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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:25

Conférence de Peter Moralès, président de l’Unitarian Universalist Association of Congregations (UUA), à Saragosse, le 28 octobre dans le cadre du congrès international pour le 500ème anniversaire de la naissance de Michel Servet (lien) : « Etat du mouvement unitarien dans le monde : le libéralisme religieux en face du dogmatisme ». Ici un résumé par l’auteur de sa communication, écrite en anglais et traduite en français par Jean-Claude Barbier.


Peter_Morales_et_dalai_lama.jpg

Peter Moralès, président de l'UUA, s'entretenant avec le dalaï-lama

 

Imaginons que Michel Servet revienne aujourd’hui à la vie ; que penserait-il du mouvement religieux qui le vénère comme un héros et martyr ? Que pourrait-il penser en voyant ce mouvement, les unitariens et les unitariens-universalistes, embrasser chrétiens libéraux, agnostiques, athées, bouddhistes, païens, sans compter toutes les combinaisons qui peuvent se faire entre les courants que je viens de citer.  Que penserait-il d'une religion qui rejette toutes les croyances ? [ndlr –plutôt qui ne les rend pas obligatoires].


Il y a, cependant, quelques similitudes importantes entre Servet et la version moderne que représentent les unitariens-universalistes. Alors que la plupart des unitariens-universalistes ne se reconnaîtraient pas dans les arguments théologiques du XVIe siècle, la façon dont nous abordons la religion est somme toute très proche de celle de Servet lorsqu’il débuta sa vie publique. En effet, une fois que nous allons au-delà des détails de la théologie, les parallèles sont frappants : la liberté de pensée qui est une valeur fondamentale, l’usage de la raison qui est tenu en haute estime, une indépendance par rapport aux enseignements acceptés qui fondent l’orthodoxie, le fait de ne pas craindre d’être considéré comme hérétique, l’assurance qu’il ne doit pas y avoir de conflit entre la religion et la science.


En plus, on peut établir d’importants parallèles entre son époque et la nôtre. Comme Servet, nous vivons à une époque où une révolution dans les communications se répand rapidement et permet un changement culturel. Au temps de Servet, ce fut l'imprimerie. Pour nous, bien sûr, ce sont les communications électroniques et l'Internet.


Cependant, il y a aussi de profondes différences. La religion était au centre de la vie en son temps. Aujourd'hui, surtout ici en Europe, la religion a connu un déclin dramatique. Les églises sont presque vides aujourd'hui.


[Et puis,] aujourd'hui, dans le monde moderne, nous voyons des gens qui, trop souvent, présentent des options négatives. D'un côté la religion qui est [souvent] rigide et anachronique - pire encore, le fondamentalisme rejette le monde moderne, se cantonne à la défensive et tend vers la violence - d'un autre côté, c'est la banalité et la vacuité d’une société de consommation sécularisée. Dans un tel contexte, la religion libérale, comme le mouvement que je représente, apporte une autre offre, et, je crois, une option plus viable. Nous cherchons à construire sur ce qui est de meilleur dans nos traditions religieuses tout en embrassant l'ouverture et de nouvelles possibilités pour l'avenir.


En ce sens, j’ai présenté l’unitarisme-universalisme en Amérique, et l'unitarisme d’une façon générale [et sa version américaine] l'universalisme-universalisme en particulier dans le monde entier. J'ai donné quelques repères historiques. J'ai parlé des grands groupes, en Transylvanie, Inde du Nord-Est [ndlr – en pays kashi], au Royaume-Uni, Canada et Philippines. J’ai aussi évoqué les multiples groupes émergents en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ceci pour montrer l’urgence qu’il y a à promouvoir les religions libérales, à réexaminer les enseignements du passé et à chercher une spiritualité nouvelle et vitale ; bref ce qui a existé [aussi, plus ou moins,] en tout temps et dans toutes les cultures.


Les défis futurs sont nombreux. Nous sommes confrontés à de nouvelles formes de communication et de mobilité, lesquelles nous mettent au défi de trouver de nouvelles formes de rassemblement qui vont au-delà du modèle traditionnel d'une paroisse locale. Plusieurs millions de personnes croient aux principes de la religion libérale et ont faim d’une profonde spiritualité. Nous devons apprendre comment les engager dans de nouvelles voies.


Nous vivons finalement dans des temps très proches de ceux dans lesquels Servet vécut. Ce sont des temps de changements rapides, de recherche de nouvelles formes d'expression religieuse. Notre défi, comme au XVIe siècle, est de laisser derrière nous ce qui est rigide, vide et sans vie. Nous honorons Michel Servet comme un martyr et un héros, non pas pour ses propres formulations théologiques, mais pour son amour de la vérité, son ouverture aux nouvelles compréhensions, son esprit d'aventure.

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Published by Peter Moralès - dans à propos de Michel Servet
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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 11:32

En 2009, après avoir suivi une formation au "Nouveau Séminaire" (The New Seminary), à New-York, dans un contexte inter-religieux ("inter-faith"), à savoir l’ouverture aux sagesses religieuses du monde entier, la révérende Maurisa Brown-Latham a lancé un réseau de ministres du culte : l’Unitarian Ministries (lien). Elle même fut ordonnée le 14 juin 2009.


Ce réseau d’abord chrétien s’est diversifié puisqu’il compte maintenant dans ses rangs un rabbin. Il s’est aussi internationalisé avec désormais un ministre en Italie (le révérend Roberto Rosso, fondateur de la Congregazione italiana cristiano unitariana CICU), deux ministres en Amérique latine (Révérend Gibson à Récife au Brésil, théologien chrétien libéral, et José Aparacido à Rio-de-Janeiro) et deux autres au Kenya (Alice Kemunto en pays kisii – lien - et Boaz Adhengo à Nairobi - lien). L’Unitarian Minitries est devenue l’Unitarian Ministries International (UMI).


Chrétienne unitarienne, la révérende Maurisa Brown-Latham a, dès avril 2009, souscrit au manifeste d’Avignon qui avait été publié deux ans auparavant par les associations chrétiennes unitariennes en août 2007 (lien).


Au-delà d’une simple mise en relation de ministres du culte déjà ordonnés, l’UMI reconnaît comme aptes à diriger une congrégation locale des leaders locaux qui veulent développer leur groupe. Il constitue ainsi un système de reconnaissance des nouvelles communautés et interfère avec celui mis au point par l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) basé sur la reconnaissance d’un seul groupe émergent ou d’une instance de coordination nationale par pays. On peut aisément imaginer que les déçus de ce dernier système (celui de L’ICUU) ou encore les impatients (car la procédure de l’ICUU est parfois longue) vont se tourner vers l’UMI !


Bien entendu, il n’y a pas incompatibilité entre les deux systèmes et l’on peut émarger aux deux. Tout dépend aussi de la qualité des instances unitariennes de coordination nationale dont la mise sur pied est souhaitable lorsqu’il y a plusieurs communautés unitariennes distinctes dans un même pays (distinctes par l’éloignement géographique ou encore par leur orientation théologique) et qui ont vocation à rassembler.


Boaz Adhengo habite à Nairobi et, en date du 7 novembre 2011, il vient d’être ainsi reconnu par l’UMI , lui et son réseau de la Jahwar Amber Unitarian Universalist Fellowship (JAUUF) ; il est habilité à fonder une congrégation locale et à la desservir en qualité de ministre du culte.


creative_thinking.JPG
Boaz Adhengo, en plus d’être le rédacteur en chef de la revue « Balozi » et le rédacteur du blog de son mouvement (lien). est auteur de deux livres publiés en auto-édition à Lulu.com et disponibles sur Amazon.com, Kindle edition :
« Peace Art : the forbidden expression » (2010), 70 p., ISBN : 978-0-557-58462-8
« Creative Thinking : An Introduction » (2011), 42 p., ISBN : 978-0-557-89261-7 (hardback) ISIN: B00452VAFS

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Published by Jean-Claude Barbier - dans U au Kenya
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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 11:51

En plus des grandes assemblées dominicales ou synagoguales ou du vendredi midi pour les musulmans, bien des croyants ont été de tout temps désireux, en plus, de vivre leur foi au sein de petits groupes plus à même de permettre l’expression et la participation concrète des uns et des autres au sein d’une convivialité. Les paroisses ne manquent pas d'ailleurs d’offrir de tels groupes : groupes de piété et de dévotion, mouvements charismatiques, mouvements d’action catholique, groupes bibliques, parfois même des communautés de base de quartier, etc.


Mais aujourd’hui certains vont plus loin dès lors que – pour diverses raisons – ils ne se sentent pas à l’aise, par exemple à cause de trop de dogmatisme ou encore trop de cléricalisme, ou tout simplement parce que l’officiant du culte tient des propos qui leur déplaisent. Ils sont dès lors à la recherche d’une alternative pour vivre leur foi dans un autre contexte. Déjà, certains reprochaient aux mouvements d’action catholique (basés sur une pastorale par milieux socioprofessionnels) de bouder les activités paroissiales, y compris les cultes !


ordinateur_bonjour.jpgCette tendance s’est amplifiée avec l’individuation des personnes et les critiques adressées aux religions trop dogmatiques. A partir de la fin du XXème siècle, il y a eu florès de communautés de base, d’associations chrétiennes indépendantes de la hiérarchie (1), de courants réunis autour d’une personnalité (comme celle d’Emmanuelle Mounier, de Marcel Légaut, etc.), de cafés théologiques, de réunions des lecteurs (« les Amis ») d’une même revue (Témoignage chrétien, La Vie catholique, Evangile et Liberté, etc.), de listes de diffusion sur messagerie électronique, et – directement sur la Toile – de groupes thématiques de discussion et des forums (groupes Yahoo, Google, etc.), de blogs avec des commentaires autorisés en bas de chaque article, puis des pages perso, d’organismes ou de groupes sur les réseaux sociaux (Facebook, etc.), de vidéo-conférences, (2), voire la possibilité d’y faire culte (3).


(1) la plupart se trouvent réunis au sein de la Fédération des réseaux du Parvis, fondée en 1999 et qui compte maintenant une cinquantaine de mouvements et réseaux (lien).
(2) les chrétiens unitariens italiens se connectent entre eux plusieurs fois pour des échanges mais aussi pour le culte grâce au système Skype (lien).
(3) L’Eglise unitarienne francophone, lancée en juin 2008, organise depuis juin 2009 des cultes mensuels où les participants sont invités à faire culte à la maison, puis à envoyer des messages pour un partage (lien). Elle est pour l’instant la seule à fonctionner ainsi directement sur la Toile, ce qui est différent de la reproduction d’un culte fait par audio ou vidéo ou télévision ; en cela, elle peut servir de prototype ; en plus, elle est une église "linguistique", prenant une langue comme aire d’échange à son niveau le plus international.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans communautés religieuses en débat
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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 11:02

suite de l'article précédent

 

Toutefois, la pérennisation de ces activités est loin d’être évidente. En dépit des efforts des fondateurs, les effectifs restent limités, les responsables trouvent difficilement la relève et doivent rester à leur poste ; pire, la relève générationnelle ne se concrétise pas. Même la « paroisse libre de Bruxelles » (4), qui est pourtant un bon modèle de paroisse autogérée et indépendante de la hiérarchie, ne se duplicate pas.
(4) voir notre dossier sur cette paroisse dans nos Actualités unitariennes à la rubrique « communautés religieuses en débat » ( lien)


gerard_warengheim_communautes.jpgTout se passe comme si les demandeurs voulaient avoir accès à des groupes libres, mais paradoxalement être rassurés par une légitimité cléricale. Les groupes de célébration libre qui se réunissent avec un vieux prêtre contemporain des années Vatican II (dont certains étaient très libéraux) marchent souvent mieux que ceux qui se retrouvent sans prêtre. Même un ancien prêtre mis sur la touche suite à un concubinage ou à un mariage reste rassurant. Gérard Warenghem, qui vante les mérites des communautés locales, évoque les groupes catholiques qu’il a animés au Gabon, mais il s’agissait de jécistes ou de jécistes devenus adultes, s’appuyant sur un mouvement soutenu et encouragé par la hiérarchie, lui même étant religieux (spiritain) et aumônier. Il propose, pour remplacer les prêtres, des « chargé(e)s de communion » élus par les groupes mais reconnus ensuite par l’évêque du lieu ; lire son livre : « La joie de vivre en  communauté en Afrique ou en Europe », publié aux éditions L’Harmattan en 2003, 202 p., collection "Chrétiens autrement", avec une préface de Mgr Jacques Gaillot, et visiter le blog qui le relaie (lien).


Par le prêtre ou le pasteur ou le rabbin ou l’imam, c’est le sentiment d’un accès plus aisé au sacré, un leadership mieux accepté, la garantie d’un bon niveau de connaissance des Ecritures et de la religion, l’accès gratuit à des locaux pour les réunions ; bref, une aventure dans les marges, mais sans aller jusqu’à une dissidence ouverte. Alors que la Fédération des réseaux du parvis s’est courageusement ouverte à des groupes hors Eglise (y compris d’autres chrétiens, protestants et unitariens), la Conférence catholique des baptisés de France (CCBF) reste frileusement dans le pré-carré ( lien).

 
Tout se passe comme si la contestation restait ponctuelle, par exemple à la suite de la révocation en 1995 de Mgr Jacques Gaillot de son siège épiscopal d’Evreux, mais que le soufflé retombait par la suite. En fait, progressivement, de guerre lasse, les gens quittent les paroisses, ne pratiquent plus leur culte, râlent dans leur coin. Gérard Bessière parle des derniers des Mohicans (lien). Il ne reste plus alors que des paroissiens conservateurs ou peu enclin aux réformes, ou encore non disposés à se lancer dans une contestation sans résultat à moyen terme. Certains bénéficient de l’accueil au sein de l’Eglise réformée de France (ERF) laquelle accepte le baptême des autres Eglises, les divorcés, les remariés, et qui, au sein des couples religieusement mixte, ne fait pas de différence entre les conjoints.


On ne mobilise pas les gens sans espérance, sans une lutte pouvant déboucher à court ou moyen terme. Or, l’Eglise catholique a des évêques fonctionnarisés qui sont nommés et non pas élus, qui sont mutés par décision d’en haut, des conférences épiscopales noyautées par les conservateurs, des synodes diocésains qui n’ont pas le droit de traiter de questions réservées au seul pape, etc. En conséquence, les militants patinent ; ils n’ont aucun levier de décision à leur portée. Parfois, la mutation d’un prêtre entraîne la grève de culte de la part des paroissiens (affaire Léon Laclau dans les Pyrénées Atlantique, voir notre dossier dans la rubrique « vies de prêtres » dans les Actualités unitariennes, lien), mais cela ne dure guère.

 

L’effet d’entraînement à partir d’un noyau de militants ne se concrétise pas, même si les opinions publiques (catholiques et non catholiques) sont largement acquises à la nécessité de réformes dans le sillage de Vatican II. Pire, les critiques adressées au pape actuel ont un effet de resserrement des rangs catholiques autour de leur Eglise qu’ils ressentent comme attaquée de toute part et une papolâtrie de défense se développe chez les jeunes catholiques comme en témoigne les Journées mondiales des jeunes (JMJ) (lien).

 

à suivre ...

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 10:32

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Alors, qu’est-ce qui marche par les temps qui courent ?


A l’autre extrême de l’éventail des croyances, nous pouvons constater la forte mobilisation des catholiques traditionalistes et/ou intégristes qui font église pleine lors des messes et dont les jeunes entrent au séminaire. Les jeunes prêtres en soutane et à col romain ont refait leur apparition, faisant fuir encore plus les catholiques réformateurs, mais, sans doute, rassurant certains. Il en va de même de tous les mouvements dirigistes et dogmatiques comme les témoins de Jéhovah et, chez les musulmans, les salafistes et les tabligh’is. Tous ces mouvements encadrent, font croire à leurs adhérents qu’eux seuls sont dans la vérité, affirment leur visibilité, refusent tout œcuménisme et l’interreligieux qui à leurs yeux ne peuvent être que se compromettre avec des adversaires, etc.


On peut penser aussi à la vogue des mouvements de Réveil, pentecôtistes-évangéliques et charismatiques catholiques qui clament leur foi à tout propos d’une façon joyeuse et juvénile. Indéniablement, le fait de croire que l’on détient la Vérité avec un grand « V » procure à ces chercheurs de Dieu une grande jubilation. L’affirmation des dogmes rassurent et fait croire qu’on est du bon côté. Toutefois, à la différence des précédents, ces mouvements jouent sur l’émotion, invitent à la fête, et ne cherchent pas à asséner aux autres de longs argumentaires. D’ailleurs, hormis certains points de dogmes, ils laissent une assez large liberté d’interprétation (voir notre dossier « le christianisme évangélique » dans les Etudes unitariennes,  lien). Avec les premiers, ils partagent une même sotériologie : les autres ne peuvent être sauvés ou dans la bonne voie qu’en se ralliant à eux, en se convertissant.


A l’opposé de ces attitudes plus ou moins sectaires, on peut constater par contre une certaine curiosité qui pousse d’autres croyants vers la découverte et la fréquentation d’autrui. Il en va ainsi lors de la célébration de la Semaine de l’unité chaque mois de janvier, avec la formation de groupes œcuméniques qui, eux, peuvent durer au delà de cette Semaine (par exemple à Bordeaux). Même curiosité vis-à-vis d’autres religions avec  les Amitiés judéo-chrétiennes, et l’engouement en faveur du bouddhisme et d’autres sagesses asiatiques. Egalement, lié à l’essor de l’islam en nos pays et réagissant à un climat islamophobe, des mouvements islamo-chrétiens, dont certains s’appuient sur des pèlerinages se référant à saint François d’Assise, à Abd-el Kader (à Ambroise où ce dernier a vécu prisonnier), et à Louis Massignon (en Bretagne, au Vieux Marché). Dans le même état d’esprit, à la suite de la votation suisse contre les minarets, les unitariens français ont lancé les « Amitiés islamo-unitariennes » ( lien).

 

D’une façon plus large, des groupes inter-religieux se sont constitués, parfois relayés par des municipalités qui prennent en compte leur population devenue cosmopolite et qui veulent promouvoir une cohabitation pacifique et, plus encore, des échanges enrichissants dans un cadre inter-convictionnel, par exemple en Belgique, à Montauban en France, etc. Le prochain Parlement des religions du Monde, se tiendra à Bruxelles en 2014. Voir dans nos Actualités unitariennes, les rubriques « interfaith » (donc entre croyants,  lien) et « Vive l’inter-convictionnel » (élargi aux non croyants,  lien).

En cela, la rencontre d’Assise ce jeudi 27 octobre 2011, orchestrée par le pape Benoît XVI, a été un moment très fort. Reprenant l’initiative de son prédécesseur Jean-Paul II en 1986, il a invité toutes les grandes religions et sagesses du monde entier, avec ouverture, cette fois ci, aux agnostiques humanistes (représentés par une femme, Julia Kristeva, non croyante déclarée, qui a appelé à un « humanisme féministe ») et aux religions coutumière (en la personne du Nigérian Wande Abimbola, représentant des Yorubas) ( lien).

 

assise_2011_avec_benoit_XVI.jpg

 

Mieux, dans son discours, il a insisté sur la nécessaire « purification » pour que les religions retrouvent leurs fondamentaux et évitent les dérives perverses qui mènent au fanatisme et au terrorisme : il nous faut « purifier continuellement la religion des chrétiens à partir de son centre intérieur, afin que, malgré la faiblesse de l’homme, elle soit vraiment un instrument de paix dans le monde ». Exhortation qui implique donc un regard critique par les fidèles eux mêmes sur leur propre religion, ce que les unitariens ne peuvent qu’applaudir puisque c’est cette Réformation constante qui s’est exprimée dans leur tradition, faisant tomber les dogmes les uns après les autres, à commencer par celui de la Trinité.

 

assise_trocadero_1.jpg

 

En écho, le relais en France d’une rencontre inter religieuse sur le parvis du Trocadero, le même jour, a été également un franc succès. Organisée à l'appel du cardinal André Vingt-Trois et de la Communauté de Sant’Egidio, elle s'est déroulé en présence (entre autres) du pasteur Claude Baty (protestants), du rabbin Gilles Bernheim (israélites), de Mgr Nestor Sirotenko (orthodoxes), d'Anouar Kbibech (musulmans) et du révérend Olivier Wang-Genh (bouddhistes) ( lien).

à suivre ...

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 09:59

suite des articles précédents

 

Nombre de chrétiens, mais aussi des croyants d’autres religions et des personnes en quête spirituelle, ne se retrouvent plus dans les cultes de leur paroisse ou autres communautés locales pour diverses raisons : des credo inadaptés, des prières antiques certes vénérables mais d’un autre âge et lues d’emblée sans introduction historique pour les expliquer, une représentation archaïque et anthropologiste de Dieu qui ne fait plus forcément l’unanimité, une monopolisation de la liturgie par les seuls clercs (prêtres ou pasteurs) sans une participation suffisante des fidèles présents, des sermons culpabilisants, moralisants, parfois trop répétitifs ou encore trop intellectuels, parfois l’impression d’un endoctrinement, d’un même son de cloche, d’un manque d’ouverture, etc.


A l’heure actuelle, pour une partie de la population, l’ouverture à autrui est de mise, au-delà des clivages confessionnels ou religieux. Dès lors, il vaut mieux des groupes locaux composites ouverts à toutes les religions, confessions ou spiritualités, plutôt que de vouloir à tout prix établir des cellules de base d’un seul mouvement. Ces groupes peuvent se lancer dans des études bibliques ou d’autres textes « sacrés » qui tiennent compte des progrès de l’exégèse moderne, organiser des rencontres spirituelles et pratiquer des célébrations libres sans dogmatisme.


La différence d’avec les rencontres inter religieuses ou inter convictionnelles, c’est que les participants se prononcent ici en leur nom personnel et ne sont pas chargés ni de représenter leur confession ou religion, ni d’argumenter en sa faveur. D’emblée le respect des uns et des autres et la liberté d’expression suffisent pour éviter toute joute académique.


C’est en ce sens que les unitariens français proposent des groupes locaux. Les configurations peuvent bien entendu être multiples.


Lorsque le groupe réunit des monothéistes se référant aux corpus biblique ou dérivés – les « gens du Livre » selon l’expression coranique : juifs, chrétiens, musulmans, auxquels il convient d’ajouter baha’is et sikhs -  il peut commencer la célébration par des louanges à Dieu.


Autre cas de figure : choisir la personne et l’enseignement de Jésus pour être un élément fédérateur afin d’assurer au groupe une certaine cohésion et éviter les « auberges espagnoles » où la trop grande diversité nuit aux échanges – mais dans ce cas, il s’agit du Jésus historique, non « associé » à Dieu comme les unitariens le perçoivent ; d’un Jésus que les connaissances historiques nous permettent actuellement de mieux connaître et comprendre. Voir la page Facebook qui propose une telle configuration « Les amis de Jésus / Iéshoua / Isa » ( lien)
 
Comme leur nom l’indique, les célébrations libres sont organisées à la convenance de chaque groupe. A titre d'information, L’Eglise unitarienne francophone, qui pour ses cultes mensuels a adopté ce style, propose le déroulement suivant (lien) :
EUfr 1b1 – allumons notre calice (lien) et que sa lumière brille
2 – louons Dieu et accueillons la vie qu’il nous a donnée, louons le mystère de la Vie ; dans la joie et à l’unisson, faisons action de grâce pour ce que nous avons reçu d’une façon ou d’une autre
3 – partageons avec nos Frères et Sœurs ce qui est important à nos yeux, à nos cœurs, ce qui est essentiel à notre intelligence des choses et à notre conscience, que ce soit un texte ou autre chose, et trouvons les mots ou les gestes pour le dire.
4 – partageons aussi nos souffrances et nos peines, nos deuils et nos chagrins
5 – partageons nos gestes de fraternité et nos rites de communion qui ont valeur universelle
6 – partageons aussi nos autres gestes de solidarité et de fraternité
7 – encourageons nous mutuellement pour aller vers les autres, « prochains » ou « lointains »

 

Bien entendu, le premier point, qui vaut pour les rencontres entre unitariens et sympathisants, ne convient plus lorsqu’il s’agit d’un groupe composite, même si ce dernier a été lancé par des unitariens. Par contre cet allumage du calice peut être reporté au 5ème point, lors du partage rituel. Il en est de même pour les chrétiens qui, à ce moment, peuvent présenter le pain et le vin * au nom de Jésus.
* prévoir du jus de raisin car, dans un groupe composite, certaines personnes s’abstiennent de toute boisson fermentée.

 

Par contre, le groupe peut adopter la cérémonie des fleurs qui est de tradition unitarienne, mais qui, par son langage universel - celui des fleurs ! -, est aisément adoptée par d’autres. Elle commence alors dès le début, lors de l’arrivée des uns et des autres puisque chacun est invité à amener une fleur de son choix qu’il dépose dans un vase afin de constituer, avec celles des autres, le bouquet de l’assemblée. A la fin de la séance, chacun repart avec la fleur d’un autre afin de montrer qu’il y a eu échange, voire osmose entre les uns et les autres. Voir la description de cette cérémonie, initiée dans les années 1920, par le révérend unitarien tchèque Norbert Capek, dans la rubrique la concernant sur le site de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (lien).

Rappelons que ces célébrations libres reposent sur une attention et une écoute altruiste des autres, sur l’encouragement aux diverses façons de s’exprimer, sur l’appel aux talents qui existent (lectures, chants, musique, danse, etc.). La priorité va aux échanges et non aux exposés (ou sermons ou homélies), ni aux discussions ; ceux-ci pouvant se faire à un autre moment, par exemple dans le cadre d’un cercle d’études.


La disposition a aussi son importance. Les participants se réunissent en cercle, éventuellement autour d’une table où sont disposés les objets cultuels utilisés, dans une relation de face à face ; et non pas en rangs comme dans une église ou un temple afin de voir une cérémonie et d’écouter un orateur.


Il y a culte si l’assemblée s’adresse à Dieu ou à une transcendance ; mais il y a simple rencontre spirituelle s’il y a seulement lectures de textes, méditations, silences, échanges sur le ressenti d’un texte ou d’un évènement ; il y a cercle d’études s’il y a travail à partir de documents, exposés et discussions. Ces formes sont à distinguer mais elles sont bien entendu complémentaires et un groupe peut décider de les étaler sur une journée ou encore à des moments différents de la semaine ou du mois.

 

Contact pour informations complémentaires sur ces célébrations libres (lien)

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Published by Jean-Claude Barbier - dans communautés religieuses en débat
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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:23

temoignage_chretien_diversite_culturelle.jpgPlus qu’une conférence, les Assises nationales de la diversité culturelle, organisées par Témoignage chrétien (TC) avec le slogan "Une société interculturelle est possible ! ", s’inscrivent dans une dynamique de forum et de rencontres entre les acteurs de tous horizons impliqués dans le mouvement pour une société interculturelle. L’objet de ces assises, au terme de cette première journée d'échanges et de rencontre, est de lancer un appel à un (ré) engagement politique pour une société interculturelle.

Le samedi 19 novembre au Centre Sèvres, à Paris, 35, bis Rue de Sèvres - 75006 - Paris - Entrée libre et gratuite sur inscription sur le site de ces Assises.


9h00 / 11h00 - SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE, QUELLE(S) RÉALITÉ(S) ?

Plénière animée par Jérôme Anciberro, rédacteur en chef de Témoignage chrétien. Ouverture par Stéphane Hessel, Ambassadeur de France

« Ni xénophobie, ni relativisme culturel ! » par Alain Touraine, sociologue, Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales

« Quelle place pour les cultures minoritaires ? » par Esther Benbassa, historienne, École pratique des hautes études, sénatrice du Val-de-Marne

« Quelle laïcité dans une société interculturelle ? » par Jean Baubérot, historien, sociologue, Ecole pratique des hautes études

« La diversité religieuse n'est pas la source du communautarisme » par Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, directrice du Cabinet Cultes et cultures


11h15 / 13h00 - LES DÉFIS DES SOCIÉTÉS INTERCULTURELLES

Plénière animée par Mohammed Colin, Directeur de Salam news

« Construire l’interculturel : une question d’humilité », par Michel Sauquet, écrivain, ancien consultant spécialisé sur les problématiques interculturelles.

« L’Interculturalité : un équilibre à trouver entre le commun et la différence », par Fred Poché, philosophe, Université catholique de l’Ouest.

« Intégration, assimilation… vers un modèle social de participation », par Raphaël Liogier, sociologue, directeur de l’Observatoire du religieux - IEP Aix en Provence.

« Quel rôle des religions et du religieux dans une société interculturelle ? », par Rachid Benzine, islamologue.

« Les femmes dans la diversité culturelle », par Fadila Mehal, présidente des Mariannes de la diversité


14h15 / 16h00 - LA DIVERSITÉ INTERCULTURELLE C’EST POSSIBLE! Pratiques interculturelles au quotidien présentées en ateliers.

 

ATELIER Éducation et jeunesse animé par Loïc Barrière - Radio-Orient, sous la présidence de Betoule Fekkar Lambiotte, spécialiste de l’enseignement, auteur de « La double présence. Histoire d'un engagement », Seuil, 2007. Avec les expériences de : Jeunesse ouvrière catholique, Scouts musulmans de France, ATD Quart Monde et Madame Najat Azmy

 

ATELIER Économie et social animé par Huê Trinh Nguyên, rédactrice en chef de Salam News, sous la présidence de Fatine Layt, présidente d'Oddo Corporate Finance. Avec les expériences de : Charte de la diversité en entreprise, Habitat et humanisme, Plateforme Migrant et Citoyenneté Européenne, Secours islamique, Asmaë


ATELIER Société civile et médias animé par Philippe Clanche, journaliste à Témoignage chrétien

Sous la présidence de Christophe Deltombe – président d’Emmaüs France Avec les expériences de : Amoureux au ban public, Club Averroes, la Cimade, Le Pacte civique, Conseil de l'Europe.


16:15 / 17:30 – RELIGIONS, FREIN OU ATOUT DE LA CONSTRUCTION INTERCULTURELLE - QUELLE PLACE À L’INTERRELIGIEUX ? sous la présidence de Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire

Dialogue entre des religieux et les membres du groupe interreligieux Coexister sur la place de l’interreligieux dans la construction d’une société interculturelle. Avec le Père Jean Courtaudiere, Délégué diocésain des relations avec l’islam du diocèse de Saint Denis, le rabbin Gabriel Hagaï, membre du Comité interreligieux de la famille franciscaine, Mohamed Ould Kherroubi, président des musulmans de Versailles et le groupe Coexister.


17:30 – LANCEMENT DE L’APPEL POUR LA (RE)CONSTRUCTION D’UNE SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE

par Bernard Stéphan, PDG de Témoignage chrétien, et Jo Spiegel, maire de Kingersheim. Appel signé par un collectif de personnalités et d’organisations confessionnelles et non confessionnelles et les citoyens à destination des candidats à la présidence de la République et aux législatives 2012.

 

temoignage_chretien_sponsors.pngLa Fédération des réseaux du Parvis (dont l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens font partie) soutient cette initiative

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Published by Témoignage chrétien - dans vive l'inter-convictionnel !
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:29

OBSERVATOIRE CHRÉTIEN DE LA LAÏCITÉ

communiqué du vendredi 4 novembre 2011

 

Comme beaucoup de nos concitoyens s'exprimant collectivement ou individuellement nous condamnons les comportements violents d'intégristes religieux qui estiment "défendre" une religion en dénonçant un prétendu blasphème. L'Observatoire Chrétien de la laïcité souligne que dans une société démocratique qui respecte la liberté de pensée le blasphème en tant que tel n'est pas un délit. En accuser quelqu'un n'a de sens que du point de vue de certaines croyances : il ne saurait concerner qui ne partage pas ces croyances. Dès 2003, on pouvait lire dans notre Manifeste : « La République garantit le droit de critiquer publiquement religions et pensées philosophiques, jusqu’à l’ironie ou la comédie, dans les limites de la loi : aucune conviction organisée ne doit à ce sujet revendiquer un caractère intouchable ou sacré. »


Les "intégristes" quelles que soient leurs références religieuses ne sont pas les porte-parole de la communauté à laquelle ils disent appartenir. Dans le cas présent, ils en donnent même une image déformée, voire odieuse, contraire au désir du respect du bien commun et de sa "vitalité" manifestée par la création artistique par exemple. Si on est citoyen avant d'être croyant il faut rappeler que démocratie et liberté d'expression ou de création sont intimement liés.


Bien entendu la violence est condamnable. Tout citoyen a le droit de s'exprimer et aucun n'a le droit d'empêcher l'autre de le faire. La laïcité qui refuse tout lobby (et en particulier celui de la peur) demeure le meilleur rempart pour défendre la liberté d'expression contre les tentations de pratiques totalitaires.


L'Observatoire Chrétien de la laïcité (OCL) est un groupe de travail de la Fédération des Réseaux du parvis

adresse : Temps Présent, 68 rue de Babylone, 75007 PARIS

secrétaire de l'OCL : Jean Riedinger (contact)

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:38

opera michel servet 33La générale de l'opéra de Shauna Beesley, compositrice, et Jean-Claude Humbert, librettiste, "Le Procès de Michel Servet", a eu lieu vendredi 28 octobre 2011 à Genève ( lien). Vous trouverez sur le site des unitariens français (lien) un reportage sur cette soirée avec des photos de l'agence Genevox et des notes explicatives de Fabien Girard, ainsi qu'un extrait en vidéo, lorsque Michel Servet s'adresse aux "Magnifiques Seigneurs" (c'était le style voulu pour l'époque !) pour se plaindre des conditions de sa détention (lien).

opera_michel_servet_29.jpgl'orchestre dirigé par Jonathan Haskell

 

L'avis de Karin Holm Randall, unitarienne-universaliste de Genève

 

« J'ai assisté à la soirée d'ouverture de l’opéra de Beesley / Humbert "Le procès de Servet Michel", que j’ai énormément apprécié. Vous savez peut-être que l’Espagnol Miguel Servet est considéré comme le premier «martyr unitarien" - parce qu'il fut brûlé sur le bûcher en 1553 à Genève en raison principalement de Jean Calvin qui l'a condamné pour hérésie et blasphème. Cet opéra avait tout pour me plaire : beauté de la musique et des voix, une histoire épique sur la liberté religieuse et le dialogue, une histoire passionnante qui concerne Genève, écrite et chantée en langue française, avec mise en scène impressionnante et costumes d'époque, et passionnément réalisé par d’excellents acteurs d'opéra.


Je pense que beaucoup de mes compatriotes unitariens universalistes seraient aussi enthousiastes que moi à propos de cette incroyable œuvre présentée sous une forme hautement dramatique. J'ai le sentiment que cet opéra pourrait être un chef-d'œuvre musical spécialement adopté, soutenu et annoncé par les unitariens et les autres groupes religieux libéraux du monde entier !


Au cours de cet opéra sur Servet, comme simple spectatrice, cela m’a fait penser tout naturellement à tous ceux qui sont encore aujourd’hui jetés en prison et tués pour leurs croyances ou leurs pensées dans de nombreuses parties du monde. Alors que les Genevois jouissent maintenant d’une grande liberté, le totalitarisme est loin d'être éradiqué ailleurs sur le globe et, peut-être, par ce moyen dramatique et de médiatisation qu’est l’opéra, les leçons que l’on peut tirer de cette histoire de Servet pourront-elles apporter l'espoir à ceux qui souffrent actuellement de répression et d'injustice. » (extrait du message de Karin Holm Randall, le 31 octobre 2011 à la communauté unitarienne-universaliste de Genève dont elle est membre, lien, traduit en français par Jean-Claude Barbier)

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 15:41

Le choc des civilisations * a été énorme (bien que prévisible) entre les "printemps arabes", qui ont mis en avant la culture des Droits de l'Homme, et la victoire électorale des islamistes du parti politique d'Ennahda en Tunisie qui a raflé la mise (lien), si bien qu'il ne reste plus guère que l'humour pour s'exprimer. Le prochain Charli Hebdo (journal satirique) s'en fera l'écho dans un numéro intitulé pour l'occasion Charia Hebdo ( lien).

* Pour ceux qui doutent encore de ces chocs culturels, précisons que ce n'est pas tellement entre l'islam et le reste du monde, mais entre l'islam ultra conservateur des mouvements islamistes - et d'une façon générale entre les mouvances intégristes de toutes les religions - et la culture des Droits de l'Homme.

 

Muhammad est présenté comme ayant accepté d'être le rédacteur en chef exceptionnel de ce numéro et promet d'emblée 100 coups de fouet à ceux qui ne mourront pas de rire ("mdr", "lol" pour les internautes). Il apparaît avec un nez rouge de clown en affirmant (dans le style des promesses électorales d'Ennahda) : " Oui, l'islam est compatible avec l'humour ". Au sommaire, un apéro "halal" (en édito signé par le Prophète), des développements sur la "Charia molle" et un "supplément Charia Madame", etc.

 

muhammad-dans-charia-hebdo.jpg

C'est sûr qu'il faut s'attendre à un tollé ! A vos kiosques à journaux pour ce mercredi ; çà va être la ruée !


On va encore nous répéter pour la nième fois qu'il y a discrimination des musulmans, alors qu'il ne s'agit pas DES musulmans en général, mais bel et bien d'une mouvance intégriste qui est parfaitement identifiée depuis belle lurette. On peut s'attendre aussi que ceux qui acceptent sans état d'âme que la croix ou la figure de Jésus soit mis en scène d'une façon qui ne relève pas toujours du bon goût ni de la création artistique (exemple du Piss-Christ, lien) soient en première ligne pour protester contre ce numéro de Charlie Hebdo ... puisqu'il s'agit de l'islam (et non pas du christianisme) ! Pour certains, il y a manifestement deux poids deux mesures (voir notre dossier "Entre islamophobie et islamophilie", dans la rubrique "l'islam en Europe", lien).

 

Mais qui donc a mêlé l'islam aux votes électoraux sinon les islamistes eux-mêmes. En politique, on reçoit des coups, c'est bien connu. L'ours se fait coincer le museau quand, trop goumand, il l'enfonce dans les fentes d'un arbre à la recherche du miel !

 

En tout cas, la tradition unitarienne admet parfaitement la critique des religions dès lors qu'elle est fondée. Cette tradition a eu le mérite de l'avoir fait à l'égard du christianisme, et ceci depuis la Réforme antitrinitaire du XVIème siècle dans le cadre du protestantisme. Que les autres religions fassent aussi leur Réforme !

 

ajout du 2 novembre : Pour ceux qui doute encore de la dangerosité de ces mouvances islamiques dont une partie milite ouvertement en faveur du djihad et du terrorisme, le siège de Charlie Hebdo a été attaqué avec des coktails molotov dans la nuit du 1er au 2, suite à l'annonce faite de ce n° satirique, la nuit même ! (lien)

 

Pour mieux connaître la mouvance salafiste (dont une partie passe aux actes terroristes), voir l'excellente description qu'en fait un jeune et courageux sociologue, Samir Amghar : "C'est quoi un salafiste (français)" dans Slate.fr du 2 novembre 2011 (lien). Vous y verrez combien cette mouvance est à la fois dogmatique et simpliste dans son vécu religieux, mais aussi très moderniste et parfaitement à l'aise dans l'univers occidental.

 

ajout du 9 décembre : voir l'article de Michel Benoît "Charia or notre Charia (Hebdo)" sur son blog (lien), expliquant la genèse de la dite Charia et la tradition iconoclaste adoptée par l'islam.

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