystiques du passé qu’il idéalise et sur lesquelles il fonde son autorité.


Voici à ce sujet quelques lignes de Gabriel Ringlet  : "Il faut… que des chrétiens et des laïcs, des croyants, des agnostiques, des athées, osent interroger ensemble le ‘sacré’ qui les réunit, la ‘transfiguration’ qui les dépasse, la ‘transcendance’ qui les habite.  J’ai dit d’entrée de jeu la difficulté d’utiliser ces mots, mais vous en devinez le sens, même en balbutiant.  Comment, en d’autres termes, approcher, chacun à sa manière, chacun selon sa foi, et même pour des motifs différents, l’intériorité de l’homme ?
.


Je suis convaincu que, les uns comme les autres, nous avons avantage à nous rencontrer dans une quête que j’ose appeler spirituelle et qui, loin d’exclure la démarche scientifique et les lumières de la raison, les appelle en renfort.  Serait-ce la ‘spiritualité manquante’ ou ‘authentique’ dont parle Luc Ferry
(L’Homme-Dieu ou le sens de la vie. Paris Grasset 1996). Pour le chrétien, l’enjeu porte évidemment sur la possibilité de concilier ‘libre examen’ et ‘révélation’, car il n’y a pas de demi-libre examen !  Pour le laïc, ce peut être une révolution de ‘réconcilier enfin humanisme et spiritualité, souci de la liberté de conscience et sentiment de la transcendance des valeurs les plus profondes’.  Comme Ferry, je choisis de me tenir à ce point de croisement…" (L’Evangile d’un libre penseur, Albin Michel 1998) 

 

Il est clair que nous sommes ici au cœur de la démarche de Libre pensée chrétienne.


Il a été possible autrefois de penser que les facultés humaines de discernement – souvent limitées dans les termes "l’intelligence" ou "la raison" - devaient s’effacer devant cette faculté dite "surnaturelle" qu’est la foi, chaque fois qu’il s’agissait d’aborder les domaines du mystère ou de la transcendance.


La revendication qui s’exprime de nos jours est en quelque sorte celle de l’abolition des frontières entre des domaines que des hommes ont décrétés sacrés ou profanes, naturels ou surnaturels…


Le côté positif de cette revendication est de sortir de ce que Bernard Feillet appelait "les certitudes simplifiantes du discours", d’oser remettre en question ce que Marcel Légaut appelait "les présupposés philosophiques sur lesquels est construite" la doctrine de nos institutions religieuses. [...]


André VERHEYEN   " Pourquoi Libre pensée chrétienne ? " (sans date, 2004 ?), reproduit dans la revue Libre pensée chrétienne n° 10, avril-mai-juin 2010, dans la rubrique "Le mot d’André …".  Fondé à la Pentecôte 1991, ce mouvement perdura après la mort de son fondateur, le père André Verheyen décédé en 2007 (voir le site de LPC).

Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 12:26
- Par André Verheyen - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté

Comment ne pas se sentir solidaire des mouvements de protestations qui se font jour actuellement dans l'Église catholique à propos des nombreuses décisions autoritaires prises par l'institution. Celle-ci dans le passé s'est montrée incapable de préparer le peuple de Dieu à assumer les temps difficiles auxquels l'Église est affrontée aujourd'hui. Tant de questions ont été trop longtemps éludées.

Beaucoup d'interventions aujourd'hui sont justes et utiles. Mais elles sont faites de l'intérieur des milieux catholiques. Pour qu'elles soient encore plus efficaces, il faudrait qu'elles concernent un public ni seulement catholique, ni seulement enraciné dans certains courants sociopolitiques. C'est pourquoi j'ai cru que, en liaison fraternelle avec d'autres interventions, il serait bon d'adresser un semblable appel à un public plus vaste, celui du Monde, catholique ou non, car l'avenir de l'Église concerne tout homme. Il faut que ce mouvement d'inquiétude et de protestation puisse être le fait de tout homme, épris de liberté et de dignité ; car l'Église, indirectement, retentit sur tout le devenir social et culturel de mon pays, et bien au -delà.

Les Eglises ont toujours à se remettre en cause. Le passé du christianisme ne garantit en rien de l'avenir des Eglises. La foi en Jésus ne conduit pas à affirmer que l'Église catholique demain ne sera pas fort différente de celle d'hier.

Mon Église sera-t-elle capable de la mutation qui lui est nécessaire pour ne pas être condamnée à devenir seulement une secte enfermée sur elle-même sous le couvert de doctrines incompréhensibles pour la plupart des hommes, à s'enliser peu à peu dans la société des hommes, qui en viendront à l'ignorer, ou à ne voir en elle que du folklore ?

Ou encore mon Église se réduira-t-elle sans se l'avouer à n'être qu'une entreprise humanitaire à la remorque d'organisations qui, bien avant elle et souvent malgré elle, se sont efforcés de faire régner plus de justice dans le monde ? Elle en a certes la tentation en faveur des pays du tiers-monde, où elle espère trouver, à moindres frais doctrinaux un accueil plus favorable que celui des milieux plus cultivés de l'Occident. Trop souvent, des positions doctrinales ou des décisions pastorales de haut niveau viennent contredire, effectivement et pratiquement, quelques déclarations, ponctuelles et théoriques, de solidarité avec la cause des pauvres.

Ou encore se limitera-t-elle aux liturgies festives qui permettent aux individus de célébrer les grandes heures de la vie ? Se bornera-t-elle à jeter en pâture à la foule les réjouissances des pèlerinages et les kermesses des grands rassemblements ?

 

Faudra-t-il que mon Église ait à passer par une sorte de mort pour que, du milieu des ruines qui se seront accumulées au long d'un lent et continuel effondrement, jaillisse de nouveau une véritable source de vie ?

Tout porte à le craindre, quand on constate combien les autorités religieuses de mon Eglise ont peine à regarder la situation avec sérieux et réalisme, à reconnaître l'importance des causes qui sont à l'origine de la crise actuelle, et à tenir compte, à cet effet, des connaissances, des techniques et des conditions de vie nouvelles.

Avec quelle assurance, sans saisir leurs dimensions, ne tranche-t-elle pas de questions toujours plus complexes ! Avec quelle résolution, sous-tendue de violence, elle se refuse à faire confiance aux chrétiens qui cherchent à trouver des solutions à des problèmes radicalement nouveaux ! Avec quelle hauteur elle les traite lorsqu'ils n'acceptent pas de se laisser lier aux manières de penser et aux comportements de discipline du passé ! Quel gaspillage dans le rejet de tant de bons serviteurs qui comptent souvent parmi les meilleurs

Ce gaspillage conduit insensiblement et inéluctablement mon Eglise, malgré la présence en elle de quelques fortes et solides personnalités, à une médiocrité généralisée... Pour préparer l'avenir les autorités actuellement en place ne savent plus que se tourner vers le passé qui les a formées, qui les a promues, dont elles sont issues et qui les gardent prisonnières. C'est ainsi que meurent toutes les aristocraties !

Et par ailleurs, avec quelle facilité le peuple chrétien n'emboîte-t-il pas le pas à ceux qui le gouvernent, qui le rassurent en se rassurant eux-mêmes. Comme il fait de leur cécité et de leur optimisme l'occasion de l'exercice de sa foi et de son espérance !

Sans nul doute, plus ou moins rapidement dans les temps qui viendront, les croyants qui resteront chrétiens auront à vivre leur foi dans l'isolement. Dans cette situation de diaspora, puissent-ils à quelques-uns, se rencontrer en esprit et en vérité. Réunis au nom de Jésus, souffrant ensemble de voir dans quel état de pauvreté culturelle et spirituelle se trouve leur Eglise, sans désespérer, ils recevront de lui un avenir plus digne de l'Evangile.

Un nouveau regard sur l'avenir sera ainsi donné à ces êtres de foi et de fidélité pour qui Jésus cst le vivant qui a montré à tout homme le chrétien à découvrir pour s'accomplir dans son humanité. Et si, par malheur, mon Église, momifiée par un conservatisme matérialiste, manquait à sa mission, les réactions seraient tellement fortes que jamais ne s'évanouira la percussion spirituelle provoquée par Jésus. Non ! jamais ne passeront la présence active, le souvenir actif de Jésus.

 

texte reproduit dans le bulletin n° 234, juin 2010 Quelques nouvelles de la mouvance des Amis de Marcel Légaut (lien)

Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 11:39
- Par Marcel Légaut - Publié dans : à contre courant, la page des prophètes - Communauté : Religions en toute liberté
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